Bruxelles, 21/10/2005 (Agence Europe) - Lors de la 3ème « Journée Compétitivité » organisée le 20 octobre à Bruxelles par l'organisation du patronat européen, UNICE, son président, Ernest-Antoine Seillière, a appelé les instances dirigeantes communautaires à prendre rapidement des mesures pour « sortir l'Union de l'immobilisme » dans laquelle elle se trouve, selon lui, depuis le printemps dernier. « Lorsque j'ai été élu à la tête de l'UNICE en mars 2005, l'Union relançait la stratégie de Lisbonne en adoptant le Partenariat pour la croissance et l'emploi et semblait en bonne posture sur la voie du changement. Lorsque j'ai pris mes fonctions le 1er juillet dernier, l'atmosphère était devenue complètement différente: échec des référendums sur le Traité constitutionnel en France et aux Pays-Bas, pas d'accord sur les perspectives financières 2007-2013, croissance ralentie rendant difficile le maintien du modèle social européen, et divergences sur l'intégration de nouveaux membres ainsi que sur les limites géographiques de l'Union. J'appelle cela une crise importante », a affirmé le patron des patrons européens. « Nous, entrepreneurs, craignons que, dans ce contexte négatif, les éléments fondamentaux de l'Union que sont le marché intérieur, la politique commerciale commune et la monnaie unique soient remis en question ».
L'UNICE appelle donc la présidence britannique et la Commission européenne à prendre au plus vite des initiatives dans quatre domaines. (1) solution de l'imbroglio institutionnel. (2) message positif du Sommet de Hampton Court aux citoyens et entrepreneurs européens sur le futur du modèle social européen. « Nous croyons à un modèle social européen fondé sur des valeurs combinant croissance et progrès social décliné selon 25 modèles sociaux différents. Mais ces valeurs ne sont durables que si l'Europe renforce sa compétitivité », a souligné M. Seillière, qui a précisé: « nous soutenons le modèle social mais nous souhaitons des réformes dans les Etats membres pour passer de la mentalité « préservation d'emplois » à la mentalité « création d'emplois ». Ceux qui défendent le modèle européen devront mener cette réforme en modernisant leur propre système social national ». A ce propos, devant des journalistes, M. Seillière s'est dit « déçu » par les quatre premiers mois de présidence britannique. « Lorsque nous (UNICE) avons rencontré Tony Blair le 6 octobre à Londres, nous lui avons dit très clairement qu'il avait fait une fantastique impression au Parlement européen, lorsqu'il s'était exprimé fin juin sur le modèle social et l'avenir de l'Europe ». « Mais nous lui avons dit assez franchement que depuis, il n'avait pas fait grand chose, et même rien fait du tout », a déploré M. Seillière. (3) compromis sur les perspectives financières 2007-2013. « Il devient urgent que l'Union dispose d'un budget adéquat qui soutienne votre stratégie pour la croissance et l'emploi et donne une importance primordiale à la recherche et à l'innovation », a dit M. Seillière au Président Barroso (qui a prononcé le discours clôturant les travaux de la « Journée Compétitivité »). « Nombreuses sont les stratégies en faveur des entreprises qui, par le passé, ont échoué parce que les ressources n'étaient pas affectées dans les domaines où elles étaient nécessaires », a averti M. Seillière. (4) achèvement du marché intérieur. « Nous avons besoin d'une libéralisation du marché des services », a estimé M. Seillière, qui ajoute: « Il y a beaucoup de malentendus à ce sujet. Le bon « policy mix » consiste en une combinaison des directives services et détachement des travailleurs ». M. Seillière s'est, par ailleurs, félicité de la première étape de l'initiative « Mieux légiférer » lancée par la Commission en mars dernier. En retirant un tiers des propositions législatives pendantes dans le canal interinstitutionnel, « vous avez fait un pas courageux, mais ce ne doit être que le début d'un long processus », a-t-il lancé à l'attention de M. Barroso avant d'exprimer les préoccupations de l'UNICE pour les récents développements sur REACH (voir EUROPE n° 9053). « Les requêtes des entreprises européennes pour un projet REACH plus viable et réalisable n'ont pas été suffisamment entendues. Ni par la présidence britannique, ni par la Commission, ni par la commission de l'Environnement du Parlement européen. Il faut une cohérence entre REACH et le Partenariat pour la croissance et l'emploi », a insisté M. Seillière.
Quant aux négociations à l'OMC, M. Seillière a estimé qu'il ne serait « pas acceptable qu'une impasse sur le volet agricole empêche l'ouverture des marchés aux entreprises européennes dans les domaines de l'industrie et des services ». « Le succès du round de Doha est un enjeu majeur pour l'Europe. Si Hong Kong est un troisième échec après Seattle et Cancun, la bilatéralisation des échanges pourrait devenir la nouvelle règle du commerce mondial, et nous n'en voulons pas. Nous sommes favorables à un commerce mondial multilatéral bénéfique pour tous et pour la croissance et l'emploi en Europe », a-t-il conclu.
Le Président Borrell met les entreprises devant leurs responsabilités - « Re-politiser l'économie »
Dans son intervention sur « La vision du PE sur la mondialisation: opportunités pour les citoyens de l'UE », le président du Parlement européen Josep Borrell a constaté que, grâce à ce phénomène, « le monde des entreprises trouve de nouveaux marchés et en bénéficie ». « Cependant, est-ce que ces bénéfices sont réinvestis ? Où ? », demande M. Borrell, qui relève « l'angoisse des Européens face aux pertes d'emplois dans des secteurs comme le textile, les chaussures et l'industrie traditionnelle ». Ceci « concerne l'industrie comme producteur, mais aussi l'Etat comme redistributeur », souligne M. Borrell, qui plaide: « c'est un devoir des Etats, en coopération avec les entreprises, que de désamorcer ce choc social pour donner un visage humain à la mondialisation ». Et il insiste: « Nous devons développer des politiques dynamiques pour accompagner la reconversion. Ceux qui perdent à cause de la mondialisation doivent être aidés. (…) Aujourd'hui, ce ne sont pas seulement les économies qui sont en concurrence, ce sont aussi nos systèmes sociaux ». Selon le rapport du Forum économique mondial « Compétitivité mondiale 2005-2006 », les pays les plus compétitifs du monde sont actuellement les Etats-Unis, la Finlande, la Suède et le Danemark, ainsi que Singapour et Taïwan, rappelle M.Borrell, en observant que l'expérience des pays scandinaves, compétitifs malgré une fiscalité et une protection sociale très élevées, montre que les appels à « moins d'Etat » et « moins d'impôts » lancés par le « libéralisme mondialisateur » ne sont pas si justifiés qu'on « veut nous le laisser croire ». Ces pays si compétitifs, qu'ont-ils en commun ?, s'interroge M. Borrell, qui signale: « des institutions publiques transparentes et efficaces, le consensus sur les dépenses publiques prioritaires, un secteur privé enclin à l'innovation et qui s'adapte facilement aux nouvelles technologies, une macro-économie assainie ». Quant à l'Europe, « elle ne s'appuie que sur un seul pied. Comment peut-on avoir une politique monétaire fortement centralisée et en même temps des politiques économiques décentralisées et non coordonnées ? », lance M. Borrell. Et il pose une dernière question: « les politiques macro-économiques de la zone euro sont-elles adaptées à la mondialisation ? Ne devrions-nous pas « re-politiser » la politique économique ? ».