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Bulletin Quotidien Europe N° 8976
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/presidence britannique

« Je crois dans l'Europe comme projet politique », assure Tony Blair, qui plaide avec véhémence pour la « modernisation » et promet que sa présidence « essayera de faire avancer l'accord sur le budget » (en niant avoir voulu démanteler la PAC « du jour au lendemain »)

Bruxelles, 23/06/2005 (Agence Europe) - « Dans chaque crise il y a une opportunité. Il y en une ici pour l'Europe maintenant, si nous avons le courage de la cueillir », a dit d'emblée Tony Blair en esquissant devant le Parlement européen, le 23 juin à Bruxelles, les priorités de sa présidence qui commence le 1er juillet. Un Premier ministre britannique plutôt combatif qui a proclamé à plusieurs reprises ses convictions européennes, en affirmant: « Je suis passionnément pro-européen. Je l'ai toujours été. Mon premier vote était en 1975, au référendum sur l'adhésion britannique, et j'ai voté oui. En 1983 (…), lorsque mon pays avait une politique de retrait de l'Europe, j'ai dit (…) que je n'étais pas d'accord avec cette politique. Depuis que je suis premier ministre j'ai signé la Charte sociale, contribué, avec la France, à créer une politique européenne de défense moderne. (…) L'UE est une union de valeurs, de solidarité entre nations et peuples, et pas juste un marché commun (…), mais un espace politique commun dans lequel nous vivons comme citoyens. Elle le sera toujours. Je crois en une Europe avec une forte (…) dimension sociale. Je n'accepterai jamais une Europe qui serait seulement un marché économique ». M. Blair s'est insurgé contre ce qu'il a décrit comme une « caricature » de son attitude, en lançant: « le débat sur l'Europe ne doit pas être mené en échangeant des insultes ou en termes de personnalités. (…) La discussion n'est pas (…) entre ceux qui veulent se limiter à un marché commun et ceux qui croient dans l'Europe comme projet politique. (…) Ce serait intimider ceux qui veulent le changement en Europe que de présenter le désir de changement comme une trahison de l'idéal européen. (…) L'Europe politique et l'Europe économique ne vivent pas dans des pièces séparées. (…) Il est temps de reconnaître que seulement par le changement l'Europe retrouvera sa force, sa signification, son idéalisme et donc le soutien des gens. Et comme toujours, les gens sont en avance sur les politiciens. (…) La discussion est sur la modernisation. Sur la politique, (…) sur comment permettre à l'Europe de faire ce qu'elle s'est engagée à faire: améliorer la vie des gens. Et maintenant, ils ne sont pas convaincus ».Ainsi, selon lui, l'explication des « non » français et néerlandais est que « la Constitution est devenue pour les gens un simple véhicule pour signaler un mécontentement plus vaste et plus profond pour l'état des choses en Europe ». Il faut faire face à la réalité, se réveiller, écouter les gens, a insisté Tony Blair, interrompu à plusieurs reprises par les applaudissements des députés, (et chaleureusement applaudi à la fin de son discours).

C'est dans ce contexte qu'il faudra placer le débat sur le budget, estime M. Blair, qui répète: ce débat ne devra pas être séparé du débat sur la crise en Europe, « il devrait être une partie de la réponse à cette crise ». Là, M. Blair a contesté encore une fois la description faite de son comportement au Conseil européen de Bruxelles. « On a dit que je ne voulais pas de compromis sur le rabais britannique, que j'ai soulevé la réforme de la PAC seulement à la dernière minute, que je m'attendais à renégocier la PAC vendredi soir. En fait, je suis le seul leader britannique qui ait jamais dit qu'il remettrait le rabais sur la table. Je n'ai jamais dit que nous devrions mettre fin à la PAC ou la renégocier du jour au lendemain. Une telle position serait absurde. (…) J'ai simplement dit (…): nous ne pouvons pas accepter un budget qui ne mette pas en place, au moins, un processus menant à un budget plus rationnel. (…) Entre-temps, le Royaume-Uni paiera sa juste part de l'élargissement ».

