Bruxelles, 01/09/2005 (Agence Europe) - En adoptant le 30 août à une très large majorité le rapport d'initiative de la Verte britannique Caroline Lucas intitulé « Perspectives des relations commerciales entre l'UE et la Chine », les membres de la commission du commerce international du Parlement européen présidée par le socialiste espagnol Enrique Baron se sont prononcés en faveur de l'élaboration d'une stratégie commerciale de l'UE à long terme pour permettre à l'industrie européenne de faire face aux nombreux défis posés par l'irrésistible montée en puissance de l'économie chinoise. Le rapport Lucas sera voté lors de la plénière qui se tient du 26 au 29 septembre à Strasbourg.
Avant le vote de mardi, le Commissaire au Commerce Peter Mandelson venu s'expliquer au sujet de la crise actuelle des produits textiles chinois (EUROPE n° 9016) a rappelé que le protectionnisme n'était pas la solution aux problèmes posés par la Chine en matière de commerce international. « Les échanges internationaux de marchandises ne sont pas un robinet que l'on peut ouvrir et fermer à volonté », a-t-il dit en réagissant aux préoccupations exprimées par les députés sur le problème des échanges avec la Chine dans leur ensemble.
Dans son rapport, Mme Lucas demande au Conseil et à la Commission de « reconnaître que les difficultés que rencontrent actuellement les secteurs des textiles, des vêtements et de la chaussure et qui pourraient s'étendre prochainement à d'autres secteurs comme la bicyclette, le secteur automobile, les machines et la sidérurgie sont de nature systémique » et pas seulement de nature sectorielle. « Ceux qui croient que la concurrence chinoise ne présente aucune menace à l'Europe en affirmant que nous pouvons laisser à la Chine les activités industrielles de base pour nous concentrer sur les industries à haute valeur ajoutée et intensives en connaissance se trompent », explique Mme Lucas avant d'ajouter: « Tout comme l'Inde, la Chine connaît un développement rapide fondé sur une main-d'œuvre non seulement bon marché mais aussi hautement qualifiée. Près de 20% des exportations chinoises sont des produits de haute technologie, et avec deux millions de diplômés chaque année, il y a tout lieu de croire que ce pourcentage ne va cesser de croître ». Le rapport invite donc la Commission et le Conseil à « élaborer d'urgence une stratégie à plus long terme pour l'industrie de l'UE afin que la politique commerciale internationale européenne prenne en compte et réponde aux défis tels que les déséquilibres actuels ».
Sur la question spécifique des textiles, les députés expriment dans leur proposition de résolution leur inquiétude pour la mise en œuvre de l'accord de Shanghai visant à limiter les exportations chinoises de textiles jusqu'en 2007. Ils demandent donc à la Commission de s'assurer que « tout accord révisé tienne compte de façon appropriée non seulement des intérêts des consommateurs, mais aussi de ceux des producteurs de textiles dans les pays en voie de développement qui ont été défavorablement touchés par l'expiration de l'Accord sur les textiles et les vêtements ». Saluant par ailleurs les progrès réalisés par la Chine pour s'acquitter de ses obligations internationales dans le cadre de l'OMC, les députés réclament « un dialogue additionnel » avec Beijing afin de soutenir les efforts menés par les autorités chinoises dans la lutte contre le piratage et la contrefaçon, notamment par la mise en oeuvre de l'accord sur les droits de propriété intellectuelle (DPI). Ils expriment également leurs préoccupations à propos de l'impact social et environnemental de l'expansion économique chinoise, en rappelant en particulier que la Chine est devenue le deuxième pays le plus fortement consommateur d'énergies et de matières premières au monde mais aussi le second émetteur d'émissions de gaz à effet de serre. Les députés demandent donc à la Commission de réfléchir au moyen le plus efficace de négocier l'introduction des normes sociales et environnementales minimales dans les accords commerciaux et d'assurer leur mise en œuvre efficace. Sur les aspects sociaux du développement chinois, le texte rappelle que, en dépit des progrès réalisés par Beijing en matière sociale, près d'un quart de la population rurale en Chine vit dans des conditions de pauvreté extrême. Les députés invitent donc la Commission à envisager le développement d'une politique de cohésion sociale dans le contexte des relations commerciales UE-Chine. En outre, constatant l'augmentation constante des conflits sociaux en Chine depuis 1998, les députés invitent les autorités chinoises à prendre des mesures pour autoriser la mise en place de syndicats indépendants et l'introduction de systèmes de négociation collective, et l'UE et la Chine à mettre en place des programmes d'échanges entre des responsables syndicaux afin de permettre à la Chine de « tirer parti de l'expérience de l'Europe en ce qui concerne la participation des travailleurs aux décisions ».
Enfin, au plan politique, le projet de résolution rappelle aux États membres que le code de conduite de l'UE en matière d'exportation d'armes cite le respect des droits de l'homme dans le pays destinataire comme critère essentiel. Les députés reconnaissent que la situation des droits de l'Homme en Chine reste « fort préoccupante » et souhaitent que l'Union mène un dialogue politique plus intense avec elle, à la fois sur les droits de l'homme et sur la sécurité régionale.