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Bulletin Quotidien Europe N° 9025
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Europe future: deux conceptions inconciliables ou de simples divergences sur certains aspects ?

En vue de la réflexion sur l'avenir de l'Europe, le problème n'est pas la constatation de divergences d'un Etat membre à l'autre sur tel ou tel aspect (elles ont toujours existé), mais le danger qu'elles soient le symptôme de deux conceptions inconciliables de la construction européenne. Jean-Claude Juncker, après l'échec du Conseil européen des 22-23 juin qu'il avait présidé, penchait pour la deuxième hypothèse. Quelques jours plus tard, Tony Blair devant le Parlement européen avait modifié la donne, en niant que son objectif pour l'Europe soit une simple zone de libre-échange et en déclarant: « Je crois en l'Europe comme projet politique. Je crois en sa dimension sociale, forte et humaine. Jamais je n'accepterais qu'elle ne soit qu'une économie de marché ». On aurait pu en déduire: des divergences ponctuelles, oui, deux conceptions incompatibles, non. L'exercice de «rappel de textes» que j'ai effectué dans cette rubrique la semaine dernière n'a pas conforté l'interprétation optimiste; j'en avais tiré plutôt l'impression que l'ampleur des «divergences ponctuelles» est telle qu'elles sous-entendent effectivement deux conceptions différentes.

Au sein du «groupe Kangourou». Un élément nouveau s'est intercalé pendant la publication de mes considérations. Au milieu de la semaine dernière, lorsque deux de mes commentaires sur cinq avaient paru, le «groupe Kangourou» du Parlement européen m'avait invité à participer à son déjeuner-débat sur la crise de l'Europe, et j'y avais résumé le résultat des «analyses de textes» auxquelles j'avais procédé. Les réactions des parlementaires participant au débat ont été pour moi très instructives d'un double point de vue:

a) mes analyses n'ont pas été ressenties, en général, comme une présentation neutre de deux conceptions de l'Europe, mais comme une prise de position contre la «conception britannique». Pour certains aspects, c'est sans doute vrai, par exemple pour la défense de l'agriculture (non pas de la PAC telle quelle, mais de la sauvegarde de l'activité agricole en Europe) et de la solidarité européenne s'exprimant par une politique structurelle qui aille au-delà du versement de subsides aux pays moins favorisés. Pour d'autres aspects, je crois avoir critiqué assez vertement certaines attitudes de la France (voir cette rubrique dans le bulletin n. 9022) ou d'autres Etats membres. Mais l'impression d'ensemble que j'ai laissée a été celle que j'ai indiquée ;

b) plutôt que de poser des questions, les parlementaires intervenus ont surtout anticipé leurs orientations en vue du grand débat que le Parlement va ouvrir sur l'avenir de l'Union. Je rappelle que Andrew Duff et Johannes Voggenhuber sont les rapporteurs pour ce débat et que la commission constitutionnelle présidée par Jo Leinen entamera d'ici la fin du mois la discussion de leur projet de rapport, en prévision du débat en session plénière prévu en décembre prochain ou au début de 2006.

Pragmatisme toujours vivant. Les réunions du «groupe Kangourou», présidé par Karl von Wogau, n'étant pas ouvertes au public, je me limiterai à quelques considérations sur celle de la semaine dernière, sans citer de noms. Deux parlementaires se sont en pratique interrogés sur l'opportunité et la signification d'un débat doctrinaire et abstrait sur la conception de l'Europe. A leur avis, la réflexion devrait au contraire se concentrer sur ce qui intéresse le citoyen, sur les réponses à donner à ses problèmes réels, sur les avantages que le marché unique leur a apporté et peut encore leur apporter (par exemple, par la libéralisation des services). Une bataille entre deux conceptions antagonistes de l'Europe n'aiderait guère à faire avancer l'Europe, il faut fixer des objectifs ambitieux et s'efforcer de les atteindre. Le «pragmatisme britannique» est donc toujours vivant, allant jusqu'à mettre en cause le principe même de la grande réflexion sur l'Europe future. Réflexion que d'autres considèrent en revanche comme indispensable non pas pour des raisons doctrinaires, mais pour pouvoir répondre aux questions qui se posent aujourd'hui à l'Europe: ses frontières, ses mécanismes institutionnels, le principe d'une « préférence européenne », l'autonomie politique (et aussi, à mon avis, alimentaire), et ainsi de suite. Le débat parlementaire sera passionnant.

Je ne crois pas commettre une indiscrétion en indiquant que le président von Wogau a conclu en invitant le Parlement à ne pas disperser ses efforts sur des questions de détail mais à se concentrer sur les grands objectifs, dont le premier, à son avis, est la politique étrangère et de sécurité commune. Il a suggéré une étude sur le «coût de la non Europe» en matière de sécurité et de défense, analogue à celle de l'époque Delors sur le coût de l'absence du marché commun; sa suggestion a été accueillie par des applaudissements unanimes. Ce qui nous ramène à la question de fond: la politique de sécurité et d'autres réalisations essentielles sont-elles possibles sans définir d'abord la nature et les ambitions de l'Europe? (F.R.)

 

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