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Bulletin Quotidien Europe N° 9018
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/universite d'ete

Un islam européanisé est conforme au projet civilisationnel de l'Europe, insiste Bassam Tibi, qui est sceptique sur le pouvoir politique en Turquie - Adhésion turque: prudence d'Yves Mény, qui prône une amélioration de la politique de voisinage

Santander, 01/09/2005 (Agence Europe) - En s'interrogeant, lors des cours d'été de l'Université de Santander, que dirige le Président du Parlement européen Josep Borrell, sur le projet « civilisationnel » de l'Europe, Bassam Tibi, professeur à l'Université de Göttingen, juge que seul un islam non politique y a sa place. L'Europe se trouve face à un choix qui, selon lui, n'en est pas vraiment un: doit-elle promouvoir une « européanisation de l'islam » ou accepter une « islamisation de l'Europe » ? Syrien d'origine, M. Tibi se définit comme un Européen de cœur et plaide pour une société européenne inclusive fondée sur une véritable citoyenneté, quelle que soit l'appartenance religieuse. Il rappelle que si l'on peut attendre des musulmans qu'ils montrent leur volonté d'intégration, il faut alors que les Européens les acceptent comme Européens à part entière. Or, la méconnaissance de l'islam est génératrice d'incompréhensions et de craintes et toute une éducation reste à faire pour répondre à ce défi aussi bien dans l'UE qu'en dehors de nos frontières.

Le modèle britannique du « multiculturalisme est mort cette année », après les attentats de juillet, explique M. Tibi, en penchant pour le modèle de citoyenneté français, qui repose sur le respect total de la Constitution et des lois du pays. L'intolérable consiste à revendiquer, comme l'ont fait certains mouvements extrêmes au Royaume-Uni, l'application à travers l'Europe de la charia, la loi morale ou religieuse de l'islam comme loi constitutionnelle de l'Etat, a-t-il souligné. Avec cette distinction comme ligne rouge entre sphère religieuse et activisme politique, M. Tibi revendique une double approche: celle sécuritaire vis-à-vis de l'islamisme extrême et celle du dialogue avec l'islam. Nous n'avons pas le droit de dire aux pays musulmans de ne pas appliquer la charia dans leur pays, mais on peut dire "pas en Europe", insiste-t-il, pour souligner que la question du nombre de musulmans au sein de l'UE n'est pas centrale (ils étaient 18 millions dans l'UE à 15 à la fin du siècle dernier), mais que le type d'islam pratiqué l'est.

Cette appréciation l'amène ainsi à rejeter toute adhésion de la Turquie à l'UE sous le leadership du parti de l'AKP. Le conservatisme islamique, étiquette revendiquée par le parti du Premier ministre turc Erdogan, n'est qu'une « couverture de l'islamisme », estime M. Tibi, qui défend un islam réformé ou libéral. Cela serait « une condamnation à mort pour l'Europe », dit-il sans détour d'un parti qui procède, selon lui, à la "dékémalisation" du pays.

Convaincu que l'adhésion de la Turquie changera "fondamentalement et définitivement le projet européen", Yves Mény le serait tout autant s'agissant de l'Ukraine ou des Balkans. La question n'est pas religieuse, dit le Président de l'institut universitaire européen de Florence qui craint que l'UE dépasse un seuil au-delà duquel elle n'est plus « gérable » et risque « l'implosion », car « trop diverse et trop nombreuse ». En tout état de cause, M. Mény manifeste des doutes quant à la réalité de cet élargissement à cause de la « bombe à retardement » posée par Jacques Chirac avec la révision de la Constitution française qui prévoit que tout nouvel élargissement (sauf à la Bulgarie et à la Roumanie) passera par la consultation référendaire du peuple français. « Les insatisfactions franco-françaises » pourraient ainsi se traduire en « un basta pour la Turquie et les Balkans », estime-t-il. Sans vouloir envisager des systèmes à vitesse différente ou des noyaux durs, selon lui, l'UE devrait être, vers l'extérieur, « plus ouverte à certaines formes de différences, pour donner le sentiment d'être dans l'Europe et non pas exclu ». « Le projet européen doit se limiter à un certain nombre de pays », mais la politique de voisinage européenne devrait être améliorée, pour « imaginer des solutions pour des pays qui sont en dehors de l'UE, mais qui leur permettent d'être confortables dans cette position », conclut M. Mény.

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