Pendant notre présidence, a annoncé Tony Blair, « nous essaierons de faire avancer l'accord sur le budget ; de régler certains dossiers difficiles, comme la directive sur les services et la directive sur le temps de travail ; de remplir les obligations de l'UE à l'égard de ceux qui, comme la Turquie et la Croatie, attendent dans l'espoir d'un avenir en Europe ; et de mener ce débat sur le futur de l'Europe d'une manière ouverte et inclusive, exprimant nos vues avec force mais dans le plein respect des idées des autres ». Notre premier objectif sera de moderniser le modèle social européen, a-t-il répété, en apostrophant ceux qui l'accusent de vouloir abandonner ce modèle: « quel est le type de modèle social qui produit 20 millions chômeurs en Europe, des taux de productivité tombant au-dessous de ceux des Etats-Unis, permettant qu'il y ait plus de licenciés en science en Inde qu'en Europe » ? Oui à l'Europe sociale, mais elle doit fonctionner, et le Rapport Kok de 2004 nous dit comment le faire, a indiqué M. Blair (qui a aussi tenu à « démolir la caricature » de ceux qui affirment que son pays « est en proie à une sorte d'extrême philosophie anglo-saxonne du marché qui écrase les pauvres et les défavorisés », en signalant tout ce que son gouvernement a fait, y compris, introduire « le premier salaire minimum » au Royaume-Uni). Deuxièmement, le budget de l'UE doit refléter ces réalités : or, selon M. Blair, « le rapport Sapir montre la voie. Publié par la Commission européenne en 2003, il indique de manière claire et détaillée à quoi ressemblerait un budget européen moderne. (…) Un budget moderne pour l'Europe n'est pas un budget qui, dans dix ans, dépensera encore 40% pour la PAC ». (Rappelons que la publication du rapport Sapir avait, à l'époque, suscité de vives vives polémiques: NdlR). Troisièmement, la présidence va mettre en œuvre la stratégie e Lisbonne: l'agenda « nous a dit que faire. Faisons-le », exhorte M. Blair. Quatrièmement, il faut « un cadre macroéconomique (…) discipliné mais aussi flexible ». En reconnaissant que « ce n'est pas à moi de commenter la zone euro », M. Blair estime que « si nous progressons sur la réforme économique, si nous sommes vraiment sérieux sur le changement structurel, alors les gens percevraient la réforme de la politique macroéconomique comme raisonnable et rationnelle, pas comme le produit du laxisme budgétaire, mais du bon sens ». Autre priorité: la lutte contre le crime, la sécurité intérieure, l'immigration. Là, M. Blair a demandé: frappons durement les trafiquants de drogue, les passeurs de clandestins, les criminels qui font de la traite d'êtres humains, mettons en œuvre notre plan d'action anti-terrorisme. Quant à la PESC, il a insisté sur des mesures pratiques pour développer les capacités européennes de défense et permettre à l'UE de lancer davantage de missions de maintien de la paix et de résolution de conflits. Une telle politique de la défense est une partie nécessaire d'une politique étrangère efficace, a-t-il estimé, en citant, parmi les autres domaines où l'Europe peut faire peser son influence, le doublement de l'aide à l'Afrique, les négociations commerciales multilatérales, le changement climatique, la paix au Proche-Orient (où « grâce à Javier Solana, l'Europe a commencé à faire sentir sa présence »). Et il a conclu par un appel à poursuivre le processus d'élargissement. Une Europe ayant confiance en elle ne verrait pas l'élargissement comme une menace, a-t-il remarqué, en avertissant: « si nous arrêtons l'élargissement (…), ça ne sauverait finalement pas un seul emploi, (…) ne préviendrait pas une seule délocalisation. Pendant un moment, peut-être, mais pas pour longtemps. En même temps l'Europe deviendra plus étroite, plus introspective », ne suivra plus « les traditions de l'idéalisme européen », mais s'engagera sur la voie « du nationalisme et de la xénophobie ».

