Bruxelles, 02/12/2004 (Agence Europe) - Nabil Chaath, ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, a confirmé mercredi devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen la volonté des Palestiniens d'aller vers des élections démocratiques, et a souligné l'importance du scrutin présidentiel du 9 janvier 2005, et des législatives qui devraient suivre au printemps. Mais il a aussi insisté sur les difficultés à surmonter, et a appelé l'Europe à jouer un rôle de chef de file dans les initiatives qui faciliteront le déroulement de ces élections. « Nous venons de perdre notre leader historique. Les Palestiniens sont en difficulté pour aller de l'avant, mais nous avons choisi la voie démocratique, en dépit des risques », a déclaré le ministre. Tempérant l'optimisme euphorique qui règne, selon lui, dans certains milieux diplomatiques, il préfère parler « d'opportunité » plutôt que «de boulevard d'opportunité » qui s'offre à la paix. Car il attend des gestes de la part d'Israël. L'Autorité palestinienne, pour sa part, s'emploie à modifier ses lois électorales, ce qui pourrait influer sur le résultat des élections législatives, a-t-il souligné. « Nous allons vers un système mixte où 50% des élus bénéficieront du système proportionnel et 50%, du système majoritaire. Cette procédure présente un risque pour le Fatah. Mais elle permettra une meilleure représentation des petits partis ». Insistant sur le rôle que l'UE pourrait jouer dans ces élections pour « réduire les risques », Nabil Chaath a appelé l'UE à s'impliquer dans l'observation et l'élaboration des nouvelles lois électorales, à soutenir le processus financièrement et à jouer la médiation politique pour obtenir «un cessez-le-feu et la fin de l'occupation israélienne » qui sont, à ses yeux, les conditions d'un succès du processus électoral.
A propos de l'interdiction faite aux Palestiniens de circuler entre les différentes villes dans les territoires occupés, le ministre a déclaré, en réponse à Adamos Adamou (GUE/NGL, chypriote): « il est clair que les élections seront quasi-impossibles si Israël continue sa politique d'occupation, d'assassinats et de blocage ». M. Chaath estime que « Israël doit respecter ses engagements » en permettant aux Palestiniens qui vivent à Jérusalem-Est de voter, et en cessant ses incursions afin que les élections puissent se dérouler librement. L'Autorité palestinienne a l'intention de reconstruire ses forces de sécurité et de mettre un terme à la présence de « milices indépendantes », a-t-il annoncé. A Véronique de Keyser (socialiste belge) et John Bowis (conservateur britannique) qui lui demandaient s'il comptait négocier avec le Hamas afin de réduire le rôle de l'intégrisme dans les mouvements de résistance, Nabil Chaath a répondu qu'il est difficile de « pousser les gens à rendre leurs armes ». Il a néanmoins le « sentiment que le Hamas et le Jihad islamique sont sur la voie d'engager un cessez-le-feu. ». Il se demande, en revanche, si Israël cesserait ses attaques dans le cas d'un «engagement du Hamas ».
Interrogé par le socialiste français Pierre Schapira sur la décision d'Israël de se retirer de la Bande de Gaza, le ministre palestinien a rappelé qu' « au départ cette décision a été perçue comme problématique, car un retrait unilatéral risque de détruire la feuille de route » du Quartette sur le Proche-Orient. Selon lui toutefois, si certaines conditions sont remplies, le retrait est bienvenu. « Premièrement, le retrait doit être effectué en coopération avec l'Autorité palestinienne. Deuxièmement, il doit s'opérer dans le cadre de la feuille de route. Puis, les Palestiniens doivent bénéficier d'une liberté de circulation totale. Enfin, le retrait doit s'opérer parallèlement au cessez-le-feu », a expliqué le ministre des Affaires étrangères palestinien. Saluant « l'énergie » que met actuellement l'Europe dans la promotion du processus de paix « à travers la feuille de route », M. Chaath s'est dit convaincu que « la résolution de la question palestinienne ôtera aux extrémistes leurs prétextes pour mener une guerre des cultures, qui débouche aujourd'hui aussi bien sur l'antisémitisme que sur l'islamophobie ».