Bruxelles/Londres, 21/10/2005 (Agence Europe) - A une semaine du Sommet informel de Hampton Court, le Groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) du Parlement européen a organisé, les 19 et 20 octobre à Londres, une audition publique afin de réfléchir sur comment protéger le modèle social européen (voir EUROPE n° 9049). A cette fin, le Groupe a entendu des experts, des syndicalistes et des académiciens qui ont présenté leur évaluation de l'expérience sociale britannique afin d'enrichir la réflexion de la Gauche sur le modèle social européen. « Dans le contexte de la crise existentielle de l'Europe, Tony Blair s'est présenté fin juin comme le champion du modèle social européen. Il souhaite pousser sa conception du modèle social européen à Hampton Court et considère que le modèle social britannique est un modèle de référence », a déclaré d'entrée de jeu le président de GUE/NGL, Francis Wurtz. Dans le cadre des discussions, qui ont notamment porté sur l'idéologie de la troisième voie blairiste, l'adaptation à la mondialisation, la pauvreté et les mécanismes de partenariats public-privé (sur lesquelles EUROPE reviendra), l'affaire qui oppose dans le secteur des services l'entreprise lettone « Laval un partneri » au syndicat suédois « Bygnads » a également été mise sur le tapis (voir EUROPE n°9049). Mardi prochain, le Commissaire Charlie McCreevy, dont les propos avaient suscité une vive émotion parmi les socialistes européens, s'en expliquera devant le Parlement européen. Pour rappel, l'entreprise lettone avait refusé d'appliquer les conventions collectives suédoises sur les salaires à ses employés lettons détachés sur un chantier de rénovation à Vaxholm. L'entreprise lettone a traduit le gouvernement suédois devant la Cour de justice des CE pour violation des règles européennes sur la libre circulation des personnes.
« McCreevy n'a fait qu'appliquer les règles du marché unique, et notamment celle de la reconnaissance mutuelle qui est aussi diabolique que celle du pays d'origine. Sur le fond, à une différence près, cela répond à la même logique. On devra y réfléchir très finement. Mardi, devant le PE, je citerai des textes communautaires et la jurisprudence de la Cour de justice des CE, qui disent cela, mais dont nous n'avons pas vu les effets », a commenté avec fermeté Francis Wurtz en ajoutant que « le Groupe PSE estime que McCreevy a fait du zèle libéral. Le débat au PE sera très éclairant sur les textes ». Le Président Wurtz s'est prononcé catégoriquement pour le rejet de la directive sur les services, « même si le principe d'origine est remplacé par celui - néolibéral - de la reconnaissance mutuelle. Le ver libéral est dans le fruit, et ce n'est pas un progrès substantiel ! ». Brian Denny, le porte-parole du syndicat britannique du rail, maritime et transports (RMT), a noté que les conditions de salaires, d'emploi, de santé et d'éducation entre autres sont des choses réglementées. Il a déclaré qu'il ne serait pas surpris que « la Cour de justice prenne position en faveur de l'entreprise lettone et que les syndicats suédois aient à faire marche arrière ». Et d'ajouter: « La Gauche doit reconnaître que les objectifs fondamentaux de l'UE sont la libre circulation des biens, des personnes, du travail, des capitaux. Il est clair que Bruxelles va mettre en avant la privatisation des services qui plaît aux défenseurs des traités. Il est difficile de défendre les droits syndicaux et le modèle suédois. Le capital est la seule chose qui ne connaît pas de frontières nationales !». Le député européen Robert Musacchio (Italie) a rappelé la grande manifestation du 19 octobre à Rome qui a rassemblé 50 000 personnes contre la directive services, ce qui est « un bon exemple de mobilisation européenne ». Les critiques à l'adresse du compromis Gebhardt sont vives, a poursuivi M. Musacchio en annonçant la venue, à Bruxelles, d'une délégation syndicale italienne « pour poursuivre le combat ». « M. Prodi, qui a remporté les primaires en Italie, s'est déclaré plutôt d'accord avec cette directive », a noté Roberto Musacchio en demandant: « Peut-on défendre les modèles sociaux uniquement au niveau national ? Je crois qu'il faut le faire au niveau européen ». Pour son collègue grec Dimitris Papadimoulis, « en Suède, McCreevy a montré que le modèle social suédois n'est pas celui de la Commission ! Notre lutte est de défendre les acquis du modèle social suédois et de faire en sorte qu'il devienne paneuropéen ». Steven Bell, qui représente les travailleurs des métiers de la communication au Royaume-Uni, a souligné que les syndicats « sont résolument opposés à la directive Bolkestein et continuent à faire campagne contre celle-ci, malgré les nombreuses pressions auxquelles ils sont soumis ». « La privatisation des services n'a pas attendu Blair ou Thatcher ! On doit réfléchir à comment protéger notre modèle social », a ajouté Hugh Keer, membre du Parti Socialiste écossais. « La directive services est une attaque en règle contre notre secteur », a noté Nick Crook, du Syndicat britannique des services publics (Unisson) en rappelant que Thames Water est la propriété d'une multinationale allemande et que l'électricité britannique appartient à Electricité de France. « Depuis l'arrivée de Jacques Delors, les syndicats britanniques ont dit oui à l'Europe car c'était très intéressant. Toutefois, certains d'entre eux se sont malgré tout prononcés contre la Constitution pour les raisons que l'on sait. Notre soutien est soumis à des conditions », a-t-il conclu.