Bruxelles, 25/04/2005 (Agence Europe) - Jeudi dernier à Vilnius, lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN, le Secrétaire général de l'Alliance Jaap de Hoop Scheffer et Joschka Fischer ont proposé que les ministres de l'OTAN et de l'Union européenne se réunissent une ou deux fois par an de manière informelle. Les ministres se sont montrés plutôt favorables, mais les modalités restent à déterminer, indiquent des sources de l'Alliance, qui rappellent que la Turquie s'oppose à ce que Chypre participe aux réunions informelles UE/OTAN au niveau des ambassadeurs, refusant que Nicosie ait accès à certaines informations classifiées. Dans l'entourage de Javier Solana on juge que si l'idée est « intéressante », mais qu'elle « ne va pas résoudre le problème concret » posé par le fait que Chypre et Malte n'aient pas d'accord de sécurité avec l'OTAN.
La réunion de Vilnius a été l'occasion, à l'instigation de Jaap de Hoop Scheffer, d'une discussion débordant le cadre des opérations de l'OTAN, et à cette occasion Etats-Unis et France se sont opposés sur un possible rôle de l'OTAN en soutien à la mission de l'Union africaine au Darfour, au Soudan. "L'OTAN n'a pas vocation à être le gendarme du monde", a déclaré en conférence de presse le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier, en ajoutant: "Je pense qu'il y a un rôle pour l'UE", non pas pour l'envoi de soldats mais pour une aide logistique ou financière. M.Barnier, qui a mis en avant l'expérience acquise par l'Union européenne dans les Balkans et en République démocratique du Congo, a réfuté l'idée que des divergences sur l'intervention des différentes organisations puissent mener à des retards. Jaap de Hoop Scheffer, partisan comme Condoleezza Rice d'un rôle de l'OTAN, a dit à la presse: "Il fallait en parler, non pas pour avoir des bottes sur le terrain, non pas pour jouer un rôle politique actif, mais pour commencer à répondre à une question, qui n'a pas encore été posée mais qui pourrait venir, de l'Union africaine, pour un soutien à sa mission, celle de l'Union africaine, au Darfour". L'UE apporte une aide financière et logistique à la mission de l'Union africaine pour les observateurs internationaux chargés de veiller au cessez-le-feu, rappelle pour a part la porte-parole de M. Solana.
Les ministres ont aussi abordé le processus de paix au Proche-Orient, en écartant toute intervention à l'heure actuelle, mais, pour quelques-uns, sans repousser un rôle futur. La Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice et le Secrétaire général de l'Alliance Jaap de Hoop Scheffer, qui tente de donner une dimension politique à l'OTAN, ont mis en exergue l'importance de telles discussions au sein de l'Alliance. Le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, s'est démarqué en insistant beaucoup en conférence de presse sur le fait que ces discussions devaient rester limitées à la dimension militaire de l'Alliance. La réunion ministérielle a été"une première étape" pour un dialogue politique au sein de l'OTAN, a estimé jeudi un responsable de l'Alliance jugeant que la suite dépendrait de l'Alliance elle-même mais aussi de l'évolution des relations avec l'Union européenne et avec les Nations unies. En introduisant le débat sur le Proche-Orient mercredi soir, le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, ancien envoyé de l'Union européenne dans la région, s'y est montré favorable. Les autres ministres ne se sont pas prononcés sur la question, indique-t-on de source de l'OTAN. L'Allemand Joschka Fischer a dit à quelques journalistes que l'on ne pouvait pas "exclure" à long terme un rôle pour l'OTAN.
Michel Barnier a insisté pour sa part sur les "limites" du dialogue politique au sein de l'Alliance. On ne peut pas parler "de tout, n'importe où et n'importe comment", a-t-il déclaré en conférence de presse, estimant que l'OTAN "n'a pas la vocation d'être le gendarme du monde". S'il n'est pas opposé à un dialogue politique sur les opérations de l'OTAN, le ministre français estime qu'un certain nombre de dossiers chauds de la politique étrangère doivent être abordés dans d'autres cadres: la question de l'embargo sur les ventes d'armes à la Chine "concerne les Européens", la Corée du nord est abordée au sein des Nations unies, l'Iran par le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France (et Javier Solana, au nom de l'UE: NDLR), "le lieu du débat" pour le Proche-Orient, "c'est le Quartette". "J'ai rappelé comme préalable l'autonomie de l'action de l'UE", a précisé Michel Barnier. De source diplomatique, on soulignait toutefois que si le ministre français avait bien parlé de l'autonomie de l'UE lors du débat, il s'était montré beaucoup moins catégorique sur le dialogue politique au sein de l'OTAN. Le secrétaire général de l'OTAN a d'ailleurs glissé en conférence de presse que M. Barnier "a pris une part très active dans la discussion". Pour sa part, Joschka Fischer a indiqué en conférence de presse qu'il pensait qu'à l'avenir, il ressortira des discussions sur le débat politique "quelque chose qui sera proche des propositions du chancelier Schröder" (Source: notre publication Nouvelles atlantiques).