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Bulletin Quotidien Europe N° 8889
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Stratégie de Lisbonne: l'effort de la Commission en direction de l'équilibre entre les trois dimensions de la stratégie n'est pas négligeable

Gare à la démagogie. Ne minimisons pas l'effort accompli la semaine dernière par la Commission européenne (et par son président José Manuel Barroso en particulier) en faveur de l'équilibre entre les trois dimensions de la stratégie de Lisbonne (voir notre bulletin du 10 février, p.6 à 8). Une semaine plus tôt, une partie du Parlement européen n'avait pas ménagé le document d'ensemble, en lui reprochant d'avoir mis l'accent sur la dimension économique (croissance et compétitivité) en négligeant le reste; les nouveaux documents sont consacrés aux deux autres volets, le social et l'environnemental. La Confédération européenne des syndicats (CES) a certes maintenu des réserves et entend rester vigilante, mais a reconnu l'effort (voir plus loin). Son attitude n'a pas été partagée par d'autres organismes et surtout par certaines forces politiques, qui ont préféré le rejet a priori des stratégies spécifiques pour les politiques sociale et écologique. Chacun est évidemment libre de son jugement, mais le ton apocalyptique de certaines réactions laisse l'impression que l'effet politique recherché primait parfois sur le contenu des projets à évaluer.

Je citerai un exemple qui m'a laissé perplexe: la réaction de Marie Anne Isler Beguin au nom du groupe des Verts du Parlement européen. Déjà le titre se voulait retentissant (« Halte au cynisme de la Commission! »), le reste recherchait les gros effets: « Assez de ces effets d'annonce, de ce double langage, de ces actions politiques qui ne se résument qu'à des coups d'éclat médiatiques, tandis que la planète brûle et la nature se meurt». Pour entendre quelques idées constructives, il faut attendre jusqu'aux quatre dernières lignes, qui expriment enfin des souhaits: projets européens de transport ferroviaire, une véritable ligne budgétaire pour préserver la biodiversité, une taxation du kérosène, l'inclusion du transport aérien dans le calcul des émissions de gaz à effet de serre, l'obligation d'investissements nationaux dans les énergies renouvelables. Très bien: mais ce sont justement des idées qui sont à l'étude de la Commission, parfois depuis longtemps, et qui sont pour l'essentiel reprises dans ce document de la Commission sur le développement durable, qui cite notamment l'éventualité de la taxe sur le kérosène, l'application des mesures contre les gaz à effet de serre à l'aviation et au transport maritime (et aussi au déboisement), plus la politique préventive. Quant aux projets ferroviaires en vue de transférer au rail une partie du transport routier, ils sont à la base des réseaux européens de transport déjà programmés (voir cette rubrique du 8 février). Les revendications en dix points que le Bureau européen de l'Environnement (BEE) a soumis au président du Conseil Jean-Claude Juncker sont, à mon avis, plus concrètes et utiles que la déclaration démagogique de Mme Isler Beguin. Le vrai objectif. Quant au nouvel Agenda social, on aura compris que c'est la position de John Monks, secrétaire de la Confédération européenne des syndicats (CES), que je considère comme constructive ; on sent qu'il est le porte-parole légitime de millions et millions de travailleurs et que son but est d'améliorer leurs droits et leur situation plutôt que d'abattre un adversaire politique. Je transcris quelques passages de son interview parue dans « La Tribune » du 10 février. «L'agenda social est la première indication que la dimension sociale n'est pas renvoyée, pour le moment, au deuxième rang. (…). Nous n'avons pas dit, comme certains au Parlement européen, que M. Barroso est un Chicago Boy ni annoncé que nous fermons notre porte. Nous avons simplement dit que nous restions en alerte. Aussi, nous accueillons favorablement l'initiative du Commissaire Vladimir Spidla et de la Commission. La Commission trace des pistes concrètes (…). A mon avis, c'est un programme solide pour la politique sociale. Toutefois, il ne s'agit pour l'instant que d'un Agenda. Il faudra qu'il soit mis en œuvre.» M. Monks a parlé de «vigilance» et rappelé quelques sujets sur lesquels la CES «a été entendue».

Le nouvel Agenda social contient de nombreux éléments qui correspondent aux revendications des organisations de travailleurs, relatifs notamment à: la consultation renforcée des syndicats à propos des restructurations des entreprises ; la mobilité des travailleurs ; le réexamen des restrictions maintenues à l'égard des travailleurs des nouveaux Etats membres ; la « portabilité » des droits sociaux (pensions comprises) en cas de déplacement d'un Etat membre à l'autre ; la possibilité de « négociations collectives transnationales»; la prise en considération des nouvelles formes de travail dans l'arsenal législatif européen ; certains aspects des migrations. Vide, cet Agenda social ? Je ne le dirais pas. Surtout si l'on n'oublie pas que l'essentiel des pouvoirs reste, dans ce domaine, dans les mains des Etats membres, et que ceux qui s'agitent au niveau européen devraient d'abord conduire leurs batailles au niveau national.

Noircir en permanence ce que fait l'Europe est un jeu facile, mais injuste et dangereux. (F.R.)

 

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