Le Président Barroso insiste sur la recherche de consensus

Dans cette « période turbulente de la politique européenne », un « nouveau consens politique « est « vital » si nous voulons éviter la paralysie, a plaidé le Président de la Commission européenne, qui a estimé que « la tradition britannique de pragmatisme et d'action orientée sur les résultats sera testée dans les six prochains mois ». José Manuel Barroso s'est dit confiant que Tony Blair saura mener un débat constructif « sur ce que l'Europe peut faire pour ses citoyens », et créer cet indispensable consensus. Vos priorités sont très proches de celles de la Commission, a-t-il dit au futur Président du Conseil européen. Et il a cité lui aussi la stratégie de Lisbonne, les perspectives financières (en rappelant la clause de rendez-vous qu'il proposés pour 2008 et en estimant qu'il faut « fonder les ultérieurs efforts sur les propositions existantes et le travail de la présidence luxembourgeoise, ce qui ne signifie pas qu'il faudrait abandonner la recherche d'un budget plus équilibré »), mais aussi l'objectif de « mieux légiférer ». Parlement et Conseil doivent s'associer à cet effort, a-t-il averti, en ajoutant qu'un premier objectif serait « un accord, le mois prochain, sur une approche commune de l'évaluation d'impact » de la législation proposée. Environ 200 propositions en suspens sont actuellement examinées, et à l'automne nous déciderons si les maintenir, les amender, « ou simplement les jeter », a-t-il précisé. Ensuite, en octobre, la Commission présentera la prochaine phase de son programme de simplification, pour 2006 et 2007. M. Barroso a aussi tenu à rappeler deux sujets qui tiennent beaucoup à la Commission: l'Afrique et le changement climatique.

Accueil généralement favorable aux propos de Tony Blair - Quelques vives critiques et
une dose de scepticisme

Au cours du débat, Hans-Gert Pöttering, président du groupe PPE-DE, a incité M. Blair à prouver concrètement son engagement européen. « Nous ne voulons pas de nouveaux axes entre grands pays », a-t-il averti. Et, en rappelant que le Parlement a adopté le rapport Böge sur les perspectives financières, il a conseillé à M. Blair: « orientez-vous sur la base de notre rapport » (et il lui a souhaité de conclure le paquet, comme le conservateur John Major avait pu obtenir un accord sur les perspectives financières en 1992). Le Tour de France commence aujourd'hui, c'est le « prologue », et votre prologue était « très prometteur », a dit à Tony Blair le président du groupe socialiste Martin Schulz, tout en lui rappelant: maintenant, vous devrez être « à la tête du peloton, et vous avez devant vous des étapes de montagne ». Quant au modèle social européen, le social-démocrate allemand reconnaît: oui, il faut le réformer, mais il ne faut pas pour autant « enfermer au musée » ceux qui le défendent. Et sur la PAC il a indiqué que « d'après les calculs de notre collègue Ralf Walter, toutes les dépenses agricoles dans l'UE sont l'équivalent de 0,48 du PIB, et celles pour la recherche, Etats membres compris, de 0,86%. Le Royaume-Uni doit démontrer qu'il est vraiment au cœur de l'Europe, après tant d'années de méfiance, a plaidé pour sa part Graham Watson, président du groupe ALDE, qui a amplement souscrit aux ambitions de réforme de Tony Blair, tout en le prévenant: je ne sais pas comment vous y arriverez avec un budget de 1% du RNB. Le libéral démocrate britannique a demandé à Tony Blair: changez les règles du Conseil des ministres, faites qu'il siège en public lorsqu'il agit comme législateur. Fortement applaudi, M. Blair lui a répliqué: il y a beaucoup d'arguments pour, « prenons ça en considération ». Quant au coprésident du groupe des Verts/ALE Daniel Cohn-Bendit, Tony Blair lui a dit, en souvenir de « Dany le Rouge » qui enflammait les assemblées d'étudiants en mai 68 à Paris »: c'est bien de vous voir après toutes ces années, à l'époque j'écoutais vos discours,maintenant vous écoutez les miens ! »)

