Bruxelles, 31/03/2005 (Agence Europe) - « Je ne veux pas que l'on confonde développement économique et social et blanc-seing politique en Tunisie », a indiqué mercredi à EUROPE le Président du Parlement européen Josep Borrell, deux jours après son voyage officiel effectué en Tunisie du 25 au 28 mars à la fois en tant que président du PE et de l'Assemblée parlementaire euroméditerranéenne (APEM) - présidence à laquelle il a accédé lors de la session plénière du Caire en Egypte à la mi-mars. « Au Caire, j'ai voulu mettre l'accent sur la Méditerranée et sur la nécessité de regarder vers le Sud. Nous constatons que, jusqu'à présent, le partenariat de Barcelone n'a pas porté tous les résultats escomptés. Aussi, j'ai voulu commencer ma tournée des pays de la zone euroméditerranéenne par une visite en Tunisie car elle est le meilleur élève du processus de Barcelone sur le plan du développement économique et social », a expliqué M. Borrell. « Elle doit rester en tête des pays qui ont libéralisé leur économie et aller jusqu'au bout de la logique de la libéralisation économique », a poursuivi le président du Parlement européen. « L'ouverture politique doit toutefois accompagner les progrès économiques et sociaux. La bonne gouvernance est une partie essentielle des perspectives de progrès d'un pays moderne », a-t-il toutefois averti. Rappelant que l'UE avait une « forte sensibilité à cet égard, en particulier pour les pays avec lesquels elle entretient des liens étroits en matière de politique de voisinage », M. Borrell a indiqué que « le PE continuera à s'intéresser activement à ces questions ». Soulignant qu'il avait « bénéficié d'un dialogue très ouvert » avec le président tunisien Ben Ali, notamment sur « des sujets qui fâchent », M. Borrell a souligné qu'il entendait « poursuivre le dialogue en matière de bonne gouvernance, qui porte sur le fonctionnement démocratique, la liberté d'expression et des médias, la justice, le respect des droits de l'homme et le renforcement de la société civile, avec l'ensemble des composantes de la société tunisienne ». M. Borrell a d'ailleurs précisé avoir rencontré à l'occasion de son voyage plusieurs représentants de la société civile tunisienne. Le président du Parlement européen a toutefois assuré les autorités tunisiennes qu'il ne fallait pas voir dans ce dialogue une violation du « principe de non-ingérence » dans les affaires intérieures d'un Etat, mais « la traduction des engagements pris en commun dans le cadre de la déclaration de Barcelone et de l'accord d'association avec la Tunisie ». « Ces engagements seront renforcés dans le cadre de la politique de voisinage », a-t-il ajouté. En ce qui concerne le phénomène de l'émergence de l'islamisme radical (argument derrière lequel s'abritent les autorités tunisiennes pour justifier de moindres avancées en matière de libéralisme politique) que « l'UE considère comme un risque pour l'ensemble de la région euroméditerranéenne même s'il a jusqu'ici été maîtrisé en Tunisie », M. Borrell a estimé que « les progrès économiques et sociaux et l'ouverture politique » constituaient « les meilleurs remparts contre ce danger commun ». « Il est nécessaire de distinguer l'extrémisme politique et la partie modérée de la société civile, facteur de stabilité sociale et de progrès », a-t-il insisté. « Le dialogue que j'ai amorcé avec le président Ben Ali est toutefois encourageant et les décisions qu'il m'a annoncées, notamment l'accord sur le projet de modernisation de la justice, l'accord à venir sur le plan d'action de la politique de voisinage, et l'accord sur le sous-comité droits de l'homme dans le cadre du processus de Barcelone, constitueront un progrès certain », a poursuivi le président du Parlement européen. M. Borrell a aussi ajouté que le Parlement poursuivrait son dialogue avec Tunis en particulier sur la question des financements en faveur de la ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH). L'UE a en effet fourni une aide financière à la LTDH qui est à ce jour toujours bloquée par les autorités tunisiennes.