Bruxelles, 10/03/2005 (Agence Europe) - En adoptant jeudi une résolution sur la conférence de révision du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) de mai prochain et sur les développements en Corée du nord et en Iran, le Parlement a rappelé que « l'élimination totale des armes nucléaires est un objectif de l'UE », et a invité les Etats membres de l'UE à faire preuve d'unité lors de la conférence et à prendre de nouvelles initiatives en faveur du désarmement nucléaire. Le Parlement se dit par ailleurs convaincu que le désarmement nucléaire favorise la sécurité internationale et réduit » le risque de vol de plutonium ou d'uranium très enrichi par des terroristes ». Il souligne l'urgence de ratifier le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE) et invite les Etats-Unis à le signer et à les ratifier (et les appelle à nouveau à cesser de développer de nouvelles générations d'armes nucléaires). En adoptant un amendement de Tobias Pflüger (GUE, allemand), le Parlement invite en outre Israël, l'Inde et le Pakistan à signer le TNP.
Le Parlement, qui appelle l'Iran et la Corée du Nord à respecter le TNP, demande à Téhéran de « rendre permanente sa décision de suspendre l'enrichissement » de l'uranium. Il réaffirme son soutien à l'approche diplomatique de l'UE-3 et invite Washington à l'appuyer. Le Parlement demande en même temps que des négociations sur un accord commercial et de coopération avec Téhéran » soient envisagées en parallèle avec une solution satisfaisante de la question nucléaire ». Dans le contexte du récent accord nucléaire signé entre l'Iran et la Russie (qui ouvre la voie à la mise en marche du premier réacteur nucléaire iranien: EUROPE du 1er mars, p. 7), le PE exhorte l'AIEA à surveiller étroitement les transferts de combustibles entre les deux pays. Quant à la Corée du Nord, il espère qu'elle reprendra les négociations à six sur son programme nucléaire qu'elle a récemment décidé de suspendre pour une durée indéterminée.
Au cours du débat, plusieurs parlementaires ont dit craindre une nouvelle course aux armements, comme Annemie Neyts (groupe ALDE, belge), qui rappelle que la situation au sein de l'Union n'est pas homogène, avec deux des pays qui sont des puissances nucléaires (France et Royaume-Uni) alors que les autres ne le sont pas. Caroline Lucas (Verte britannique) dénonce l'hypocrisie de son gouvernement (et des Etats-Unis): le traité est un « arrangement », et si un pays ne le respecte pas, il ne peut pas prétendre que d'autres le fassent, s'est-elle insurgée. Qui peut lancer la première pierre ? se demande Vittorio Emanuele Agnoletto (GUE, italien): en Italie, indique-t-il, on aurait découvert que certaines bases de l'OTAN disposent d'armes nucléaires de propriété américaine alors qu'elles sont stationnées sur le sol italien. En paraphrasant l'ancien ministre allemand de la Défense et Secrétaire général de l'OTAN Manfred Wörner, le président de la commission des Affaires étrangères, le chrétien-démocrate allemand Elmar Brok, a constaté qu'il est impossible d'éliminer certaines connaissances technologiques (sous-entendu: même si elles présentent des dangers pour l'humanité). C'est un constat pessimiste, mais il faut donner une chance à la conférence de révision et privilégier en général la négociation est en tous les cas préférable au « pre-emptive strike », a-t-il dit. L'Iran ne doit pas faire du chantage, mais il faut lui dire aussi, selon M. Brok, que s'il accepte les demandes de l'Union (en ce qui concerne l'armement nucléaire, mais aussi les droits de l'homme), il existe une vraie possibilité d'établir de meilleures relations. De même, pour la Corée du nord, il faut manifester clairement la volonté d'aider le peuple coréen, privé de tout, a-t-il estimé. La voie de la négociation est la meilleure, mais nous devrions parler de tout cela à Bruxelles et pas à Strasbourg, a commenté Alexander Lambsdorff (ALDE, allemand), qui fait partie des élus qui font campagne pour que le Parlement siège à Bruxelles.
Quant au président de la sous-commission sécurité et défense, l'élu de la CDU Karl von Wogau, il a tenu à rappeler que le but ultime du TNP est l'abolition définitive des armes nucléaires, et a donc invité tous les Etats qui en possèdent (qu'ils le reconnaissent ou non) contribuent eux aussi à leur réduction progressive jusqu'à leur disparition. Concernant la situation en Corée du Nord, M. von Wogau a exhorté Conseil et Commission à prendre l'initiative afin que l'UE participe elle aussi aux pourparlers à six.