Bruxelles, 10/02/2006 (Agence Europe) - Pas moins de 300 représentants de l'industrie de la défense, y compris des petites et moyennes entreprises, d'instituts de recherche et des ministères de la défense des Etats membres ont participé, jeudi 9 février à Bruxelles, à la première conférence de l'Agence européenne de défense (AED) consacrée à la recherche. Comme le notait Nick Witney au moment de clore la conférence, presque tous les participants sont restés jusqu'à la fin, témoignant ainsi de leur degré de motivation, de leur intérêt pour la recherche civile et militaire, mais aussi de leur soutien à l'Agence. Les fortes attentes de l'industrie et l'engagement politique de Javier Solana et de Günter Verheugen, venus ouvrir la conférence aux côtés du patron d'EADS et président de l'Association de l'industrie aérospatiale et de défense ASD, Tom Enders, contraste cependant avec le budget ridicule dont dispose l'Agence pour la recherche en 2006: 6 millions d'euros.
Pour le Secrétaire général/Haut représentant de l'UE et patron de l'AED, Javier Solana, la recherche et la technologie (R&T) est "la clé de la transformation de nos forces armées" dans un environnement qui change très rapidement. Il faut donc "dépenser plus, dépenser mieux et dépenser plus ensemble", affirme M. Solana, qui estime qu'il y a un "large accord" sur le niveau insuffisant de l'investissement dans la recherche. Dépenser plus est "impératif", a-t-il averti, tout en soulignant qu'une partie de l'argent pourrait venir des économies réalisées par la réduction des troupes et la suppression de certaines duplications. Dépenser mieux, cela signifie obtenir de meilleurs résultats mais cela passe aussi par une intégration accélérée des nouvelles technologies ou encore une meilleure implication des mondes universitaires et scientifiques. Dépenser plus ensemble, c'est "la raison d'être de l'Agence" et "une absolue nécessité pour nous tous", a insisté Javier Solana avant d'affirmer qu'il faut faire passer le pourcentage de recherches menées en coopération de 5 à 20%. En matière de financement, il a plaidé pour un accroissement substantiel du budget de R&T de l'AED ou la création d'un fonds commun européen de la R&T qui serait géré au sein de l'Agence mais contrôlé directement par ses contributeurs. "Je pense que le principe d'un fonds commun est plus important que le mécanisme. Et ce qui est encore plus important, c'est qu'on s'occupe d'urgence de cette question et qu'on décide d'avancer", a-t-il ajouté.
Le vice-président de la Commission européenne, Günter Verheugen (Industrie), a constaté que la Commission - au travers de la priorité thématique "sécurité" du futur programme-cadre de recherche (PCRD) - et l'AED ont deux agendas de recherche à long terme qui sont intimement liés et justifient une forte coopération. Il a insisté sur la nécessité de réduire la fragmentation de la recherche et de mieux coordonner l'ensemble des activités menées tant au niveau européen qu'au niveau national. La sécurité, qui dans le 7ème PCRD portera en particulier sur la protection des frontières, des infrastructures et des réseaux transeuropéens, autant de sujets qui relèvent de la responsabilité européenne, bénéficiera d'un montant substantiel de crédits, a promis Günter Verheugen. Le vice-président a dit que les industries de l'espace et de la défense sont perçues par la Commission comme de "la plus haute importance stratégique" pour garantir l'indépendance de l'Europe.
Le patron d'EADS, Tom Enders, a suggéré la création de différents instruments tels qu'un "Defence science & Technology Board" pour identifier les objectifs de la recherche, un incubateur de technologie sur le modèle de la DARPA aux Etats-Unis (qui dispose d'un budget de 2 milliards de dollars et un réseau de centres d'excellence). Tout en plaidant pour "un financement commun au travers d'un instrument conjoint", Tom Enders a mis les Etats membres participants en garde: "S'ils ne transfèrent pas les capacités adéquates de gestion ainsi que les budgets et les responsabilités, l'AED restera pour toujours une coquille vide, comme ses prédécesseurs sur la scène européenne". Et de proposer comme première étape de doter l'AED d'un budget de recherche de 50 millions, et cela pas plus tard qu'en 2007.
Les ministres de la Défense doivent discuter du financement de la recherche et de la création d'un éventuel fonds spécial R&T lors de leur réunion informelle du 7 mars à Innsbruck, dans le cadre de la préparation des décisions que le Conseil européen doit prendre en juin prochain.
EUROPE reviendra plus en détail sur les thèmes et projets discutés lors de la rencontre.