Bruxelles, 25/01/2005 (Agence Europe) - Dans une interview au Monde du mardi 25 janvier, la Commissaire à la société de l'information et à l'audiovisuel Viviane Reding revient longuement sur les objectifs et la portée de la Directive « Télévision sans frontières » (TVSF), après l'affaire Al-Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah libanais qui avait pu dans un premier temps diffuser ses émissions mais dont la convention avait été ensuite résiliée par le gouvernement français pour son contenu antisémite. La Commissaire a rappelé que la révision de la Directive serait à l'ordre du jour d'un prochain Conseil à la fin de l'année et que ce serait « le moment où jamais », pour ceux qui le jugent nécessaire, de proposer des amendements à la lumière de cette affaire. Viviane Reding rappelle que la Directive « prévoit expressément, au nom de la subsidiarité, que c'est aux Etats d'agir », et félicite la France d'avoir pris ses responsabilités. Elle concède toutefois que « peut-être d'autres pays auraient pris cette affaire moins au sérieux ». Dans cette optique, la Commissaire Reding a pris l'initiative d'inviter le comité de contact de la directive afin d'examiner si ce texte devrait être complété ou si ses dispositions suffisent pour répondre à un problème comme celui d'Al Manar.
Viviane Reding annonce en outre une réunion qui aura lieu le 17 mars et qui rassemblera, sous sa présidence, les régulateurs européens pour envisager l'éventuelle élaboration de lignes directrices dans le cadre de la TVSF. « Le but sera d'apporter plus de cohérence à l'action des autorités de régulation, sans porter atteinte à leur indépendance », via un échange d'informations et de bonnes pratiques, « voire de l'établissement d'une base de données commune ».
Mme Reding envisage aussi de discuter avec certains de ses collègues des moyens visant à mieux protéger l'Union européenne face aux émissions à contenus racistes et diffusés par des pays tiers. Mme Reding a eu en particulier une discussion avec Benita Ferrero-Waldner, Commissaire européenne aux Relations extérieures qui lui aurait promis de prendre « systématiquement » en considération cette question dans ses discussions avec les pays du bassin méditerranéen. Mme Reding est, par ailleurs disposée à épauler le Commissaire à la Justice, la liberté et la sécurité, Franco Frattini, afin de mener une action notamment contre le commerce d'insignes nazis, dont l'achat est aisé sur Internet. Selon Mme Reding, cependant, la législation européenne « ne suffira pas à résoudre le problème ». Il faut éduquer les jeunes, dans les écoles, à prendre conscience de réalités historiques telles que l'holocauste, souligne-t-elle, se disant donc prête à aider aussi le Commissaire Figel à développer l'information et l'éducation des jeunes.
Enfin, Viviane Reding a rassuré ceux qui craignent une suppression des garanties apportées par la Directive TVSF après l'adoption de la proposition de directive sur la libéralisation des services dans le marché intérieur (directive « Bolkestein »): « La directive TVSF ne serait en aucun cas affectée par cette directive (…). C'est à ma demande qu'il a été inclus dans la directive « services » que celle-ci n'empêche pas l'application de directives spécifiques qui réglementent ces services », a-t-elle indiqué au Monde, en précisant: « Je le dis clairement, l'audiovisuel est sauf ».