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Bulletin Quotidien Europe N° 9124
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'affaire Arcelor/Mittal ouvre un débat européen sur certains aspects de la mondialisation

Acceptation conditionnelle. L'Union européenne progresse dans la définition de son attitude à l'égard de la mondialisation. Je ne me réfère pas à une «doctrine de la mondialisation» (difficile à préciser compte tenu des divergences), mais aux comportements. L'orientation qui s'affirme est d'accepter la mondialisation si certaines conditions sont respectées. Le principe général a été réaffirmé cette semaine par le président du Parlement européen, Josep Borrell, en ouvrant la rencontre PE/Parlements nationaux: «L'Europe doit consacrer ses efforts à la conception d'un modèle économique mondial fondé sur le respect des droits de l'homme, des droits sociaux et des droits environnementaux. Parfois, le décollage de certaines économies coïncide avec des situations d'exploitation des travailleurs et de dégradation de l'environnement injustifiables ». Dans ces conditions « se fait jour la crainte du dumping social ou fiscal qui pourrait conduire à ce qu'on qualifie de course vers le bas, race to the bottom ». Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a dit la même chose de façon plus concise: l'UE doit accepter la mondialisation «afin de la modifier selon ses valeurs». Ceci sur les principes.

La position du président de l'Eurogroupe. Le nouvel élément de réflexion sur un cas concret est fourni par les propos du président du groupe de l'Euro (Eurogroupe), Jean-Claude Juncker, définissant son attitude en tant que Premier ministre luxembourgeois sur l'OPA hostile lancée par Mittal, premier groupe sidérurgique mondial, sur l'entreprise sidérurgique européenne Arcelor. Notre bulletin en a dûment rendu compte. Je soumets aux lecteurs une citation élargie: «A cette OPA hostile, nous opposons l'hostilité de ceux qui croient que l'industrie européenne a besoin de champions européens qui restent de véritables leaders mondiaux dans le domaine de la sidérurgie. Mon pays a lutté - les Luxembourgeois dans leur ensemble et surtout les Luxembourgeois modestes - par l'alourdissement de la charge fiscale reposant sur tout un chacun pour faire en sorte que la sidérurgie luxembourgeoise reste une réalité. Nous sommes devenus (…) un partenaire stratégique du premier groupe industriel sidérurgique européen, né de la mise en commun des potentialités d'un groupe français, d'un groupe luxembourgeois et d'un groupe espagnol. Nous n'avons pas à l'esprit le sens du lucre facile, de l'argent rapidement gagné. Nous voulons rester le partenaire stratégique luxembourgeois bien ancré dans un ensemble sidérurgique européen. Par conséquent, nous disons non à l'offre publique d'achat lancée par Mittal sur Arcelor». M. Juncker a ensuite précisé: « Nous sommes en train d'aligner tous les moyens de défense, tous des moyens légaux, contre cette offensive» (voir EUROPE n° 9121 et n° 9123).

La France a pris une attitude analogue. Son ministre de l'Industrie, François Loos, a déclaré: « Mittal a enfreint toutes les règles de conduite, la grammaire de la finance internationale dans ce domaine. On n'aborde pas un groupe comme Arcelor, fleuron de l'économie européenne, sans prévenir, sans parler, sans vision, sans projet industriel commun». Le gouvernement espagnol a exprimé l'intention de coordonner son attitude avec la France et le Luxembourg ; la Belgique (également concernée) fera de même. Selon la présidente de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Pervenche Berès, c'est une affaire politique qui doit être traitée comme telle. Il ne faut pas oublier que l'Europe a bataillé et travaillé quelques décennies pour transformer sa sidérurgie et qu'elle a consenti des efforts et des sacrifices énormes, sociaux, financiers et économiques, pour se doter d'une sidérurgie moderne et performante. Il serait absurde, selon une large partie des autorités politiques européennes, de lancer ensemble de nouveaux projets ambitieux comme Galileo et de laisser tomber la sidérurgie européenne.

D'autres opinions. Il est vrai que les opinions ne sont pas unanimes et que d'autres réactions radicalement différentes ont été constatées aussi bien dans le monde politique que dans le monde des affaires. La question demeure totalement ouverte, on verra comment elle évolue. Je voulais seulement souligner qu'un aspect supplémentaire de la mondialisation est maintenant discuté, dans ses aspects financiers, industriels et sociaux (l'emploi, bien sûr, mais aussi la « forte culture de dialogue social» présente dans le groupe Arcelor). J'ajoute que l'allusion de Jean-Claude Juncker au «lucre facile» et à «l'argent rapidement gagné» rappelle les remarques de Jacques Delors sur « l'inquiétant pouvoir du capitalisme financier», où de grandes entreprises poursuivent l'objectif de distribuer chaque année à leurs actionnaires des gains annuels de 15%, sans se préoccuper des aspects sociaux et économiques (voir cette rubrique dans notre bulletin n° 9109).

(F.R.)

 

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