Bruxelles, 30/05/2005 (Agence Europe) - Alors que les députés européens et les ministres préparent leurs arguments pour des débats qui risquent une fois encore de partir dans tous les sens, les préoccupations des chercheurs se concentrent sur quatre aspects majeurs du futur programme-cadre de recherche et de développement (PCRD): l'enveloppe financière globale, les infrastructures de recherche, le soutien de la recherche fondamentale et la simplification administrative.
A première vue, le budget proposé le 6 avril dernier par la Commission européenne pour le financement de la recherche (78,449 milliards d'euros sur la période 2007-2013 si l'on additionne le 7ème PCRD, recherche nucléaire comprise, et les activités de recherche du programme « Compétitivité et innovation ») est ambitieux. Comparé aux efforts des Etats-Unis ou du Japon, il demeure cependant modeste. Le président de la Fondation européenne de la Science, Bertil Andersson, souligne aussi que, même si l'on double l'enveloppe du programme-cadre, le budget du 7ème PCRD restera inférieur à 10% du total des financements publics de la recherche dans l'Union européenne. Et beaucoup de scientifiques craignent aujourd'hui que ce budget soit la première victime de la rigueur budgétaire que s'imposent les vingt-cinq, en dépit des grands discours sur la fameuse stratégie de Lisbonne. Couper dans ce budget dont les trois quarts sont orientés vers la recherche appliquée et le soutien à l'industrie reviendrait tout simplement à renoncer à son effet de levier sur la compétitivité. Dans un récent article de The Scientist, la porte-parole de la European Life Scientist Organisation (ELSO), Carol Featherstone, craint que les gouvernements de certains Etats membres profitent de l'augmentation du budget communautaire de la recherche pour réduire leur dépenses nationales dans ce secteur. « Il nous faut absolument éviter que le financement glisse simplement d'une main vers un autre », explique-t-elle. « Il y a encore loin de la coupe aux lèvres », observe aussi Claude Truffin directeur général du département Recherche de l'Université libre de Bruxelles, en soulignant « la frilosité budgétaire de certains Etats membres ». Et d'ajouter, en faisant référence à l'objectif de Lisbonne - 3% du PIB consacré à la recherche - et à la Belgique (mais la remarque vaut pour la plupart des Etats membres): « Les chercheurs voudraient évidemment que le cap des 3% pour la recherche soit tenu avec autant de rigueur que le cap vers un autre « 3% », celui du déficit maximum des finances publiques. Jusqu'à présent, c'est le seul « 3% » dont les chercheurs ont vu la concrétisation ».
L'enveloppe que la Commission propose d'allouer aux infrastructures n'excède pas 3,987 milliards d'euros sur sept ans (EUROPE n°8923) mais elle pourrait être complétée par des interventions des fonds structurels. Elle est essentielle aux yeux de l'ensemble de la communauté scientifique. En témoigne une prise de position du Research Councils UK qui, avant même l'adoption du projet de 7ème PCRD, se prononçait pour un doublement des crédits destinés aux infrastructures et à la recherche fondamentale. Ces deux dimensions du projet de programme-cadre sont tout aussi importantes aux yeux de Maria Nowakowska, vice-recteur de l'Université Jagellone à Cracovie, qui insiste en particulier sur le manque d'infrastructures de recherche dans les nouveaux Etats membres. Les universités polonaises ont souffert d'un réel handicap de départ pour leur participation au 6ème PCRD, explique Maria Nowakowska, qui estime cependant qu'elles commencent à faire des progrès dans la recherche de partenaires et dans la connaissance des procédures.
En mettant l'accent sur la recherche collaborative et les plates-formes technologiques, le 7ème programme-cadre est comme le précédent tourné vers l'innovation à court terme. Sa structuration autour de priorités thématiques fixées par le monde politique est cependant contrebalancée pour la première fois par un mécanisme qui devrait privilégier une approche « bottom-up » fondée sur des choix scientifiques indépendants au travers du Conseil européen de la recherche. Un nouvel instrument que Bertil Andersson n'hésite pas à qualifier de « Ligue des Champions de la recherche européenne ». Ce mécanisme qui permettrait de financer la recherche fondamentale à hauteur de 12 milliards d'euros sur sept ans est essentiel pour l'avenir, nous disent les chercheurs qui insistent sur la nécessité de le préserver face aux appétits du monde des affaires et aux tentatives d'ingérence du monde politique. « Il faudra que les chercheurs européens défendent bec et ongles cette évolution très encourageante », constate ainsi Claude Truffin.
Les lourdeurs administratives - Carol Featherstone parle d'un « cauchemar » - restent la hantise des chercheurs qui espèrent que la Commission européenne tiendra enfin ses promesses réitérées de simplification des procédures. Cette simplification, que Bertil Andersson qualifie de « facteur décisif » pour le succès du 7ème PCRD, ne dépend pas seulement de la Commission. Les deux branches de l'autorité législative et budgétaire devront réduire leurs exigences en la matière. Pour les Etats membres, il s'agira en particulier de renoncer à leur droit de regard sur chaque projet avant son financement. La Commission l'a proposé mais le premier débat au sein du Conseil (voir EUROPE n°8930) semble montrer qu'ils n'y sont pas encore prêts. A suivre…