Vous voulez changer l'Europe ? welcome to the club, Tony », lui a lancé, à son tour, M. Cohn-Bendit, en l'incitant: vous dites que l'Europe a besoin de leaders, mais un « leader moderne doit avoir le langage de la vérité », alors « camarade Blair », si vous avez tant d'ambitions, « retirez votre signature de la lettre des radins du 1% ! ».Vous voulez réformer la PAC ? alors pourquoi permettre que « le Duc de Bedford et la Queen » aient leurs subventions agricoles ? pourquoi le sucrier Tate & Lyle a-t-il reçu des subventions pour 180 millions d'euros ? « ils ne les ont pas mérités ! ». Le langage de la vérité, cela signifie aussi reconnaître que les gens veulent ou ne veulent pas ; or, « le peuple européen a dit non à la guerre en Irak », que vous avez voulue, a rappelé le vert allemand. M.Cohen-Bendit a aussi invité Tony Blair à prendre une initiative : dix ans après les massacres de Srenbrenica, on constate que les accords de Dayton ne fonctionnent pas sur le terrain, alors, « allez voir votre copain Bush, allez voir tous vos copains et dites d'en finir » avec ces accords .Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL, a été assez sévère: réflexion sur le modèle social européen , oui, mais ce serait plutôt pour « tirer les enseignements du démantèlement systématique que ce fameux modèle a subi ». Et il a renchéri: votre conviction semble être que le top du top en la matière est votre propre modèle puisqu'il limite le chômage apparent à quelque 5% de la population active », alors que pour John Monks, président de la Confédération européenne des syndicats « qui vous est portant proche, « le modèle anglo-saxon n'est pas plus populaire auprès des électeurs britanniques qu'ailleurs en Europe » ». Quant à la PAC, oui, au plafonnement des aides pour qu'elles n'aillent pas enrichir « les pseudo paysans qui siègent à la Chambre des Lords !, s'est écrié M.Wurtz qui a estimé aussi que Londres devra « tôt ou tard, » renoncer à son rabais (sans rabais, notre contribution serait 15 fois plus élevée que celle de pays d'une prospérité analogue, a protesté M. Blair dans sa brève réplique aux députés). En 2005, a précisé M. Wurtz, le montant de ce chèque dépasse le budget européen de la recherche et toutes les aides de pré-adhésion à Bulgarie et Roumanie sur trois ans, et équivaut à la moitié de toutes les aides structurelles et agricoles aux dix nouveaux Etats membres . Brian Crowley président irlandais du groupe UEN, a demandé lui aussi de ne « pas enterrer la PAC » et a mis en garde contre des coupes du budget qui empêcheraient l'Union d'agir.

L'élu du UK Independence Party Nigel Farage, coprésident du groupe IND/DEM a jugé Tony Blair plutôt convaincant (vous allez presque me persuader qu'il faut que le Royaume-Uni reste dans l'UE, a-t-il plaisanté), et lui a demandé de veiller, dans le débat qui va s'ouvrir, à ce que les Français et Néerlandais qui ont dit « non » à la Constitution « ne soient pas traités avec mépris » (il a aussi exigé qu'on demandé de mettre fin aux accords sur la pêche entre l'UE et les pays d'Afrique noire, des accords qui tuent des milliers de pêcheurs locaux, a-t-il ajouté).Roger Helmer, conservateur britannique (non inscrit après avoir été éjecté du groupe PPE-DE), a ridiculisé l'idée de tenir une pause de réflexion: il n'y a rien sur quoi réfléchir, après les « non » français et néerlandais, a-t-il affirmé, réclamant même un « changement radical du Traité de Rome ». James Hugh Allister (Democratic Unionist Party d'Irlande du Nord, non inscrit) lui a prêté main forte, en s'exclamant: « l'Union de plus en plus étroite a échoué », nous devons « rapatrier » nos politiques. Enfin quelqu'un qui nous ramène les pieds sur terre, a dit pour sa part à Tony Blair Jana Bobisikova, non inscrite tchèque.

