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Bulletin Quotidien Europe N° 8976
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/pe/agriculture

Accueil réservé pour la proposition de reforme de l'organisation commune du marche du sucre présentée par la Commission

Bruxelles, le 23/06/2005 (Agence Europe) - La proposition de refonte radicale de l'organisation commune du marché du sucre présentée mercredi par la Commission (voir EUROPE n°8975) a reçu un accueil pour le moins réservé du côté des intéressés, et mitigé chez les politiques.

Au Parlement européen, les réactions sont en général négatives, sauf de la part de Fiona Hall (ALDE, britannique), membre de l'assemblée parlementaire ACP/UE qui, dans un communiqué, estime qu'il est « indéfendable de subventionner la production sucrière aux dépens des pays en développement », et que « ces réformes, même si elles entraînent de grandes difficultés pour de nombreux agriculteurs européens, sont absolument nécessaires ». Les socialistes espagnols rejettent la réforme, annonce Rosa Miguelez, qui avertit la Commission: « ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain ». Mme Miquelez reproche à la proposition de la Commission d'encourager l'abandon de la production sucrière dans les zones moins compétitives, y compris en Espagne, pour la concentrer dans les plus prospères, « surtout en France ». Au groupe socialiste, l'Italien Enzo Lavarra se dit aussi sceptique, affirmant dans un communiqué: « il faut évidemment réorienter vers le marché le modèle agricole européen », mais cette proposition, en l'état, risque de « déstructurer sérieusement le secteur italien de la betterave et l'industrie qui en dépend, avec des répercussions sur l'emploi dans un secteur qui assure un revenu à 75 000 personnes ». Le vert allemand Friedrich Wilhelm Grafe zu Baringdorf estime pour sa part que la proposition « envoie des faux signaux aux producteurs du sucre dans le monde entier et n'aide pas les pays pauvres, mais aide au contraire les multinationales du sucre ». Selon lui, baisser les prix puis payer des milliards pour des aides à la restructuration et des compensations n'a pas de sens: « c'est de l'argent jeté par la fenêtre ». Les députés de la commission de l'Agriculture ont quant à eux pris acte de ces propositions « avec circonspection », le rapporteur, Jean-Claude Fruteau, socialiste français, estimant d'ores et déjà que la réforme ne sera pas sans poser de problèmes aux pays producteurs. Quelques députés, à l'instar du socialiste belge Marc Tarabella, estiment que les consommateurs seront également perdants, et qu'il y a « gros à parier que le prix du kilo de sucre ne diminuera pas ».

Le gouvernement français, par la voix de Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture et de la pêche, bien qu'attendant « des améliorations » pour les départements d'Outre-Mer et le volet externe, évoque une réforme présentant « une architecture générale adaptée aux évolutions que va connaître le marché du sucre ».

Du côté des lobbys et des ONG, les réactions sont moins modérées. Le Comité européen des fabricants de sucre (CEFS) s'inquiète que « le prix du sucre européen ne soit plus suffisamment rémunérateur pour assurer la viabilité du secteur sucrier européen à long terme ». Pour les agriculteurs de la Confédération Générale des Coopératives Agricoles de l'UE (COPA/COGECA), qui se disent « profondément inquiets » du projet de réforme, un marché équilibré du sucre suppose d'abord de réguler l'accès au marché de l'UE, ce qui ne peut pas se faire sans un contrôle des importations » y compris de celles des PMA. Côté agricole encore, une plate-forme regroupant 40 organisations françaises de paysans et de ruraux, Agricultures durables solidaires, estime que les propositions de la Commission « n'apportent pas de solution durable à l'organisation du marché du sucre », et que la régulation du marché communautaire « doit être mise en œuvre grâce à des outils de maîtrise et de répartition de la production ». Chez les consommateurs, on estime qu'il n'est pas certain que la réforme élimine entièrement le dumping inéquitable qui nuit aux agriculteurs des pays en développement: le Bureau Européen des Unions de Consommateurs, souligne aussi que « les consommateurs ne peuvent espérer de diminution des prix ». Le CIUS (Committee of Industrial Users of Sugar), bien « qu'encouragé par la proposition, réclame encore plus de compétition sur le marché du sucre. Il s'agit d'une réelle opportunité d'augmenter la compétitivité de toute l'industrie sucrière, des agriculteurs aux acheteurs ». Les ONG, enfin, sont unanimes dans leur condamnation d'une « directive particulièrement amère pour les pays du Sud », selon Oxfam, et un sucre de l'UE « pas si doux pour les pays pauvres et l'environnement » pour le World Wildlife Fund (WWF). Si Oxfam, aux côtés des pays ACP et des PMA s'insurge contre « une réforme cruelle et brutale » (voir EUROPE n°8975), le WWF ajoute à ces reproches l'absence de prise en compte de l'impact environnemental: en obligeant les pays pauvres à réduire leurs coûts d'exploitation dans l'industrie sucrière pour rester compétitifs, l'UE les empêche d'investir « dans des systèmes d'irrigation efficaces et des techniques réduisant l'érosion et la pollution des sols ». Oxfam et WWF appellent toutes deux à un plan d'action pour les ACP beaucoup plus largement dotés que les 40 millions d'euros prévus dans la proposition de la Commission, et réclament une enveloppe de 500 millions d'euros dont davantage de pays pourraient bénéficier.

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