Bruxelles, 23/06/2005 (Agence Europe) - Lors du débat qui a suivi l'intervention de Jean-Claude Juncker mercredi après-midi (voir EUROPE n° 8975), les représentants de presque tous les groupes du PE ont remercié le président sortant pour son engagement personnel et le travail effectué par toute l'équipe luxembourgeoise au cours des six derniers mois. Selon le président du groupe socialiste, Martin Schulz, les futures générations placeront Jean-Claude Juncker « dans la galerie des tout grands Européens ». « Oui », a poursuivi M.Schulz, « l'Europe se trouve dans une crise profonde, mais c'est avant tout une crise des chefs d'Etat et de gouvernement » qui, avec leurs « particularismes et intérêts nationaux », ont mené le Conseil européen à l'échec. « Avec une telle politique, l'Europe ira droit au mur », estime M.Schulz. « Certes, nous sommes dans une crise, une crise de confiance entre les dirigeants européens mais aussi entre les citoyens et la politique en général », a constaté Hans-Gert Pöttering (PPE-DE). Quant au débat sur l'avenir de l'UE, M. Pöttering en a clairement fixé les limites: « Nous déclarons bataille à tous ceux qui veulent que l'Union devienne une simple zone de libre-échange. Ce ne sera pas possible avec le PPE », a-t-il martelé. Pour la co-présidente du groupe des Verts/ALE, Monica Frassoni, « le Conseil européen n'a fait que confirmer la réalité d'une Europe composée de gouvernements divisés et pas vraiment intéressés aux citoyens, à leurs incertitudes et à leurs peurs ». La dernière proposition de la Présidence luxembourgeoise sur le budget était « inacceptable, car fondée sur une logique de réduction du budget de l'UE», a-t-elle dit, en lançant à M. Juncker: « Nous espérons que votre gouvernement jettera aux orties cette proposition dès que vous ne serez plus à la tête du Conseil ». S'adressant à M.Barroso, Mme Frassoni a poursuivi: le débat qui va s'ouvrir après la pause dans les ratifications de la Constitution « sera plus facile si l'UE a quelque chose à offrir: par exemple, REACH, les initiatives en matière de changements climatiques, une véritable Europe sociale, la directive sur le temps de travail, (…) cela permettra de redorer le blason de l'Union européenne et de la Constitution ». L'échec du Conseil européen est le résultat d'une « lutte entre deux dinosaures malades, le Royaume-Uni et la France, qui sont incapables d'admettre que le nationalisme est une loterie du passé et qui continuent à vouloir imposer leurs ordres aux autres », ce qui est une « illusion dangereuse », a déploré le chef du groupe libéral, Graham Watson, pour qui le moteur franco-allemand est « kaputt » et « nous avons besoin d'un nouveau moteur, qui ne doit pas être britannique, ni français ». Francis Wurtz (GUE/NGL) s'est félicité que « trois semaines après les premiers succès du « non » (…), la vérité se fraie peu à peu son chemin. Ainsi, un sondage commandité par la Commission après le référendum en France est analysé en ces termes dans le bulletin d'Eurobaromètre: les préoccupations sociales (sont) au coeur du « non », notamment une vision trop libérale (…) ainsi que le manque d'Europe sociale ». Or, le dernier Conseil européen a « offert à l'opinion européenne l'image la plus caricaturale de cette Europe mercantile, égoïste et sans projet que nos concitoyens, précisément, rejettent avec raison! On ne pourrait pas mieux tourner le dos aux attentes des Européens », proteste M. Wurtz, pour qui le débat sur l'avenir de l'UE doit « déboucher sur un nouveau traité dans lequel nos concitoyens puissent, cette fois, se retrouver ». Le Luxembourgeois Robert Goebbels (PSE) a critiqué le « festival des intérêts nationaux » au dernier Sommet avant de lamenter: « L'Union est dirigée par des gnomes politiques (il a cependant exclu de cette qualification son compatriote M. Juncker). L'Italien Lapo Pistelli (ALDE) a conseillé à tous ceux qui, lors du Sommet, avaient sorti leurs calculettes, de « faire le calcul des coûts du non-Europe ». Pour le Néerlandais Erik Meijer (GUE/NL), la Constitution européenne est morte, car M. Balkenende a clairement dit que dans sa version actuelle, elle ne pourra jamais être ratifiée aux Pays-Bas. Même constat fait par le Suédois Nils Lundgren (IND/DEM): « la Constitution est caduque, (…) mais quoi faire ? (…) Relancer le processus démocratique, s'assurer que les citoyens sont mieux impliqués, et rendre les choses plus simples ». Pour le Vert allemand Friedrich-Wilhelm Graefe zu Baringdorf, il faudrait que le Conseil européen se réunisse en public, « peut-être que cela faciliterait les choses ». L'attitude de M. Blair à propos de la modernisation de la PAC est « hypocrite », car jusqu'ici, il s'est toujours opposé à une véritable réforme, a-t-il estimé.
« Un des mes maîtres me recommandait d'être toujours pessimiste, parce que j'aurais eu ou bien raison, ou bien une surprise agréable, mais aujourd'hui, alors que le pessimisme semblerait justifié, », je pense qu'il est plus que jamais nécessaire de montrer notre « détermination », a dit d'emblée lors du débat le Président Barroso (voir aussi EUROPE n° 8975 pour sa conférence de presse sur le sommet). José Manuel Barroso a tenu à rappeler les « grandes initiatives » réalisées par la présidence luxembourgeoise, et en particulier le « grand succès du renouveau de la stratégie de Lisbonne », qui doit répondre aux préoccupations des citoyens. Concernant « l'espace de réflexion » à ménager après la pause dans le processus de ratification de la Constitution, M. Barroso s'est dit « très fier » qu'on ait appelé la Commission européenne à jouer « un rôle spécial dans cette entreprise », et a espéré que l'exercice « nous permettra de présenter notre vision stratégique pour l'avenir , sans avoir peur d'aucun sujet », qu'il s'agisse du modèle social européen, par exemple, de l'élargissement (qu'il faut savoir expliquer aux citoyens) ou de « l'équilibre de la législation communautaire ». Sur les perspectives financières, le Conseil européen était proche d'un accord, a-t-il estimé, en constatant: « malheureusement, les discussions sur le budget font rarement sortir ce qu'il y a de meilleurs chez les Etats membres », mais cette fois-ci, la situation était particulièrement délicate, après les « non » français et néerlandais à la Constitution. En même temps, M. Barroso a tenu à préciser: malgré l'absence d'accord, « nous ne sommes pas nulle part », et on ne peut pas « faire marche arrière » sur ce qu'a obtenu la présidence luxembourgeoise.