Certains députés français s'en sont vivement pris à Tony Blair, à qui Jean-Louis Bourlanges (ALDE) a reproché: « vous n'avez pas été très magnanimes » avec notre président qui était « les genoux par terre », et c'est « moralement choquant » que votre pays ne finance pas l'élargissement comme les autres, « économiquement mensonger de dire que les agriculteurs sucent le sang » des autres Européens, et « juridiquement et politiquement aberrant » de vouloir réformer une politique par le biais d'un budget. Au groupe PPE-DE, Françoise Grossetête n'a guère été plus tendre. « Vous voulez mettre à plat les « anomalies » de l'Europe, mais votre présence aujourd'hui, ici à Bruxelles en est une », la coutume étant que les présidences présentent leur programme à Strasbourg, a-t-elle rappelé à M Blair, en ajoutant: vous avez « préféré créer la crise, (…) vous aurez beaucoup à faire pour obtenir notre confiance ». Plus conciliant, le socialiste Bernard Poignant a conseillé à Tony Blair: « allez voir Chirac, payez-lui une tête de veau, vous allez vous réconcilier », mais vous et les autres quatre (le pays qui ont refusé le compromis luxembourgeois), « mettez-y un peu plus » pour arriver à un accord sur les perspectives financières (dans un communiqué, M. Poignant précise: nous apprécierons la présidence britannique au vu de ses actes, en reprenant le dicton anglais « on juge la qualité du pudding en la mangeant »). Plus véhément, l'Italien Roberto Musacchio (GUE) a lancé à Tony Blair: « vous n'êtes pas la solution, vous êtes un des problèmes, vous n'êtes pas le nouveau, vous êtes l'ancien » Jacek Saryusz-Wolski (PPE-DE), polonais, a avoué sa déception pour l'accord budgétaire manqué: après avoir été membre de l'UE pendant un peu plus d'un an, c'est difficile d'expliquer cette situation à nos électeurs, a-t-il estimé. Si Kohl et Mitterrand avaient été au Sommet de Bruxelles, il y aurait eu accord, a commenté avec une certaine amertume Avril Doyle (PPE-DE, irlandaise). Quant au socialiste espagnol Enrique Baron, il s'est écrié: ce budget me rappelle l'époque soviétique, « des perspectives financières sur sept ans, c'est plus que dans le Gosplan ».

Certains démocrates chrétiens allemands ont, face à l'appel de Tony Blair à poursuivre sur la voie de l'élargissement, souhaité que l'UE se pose la question de ses frontières: c'est le cas, outre M. Pöttering, du président de la commission des affaires étrangères Elmar Brok et de celui de la sous-commission de la sécurité et défense Karl von Wogau, qui a rappelé que l'UE doit être elle-même capable de s'élargir et qui a estimé que ce ne serait pas raisonnable d'ouvrir les négociations avec la Turquie le 3 octobre. On peut ouvrir les négociations avec Ankara, a estimé au contraire l'élu de Forza Italia Antonio Tajani, qui a apprécié l'intervention de Tony Blair et s'est prononcé contre une Europe « qui s'occuperait de tout et de rien ». Le libéral démocrate britannique Andrew Duff, un des rares à s'attarder sur la Constitution, a réitéré son idée de tenir une nouvelle Convention avec un nouveau mandat, pour renégocier le texte en se concentrant sur la partie III, les politiques. Au sein du même groupe ALDE, un autre britannique, Bill Newton-Dunn, a reconnu à Tony Blair: « excellents objectifs, très bon discours ». Mais il lui a rappelé: aux dernières élections britanniques vous avez obtenu un peu plus que 35% des voix, alors que le « oui » en France en a eu 45%, et si vous êtes là, c'est à cause de l'anomalie du système électoral britannique. M. Newton-Dunn a sollicité M. Blair: chez nous, l'ignorance et l'hostilité à l'égard de l'Europe sont « terribles » - quand commencerez-vous à expliquer l'Europe dans le pays que vous et moi connaissons le mieux ? ».

