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Bulletin Quotidien Europe N° 8957
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Mécontent de l'engagement de Bruxelles et Washington en faveur de mesures d'urgence pour limiter les exportations textiles chinoises, Pékin brandit la menace de la guerre commerciale

Bruxelles, 30/05/2005 (Agence Europe) - Après l'annonce officielle, le 27 mai, de l'engagement de la Commission européenne dans une procédure de négociations formelles avec la Chine dans le cadre de l'OMC pour deux catégories de produits textiles, les tee-shirts et le fil de lin, le ton est monté d'un cran le 30 mai entre Pékin d'une part, Bruxelles (et Washington) de l'autre, après la volte-face des autorités chinoises qui ont annoncé que les taxes à l'exportation prélevées depuis le 1er janvier dernier sur 148 catégories de produits textiles ne seraient plus prélevées sur 78, qu'elles n'appliqueraient pas des mesures supplémentaires d'autolimitation - notamment la hausse des taxes à l'exportation pour 74 types de produits textiles promise le 20 mai dernier et qui devait intervenir le 1er juin prochain (EUROPE n° 8951).

C'est d'abord le ministère chinois du Commerce qui a exprimé son mécontentement dimanche: « l'UE a agi de son propre chef en décidant de lancer une enquête et d'imposer des restrictions sur la base de trois mois seulement de statistiques préliminaires. C'est un jugement erroné et une mauvaise décision », a souligné son porte-parole, Chong Quan, dans un communiqué. « La demande de la Commission ne va pas seulement envoyer un mauvais signal protectionniste aux sociétés d'Europe, mais elle viole également les droits des entreprises chinoises dans le cadre de l'intégration du commerce textile mondial », a-t-il ajouté. Rappelons que, selon les procédures OMC, la demande européenne de consultations formelles avec Pékin implique nécessairement que la Chine limite ses exportations de tee-shirts et de fils de lin vers l'UE à 7,5% au maximum au-dessus du niveau des importations enregistrées entre mars 2004 et février 2005 sur le marché communautaire. En outre, l'UE serait en droit d'imposer des restrictions quantitatives si Pékin refusait de respecter cette clause d'urgence incluse dans le protocole d'adhésion de la Chine à l'OMC (EUROPE n° 8954). Lundi, c'est le ministre chinois du Commerce Bo Xilai qui s'est insurgé contre l'utilisation par Washington et Bruxelles de la clause de sauvegarde prévue dans le protocole d'adhésion de la Chine à l'OMC: « nous considérons que l'utilisation par Washington et Bruxelles de l'article 242 pour imposer une limite à nos produits textiles est infondée et erronée », a déclaré M. Bo au cours d'une conférence de presse, ajoutant que cet article était « discriminatoire parce qu'il vise seulement la Chine », tout en reconnaissant qu'il était « issu d'un compromis négocié ». Précisant que la Chine et ses partenaires commerciaux divergeaient sur l'interprétation des statistiques disponibles, M. Bo a aussi estimé que les Etats-Unis et l'UE n'avaient pas, jusqu'ici, fourni suffisamment de données pour établir que leurs marchés intérieurs respectifs ont été gravement perturbés par les très fortes hausses d'exportations textiles chinoises dans certaines catégories de produits.

En riposte aux mesures prises par Bruxelles et Washington pour contenir l'afflux massif de produits textiles chinois sur les marchés européen et nord-américain, le ministère chinois des Finances a annoncé dans la matinée de lundi la suppression de la majorité des taxes à l'exportation sur ses produits textiles, dix jours après avoir décidé d'en augmenter une partie. Un communiqué du ministère des Finances indique en effet que les taxes à l'exportation qui sont prélevées depuis le 1er janvier dernier (date de l'entrée en vigueur de la levée des quotas) pour 148 catégories de produits « ne seront plus prélevées pour 78 catégories » et que les hausses de taxes à l'exportation pour 74 types de produits textiles (regroupés en 39 catégories de produits) proposées par Pékin le 20 mai dernier en guise de mesure supplémentaire d'autolimitation des exportations chinoises, et qui devaient intervenir le 1er juin 2005, sont en même temps supprimées. Le communiqué ajoute que les droits de douane seront notamment supprimés pour le fil de lin et confirme leur annulation pour deux autres catégories. Au total, les taxes sont abolies pour la grande majorité des catégories pour lesquelles elles avaient été relevées le 20 mai, dont les tee-shirts.

La Commission a aussitôt rejeté les accusations des autorités chinoises selon lesquelles elle n'aurait pas fourni suffisamment de preuves des perturbations causées par l'afflux massif de produits textiles chinois sur le marché communautaire. « Nous avons montré qu'il y avait non seulement un bond des importations en provenance de Chine mais aussi (...) qu'il y avait un risque grave et immédiat pour notre industrie textile », a commenté Claude Veron-Reville, porte-parole du Commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson.

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