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Bulletin Quotidien Europe N° 9026
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Europe future: brouillard sur les résultats possibles de la réflexion globale

Une prémisse: l'analyse de déclarations et prises de position sur l'avenir de l'Europe (voir cette rubrique dans nos bulletins précédents) n'implique pas une mise en cause de la bonne foi de ceux qui expriment des orientations inconciliables. Si Tony Blair agit en faveur d'une réduction radicale des dépenses agricoles de l'Union, c'est qu'il croit vraiment que ces dépenses sont nuisibles; ceux qui font valoir leurs raisons pour ou contre l'adhésion de la Turquie à l'UE sont convaincus de la justesse de leurs arguments opposés; ceux qui défendent la directive Bolkestein sur la libération des services estiment qu'elle est positive pour l'économie européenne. Et ainsi de suite. Jeter l'anathème sur les arguments d'autrui n'est pas la meilleure méthode pour ouvrir une réflexion.

Ceci étant clair, voici trois conclusions que m'inspirent les analyses textuelles effectuées.

1. La réflexion qui s'ouvre ne pourra aboutir à des résultats d'envergure ni dans le semestre en cours (Présidence britannique) ni dans le suivant. Les divergences sur les objectifs, les ambitions, les mécanismes institutionnels et les frontières de l'Europe sont trop marquées pour qu'il soit possible d'aboutir rapidement à une conception globale uniforme. Le Parlement lui-même, lorsqu'il sera appelé à voter le rapport Duff-Voggenhuber concernant «l'évaluation du débat sur l'Union européenne», devra choisir entre un texte incisif qui ne pourrait être approuvé qu'à la majorité, avec beaucoup d'oppositions, et un texte mou qui ne prendrait pas vraiment position et qui serait en partie composé de formules passe-partout.

2. L'absence éventuelle de choix clairs sur les aspects fondamentaux prolongerait les équivoques et les malentendus qui faussent la perception de l'Europe par les opinions publiques, affaiblissent les institutions communautaires et rendent parfois embarrassante la position des autorités nationales. L'efficacité de l'activité européenne et le poids de l'UE dans le monde en seraient affectés. Et pourtant, il est peu probable que la réflexion présentée comme une panacée permette d'aller plus loin.

3. L'UE est de toute manière obligée de prendre un certain nombre de décisions délicates et difficiles, parce que: a) elle ne peut pas éviter de se prononcer sur l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie ; l'échéance du 3 octobre incombe ; b) elle devra bientôt se prononcer sur les limites de l'ouverture de son marché aux importations agricoles du monde entier, décision qui pourrait sonner le glas de l'agriculture européenne ; c) elle ne pourra pas éviter un compromis sur les nouvelles perspectives financières, sous peine d'immobilisme et de renonciation à la stratégie de Lisbonne. Ces trois décisions détermineront les frontières de l'Europe, le maintien ou l'écroulement d'un volet essentiel de notre civilisation et de notre environnement naturel, la compétitivité économique et la cohésion de l'Europe.

Revenir à Jacques Delors. J'estime, bien entendu, que tout doit être fait afin que la réflexion annoncée conduise à clarifier autant que possible la nature et les ambitions de l'UE, en laissant ouverte la possibilité de réalisations auxquelles certains Etats membres pourraient ne pas participer. Je demeure convaincu que c'est encore aux idées de Jacques Delors qu'il faudrait se référer pour combiner de façon harmonieuse l'augmentation du nombre des Etats membres (une trentaine) avec l'ambition des objectifs. J'ai résumé sa vision de l'Europe en juillet dernier (voir cette rubrique dans nos bulletins 8993, 8994 et 8995). Ensuite, M.Delors lui-même s'est exprimé à la radio, et voici ce qu'en a écrit « Le Nouvel Observateur »: «Libre de toute rétention, caustique et enjoué, furieux mais pas désespéré (…). On a rarement parlé de l'Europe avec autant de foi et de réalisme. A ses yeux, les discours post-nationaux ou étourdiment fédéralistes n'ont jamais eu de sens. Les nations sont des réalités organiques avec lesquelles il faut savoir compter (…). Avec la même verve, il s'en prit à la pensée unique néolibérale, celle qui laisse croire que tout irait mieux si les salariés étaient moins payés et moins protégés. Il se moqua de ces hiérarques socialistes bêtement fiers de parler comme les banquiers centraux (…). Entre la conviction européenne du personnage, d'un côté, et son franc-parler critique de l'autre, on devinait le chemin possible vers une conciliation des contraires

Face à la difficulté de se procurer la cassette audio (émission «Esprit public» du 24 juillet dernier), je renvoie les lecteurs émoustillés à ma tentative maladroite et forcément pâle de résumer en quatre pages la vision de Jacques Delors. On le sait, il est toujours en avance de plusieurs années. En attendant, je vais faire le point dans les prochains jours sur les trois défis déjà cités auxquels l'Europe doit faire face de toute manière sans attendre que la grande réflexion aboutisse à des résultats concrets: les frontières de l'Europe (en raison du cas turc), l'agriculture, les perspectives financières. (F.R.)

 

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