Luxembourg, 12/09/2005 (Agence Europe) - L'avocat général Dámaso Ruiz-Jarabo Colomer se dit attristé de constater que Picasso, « le mythe le plus marquant du XXème siècle », est réduit à une « marchandise », et dénonce « l'insatiable publicité mercantile » dont les grands artistes font l'objet. Ces considérations visent les héritiers du peintre, détenteurs de la marque « Picasso » qui en avaient cédé les droits d'utilisation au constructeur automobile Citroën pour un de ses modèles.
L'avocat général vient de rendre des conclusions dans le procès qui oppose les héritiers de Pablo Picasso à l'Office des marques communautaires d'Alicante, lequel n'avait pas soulevé d'objection à la demande de DaimlerChrysler d'enregistrer la marque Picaro. Les enfants et petits-enfants de Picasso, Claude et Paloma Ruiz-Picasso, Maya Widmaier-Picasso, ainsi que Marina et Bernard Ruiz-Picasso considéraient au contraire que Picaro et Picasso étaient des vocables similaires et que l'enregistrement de Picaro étaient juridiquement impossible. Le Tribunal de première instance de l'UE qu'ils avaient saisi, leur a donné tort. Dans un arrêt du 22 juin 2004, le Tribunal jugeait que les deux noms n'étaient pas similaires: Picasso est le nom d'un peintre mondialement connu et Picaro celui d'un personnage de la littérature espagnole connu seulement des hispanophones. Par ailleurs, il n'existait aucune similitude visuelle ou sémantique, concluait-il (voir EUROPE n° 8732). Les Picasso avaient demandé à la Cour de justice européenne d'annuler cet arrêt. L'avocat général Ruiz-Jarabo Colomer estime que la Cour ne devrait pas accéder à leur demande puisque, dit-il, le Tribunal européen n'a commis aucune erreur de droit en jugeant qu'il n'y avait aucun risque de confusion entre les deux noms. Il est surprenant de voir le nom de Pablo Ruiz Picasso impliqué dans un pourvoi qui porte sur de banales procédures judiciaires relatives à l'utilisation de son second patronyme, dit-il encore.
Si la Cour se prononce dans le même sens - dans les mois à venir - l'Office des marques pourra passer au deuxième stade de la procédure et enregistrer la marque Picaro.
La succession Picasso est titulaire de la marque Picasso N° 614 867 déposée le 1er août 1997 pour les voitures, les autobus, les camions les caravanes et les remorques ainsi que pour « tout appareil de locomotion par terre, par air ou par eau ».