Bruxelles, 10/03/2005 (Agence Europe) - Les trois principales institutions communautaires ont lancé un nouvel appel, mercredi à Strasbourg, en faveur de la libération des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien condamnés à mort en Libye, tout en se montrant solidaires avec les victimes contaminées par le virus du sida à l'hôpital de Benghazi.
"Le Conseil attend un geste de la part de la Libye", a déclaré, au nom de la présidence du Conseil le ministre luxembourgeois chargé des Affaires européennes, Nicolas Schmit, qui a rappelé que, lors de sa réunion du 11 octobre 2004, le Conseil avait « invité la Libye à répondre favorablement à la politique d'engagement proposée par l'UE ». M. Schmit a insisté afin que la Libye « réponde aux préoccupations de l'UE notamment dans l'affaire du personnel médical bulgare et palestinien ». Le Conseil, a-t-il répété, a considéré qu'un réexamen des éléments de preuve amènera la Libye à conclure qu'une relaxe rapide des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien servirait la cause de la justice ». M. Schmit a promis que le Conseil « fera tout son possible », en étroite collaboration avec les autorités bulgares, "pour parvenir à une issue positive de l'affaire qui ne peut être que la libération des personnes condamnées". Le vice-président de la Commission européenne, Franco Frattini, a noté qu'il y avait, dans cette affaire, deux drames distincts. Au sujet des familles concernées par la contamination par le virus du sida, l'UE met en œuvre actuellement un plan d'action pour répondre à leurs besoins et améliorer le système de santé libyen. Selon le Commissaire chargé de de la Justice, il s'agit là d'un « acte de solidarité » visant à démontrer la compassion de l'UE. Au sujet du personnel détenu en Libye, la Commission « continuera à donner une priorité élevée à cette affaire dramatique, et s'emploie constamment à trouver des moyens de la résoudre", a-t-il assuré. Il a rappelé que l'UE avait fait le choix d'une politique d'engagement à l'égard de la Libye, en prenant d'importantes mesures pour reconnaître les efforts accomplis par Tripoli en vue de réintégrer la communauté internationale. La Libye a été invitée à nouer des relations formelles avec l'UE, comme partenaire méditerranéen et comme voisin proche, a rappelé le Commissaire. Dans ce contexte, l'affaire des professionnels de la santé reste une difficulté sérieuse qui doit être réglée de manière acceptable, a-t-il conclu.
Tous les députés ont demandé, avec plus ou moins de véhémence, la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien: aussi bien les Britanniques Geoffrey Van Orden (conservateur) et Martin David (travailliste) que Cecilia Malmström (ALDE, suédoise) ou encore Alexandra Dobolyi (PSE, hongroise). Selon eux, les experts ont prouvé que les infirmières bulgares ne sont en aucun cas responsables de cette contamination. Selon Marios Matsakis (ALDE, chypriote), la Libye a cherché et trouvé des boucs émissaires. En leur répondant, M. Schmit a estimé lui aussi qu'il faudra prendre soin des enfants contaminés par le virus du sida, "surtout dans un pays comme la Libye où le sida est encore un tabou". Il faut donc fournir de l'assistance à la Libye pour "lutter contre le sida et améliorer le système de santé ». Mais, il faut aussi « exercer une certaine pression » sur Tripoli pour que « justice soit faite » et pour que ces personnes soient relâchées, surtout au moment où la Libye veut intensifier ses relations avec l'UE, a-t-il insisté, en avertissant: Tripoli ne réussira pas à renforcer ces relations « en s'enfermant dans une attitude de refus au sujet de ces six personnes injustement condamnées à mort". "Nous veillerons aussi à prouver que les rapports avec l'Europe peuvent être une valeur ajoutée pour la Libye", a conclu le Commissaire Frattini.
Pour rappel, le tribunal de Benghazi, au nord de la Libye, avait condamné à mort en mai 2004 six professionnels de la santé en les jugeant responsables d'avoir infecté plus de 400 enfants avec le virus du sida. Les six condamnés, qui ont passé cinq ans en détention préventive, ont clamé leur innocence et fait appel, notamment parce que des policiers les auraient torturés pour obtenir des aveux. Le procès des policiers libyens accusés d'avoir torturé les infirmières doit commencer le 22 mars.