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Bulletin Quotidien Europe N° 8935
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

France et Constitution: les raisons d'avoir confiance augmentent

Voix européennes. Le débat en France sur la Constitution a pris les dimensions souhaitées. Dans des commentaires précédents, j'avais regretté le ton de ce débat d'un double point de vue: la manière dont les partisans du « non » déformaient les faits et (sauf quelques exceptions) le manque de vigueur et de hauteur des partisans du « oui ». La situation a évolué. Les défenseurs de la Constitution ont trouvé les arguments et le ton appropriés pour faire valoir leurs convictions. Les Français peuvent comparer à présent le pour et le contre et ils peuvent choisir en connaissance de cause. L'excuse du manque d'information ne tient plus debout. Certaines baudruches ont été dégonflées, notamment celle affirmant que l'on pourrait enterrer la Constitution… Pour le bien de l'unité européenne, en vue de négocier une nouvelle Constitution plus satisfaisante. Jo Leinen l'avait déjà dit aux Français: partout hors de France leur «non» serait ressenti comme un «non» à l'Europe. Après quoi, il y a eu la lettre ouverte des personnalités polonaises (voir notre bulletin n° 8933), la participation active du président du Parlement européen Josep Borrell au débat, la prise de position de Bino Olivi, ancien porte-parole de la Commission, publiée par «Le Monde» sous le titre retentissant «Français, vous nous atterrez !», et d'autres témoignages en provenance d'autres Etats membres.

Un silence éloquent. Ce qui m'a frappé aussi, c'est le silence de Laurent Fabius. C'est par lui que la fronde avait commencé au sein des socialistes, mais quand il a vu la tournure qu'avait prise la campagne pour le «non» avec ses mensonges et avec le mélange extrême droite/gauche anti-européenne/snobisme intellectuel, il n'a pas voulu y rester englué. C'est ainsi que j'interprète sa réserve après une prise de position qui était pour l'essentiel un hymne à la construction européenne, malgré la conclusion incongrue exprimant encore l'espoir que le «non» ouvrirait la voie à une renégociation. Parallèlement, même à gauche s'exprimait l'indignation contre certaines méthodes, au point que l'hebdomadaire historique de la gauche démocratique, «Le Nouvel Observateur» de Jean Daniel est resté estomaqué non pas par la thèse du «non» mais par les mensonges et la démagogie qui l'accompagnaient parfois et avait réagi en citant à titre d'exemple trois contrevérités choquantes: a) la Constitution interdirait l'avortement. « J'alerte les femmes de ce pays… », avait dit Henri Emanuelli avec un ton qui se voulait solennel ; le journaliste, après avoir expliqué la vérité, a tranché « Henri Emanuelli a usé de mensonge et de démagogie »: b) la Constitution remettrait en cause la laïcité. Démonstration que c'est faux et conclusion analogue: «Michel Charasse et Jean-Luc Mélanchon, eux aussi, ont usé de mensonge et de démagogie ; c) la Constitution impose à l'Europe une « camisole libérale »: démonstration plus longue et approfondie, et même conclusion: « Marie-Georges Buffet défigure le projet et diffuse une interprétation fausse ; elle aussi, dans cet exercice, a usé de mensonge et de démagogie».

À la page suivante du même journal, un reportage racontait l'étonnement et presque le désespoir de ceux qui dans les débats voulaient défendre le oui et se disaient « surpris par la violence des tenants du non. (…) Ils déchirent nos tracts en affirmant que le traité interdit l'avortement, démantèle les services publics et entraînera la guerre si l'un des pays de l'Union est attaqué». Les pro-européens ont toutefois constaté un début de changement de climat: de plus en plus de gens désirent s'informer, comprendre la réalité et les enjeux. Et la meilleure compréhension fait remonter automatiquement le nombre des «oui», en dissipant petit à petit l'aura de non-conformisme snob selon laquelle « voter oui, c'est s'aplatir, voter non, c'est rebelle ».

Comment hésiter ? J'ai suivi la semaine dernière un débat télévisé. D'un côté, Valéry Giscard d'Estaing, clair et dominant (pour cause…) le sujet, pour qui la Constitution est un texte « facilement lisible, limpide et assez joliment écrit », Robert Badinter chaleureux, ému et émouvant dans sa péroraison finale et Bertrand Delanoë (le maire de Paris) convaincant et à l'occasion ironique ; de l'autre côté, Jean-Marie Le Pen, Charles Pasqua, Jean-Pierre Chevènement et Marie-Georges Buffet. Ceux qui ont écouté, comment pourraient-ils hésiter au moment du choix ? En même temps, plusieurs textes s'ajoutent aux paroles. Je citerai l'analyse de 250 juristes ayant « des sensibilités politiques diverses», diffusée sans commentaires par le bureau de Paris du Parlement européen ; concise et persuasive, elle mériterait d'être distribuée partout.

Le citoyen français dispose maintenant d'instruments lui permettant de se prononcer en connaissance de cause. Les raisons de l'Europe se font entendre, même auprès des jeunes qui ne pouvaient pas savoir pourquoi et comment l'Europe unie s'est faite, et à qui Nicolas Sarkozy a lancé: «Allez-vous vous laisser voler l'idée européenne ? ». L'approfondissement se poursuivra dans les prochaines semaines. Les raisons d'avoir confiance augmentent. (F.R.)

 

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