Tony Blair: commencer un processus de révision de la structure du budget qui devrait aboutir aux premiers changements en seconde moitié des perspectives financières 2007-2013

Lors d'une conférence de presse, à l'issue du débat, le président du PE Josep Borrell s'est félicité du « grand débat, un débat digne de l'histoire » qui a confirmé jeudi que le Parlement européen est une « grande enceinte démocratique européenne ». Hier et aujourd'hui, nous avons entendu « deux Européens passionnés », Jean-Claude Juncker et Tony Blair, qui se sont livrés, chacun à sa manière et malgré les « différences sous-jacentes » entre ces deux personnalités, à un débat « ouvert et franc » avec les députés, a constaté M. Borrel. « Je suis content d'avoir entendu M. Blair exprimer sa foi dans l'Europe en tant que projet politique. Je suis content de l'avoir entendu dire qu'il ne souhaite pas que l'UE devienne un simple supermarché, qu'il ne veut pas changer la politique agricole commune du jour au lendemain et qu'il ne veut pas abolir le modèle social européen », a poursuivi M. Borrell. « Nous sommes au point de départ » d'un grand débat sur l'avenir de l'Europe, « dans six mois nous verrons où nous en sommes », a-t-il conclu.

Tony Blair a parlé lui aussi devant les journalistes d'un « bon débat, d'un débat d'une grande qualité ». A la question de savoir si sa vision d'une UE modernisée et orientée vers le futur est réalisable avec un budget limité à 1% du RNB de l'UE, M. Blair a souligné qu'il souhaite un budget aussi restrictif que possible. Il faut tenir compte du fait que « dans toute l'Europe, les gouvernements sont soumis à des contraintes financières », mais la chose la plus importante, c'est que l'argent est « dépensé sagement ». « Nous devons faire en sorte qu'au cours des prochaines perspectives financières, nous examinions de manière fondamentale comme notre budget est structuré », a insisté M. Blair. Le Premier ministre britannique a répété qu'il ne s'attendait pas à une réforme immédiate des structures budgétaires de l'UE, mais qu'il voudrait « au moins faire démarrer le processus (de réforme) maintenant afin d'éviter que l'on doive attendre 2014 avant de faire des changements ». « J'espère que dans les prochaines semaines et mois, le gens verront que nous (la présidence britannique) avons une vue complète sur comment le budget devrait être traité », a-t-il affirmé. Interrogé sur les concessions qu'il attend de la France sur la PAC avant 2013, M. Blair a été évasif, se contentant de rappeler qu'il ne voulait « pas changer la PAC du jour au lendemain ». « Mais je crois que nous avons besoin d'un rapport sur de possibles réformes qui nous permettra de faire des changements au moins au cours de la seconde moitié des perspectives financières. L'argent économisé grâce à la réforme de la PAC et la diminution des subventions agricoles, a-t-il insisté, doit être investi dans la modernisation de nos économies, qui doivent devenir des « économies du savoir, avec des investissements massifs dans la science, l'éducation, la recherche et l'innovation » si l'UE veut rester compétitive face aux nouvelles puissances économiques qui sont en train de gagner leur place sur le marché globalisé, « comme la Chine et l'Inde, mais aussi des pays comme la Thaïlande et le Vietnam ». « Nous devons monter d'un cran dans l'échelle de valeur pour la production industrielle. Et lorsque nous serons en haut de l'échelle, après un certains temps, nous devrons encore une fois monter d'un cran. C'est ça la réalité du monde d'aujourd'hui », a martelé M. Blair qui réitère: « tout cela ne veut pas dire que l'on doit abandonner la protection sociale ». Pourquoi a-t-il fallu huit ans pour vous entendre faire un discours aussi pro-européen qu'aujourd'hui?, a voulu savoir un journaliste britannique. « J'ai toujours dit la même chose dans mes discours dans le passé, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire devant le Parlement européen, comme aujourd'hui », a répondu M. Blair. « Tous mes discours ont toujours tourné autour de l'argument qu'il faut réformer et rafraîchir les idéaux européens afin de les adapter au monde d'aujourd'hui », a-t-il ajouté.

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