Bruxelles, 02/12/2004 (Agence Europe) - A l'occasion de sa session plénière à Bruxelles et de la journée internationale de lutte contre le sida, le 1er décembre, le Parlement européen a réitéré, dans une résolution, son appel en faveur d'une approche globale couvrant l'éducation à la santé, la prévention et l'accès aux traitements. Dans le cadre des perspectives financières 2007-2013, il plaide pour une programmation claire du financement de la lutte contre le VIH/sida (Voir EUROPE du 1er décembre, p. 11, au sujet des déclarations des Commissaires Kyprianou et Michel).
« Le sida est devenu plus qu'une crise sanitaire ; c'est une menace mondiale que nous devons combattre tous ensemble de manière prioritaire », a constaté le président du Parlement, Josep Borrell dans une déclaration faite en plénière. « Le nombre de contaminations ne cesse d'augmenter alors qu'un premier vaccin thérapeutique tarde à être trouvé. Il est de notre devoir d'utiliser tous les moyens qui sont à notre disposition pour lutter efficacement contre ce fléau », a-t-il poursuivi avant de souligner que « cette année, le thème de cette journée est plus particulièrement centré sur les femmes et les filles » et que « nous savons tous que la population féminine est de plus en plus touchée ». « En ce jour symbolique, je souhaite réitérer notre appel en faveur de la dignité des femmes. Quels que soient leur origine, leur nationalité, leur milieu social ou leur religion, elles doivent pouvoir être maîtresses de leur esprit et de leur corps ».
Les femmes représentent 64% de la population infectée en Afrique et leur nombre augmente aussi dans les pays riches, a souligné la communiste italienne Luisa Morgantini en rappelant que souvent les femmes sont doublement victimes: du comportement à haut risque de leurs partenaires mais aussi de violences conjugales ou/et sexuelles. Et de plaider en faveur du développement d'action qui combine la prévention, l'éducation et le libre accès pour tous les malades aux médicaments, en particulier aux traitements antirétroviraux, ainsi qu'aux préservatifs. Mme Morgantini a aussi réclamé (1) le respect par les donateurs internationaux de leurs engagements financiers envers le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et la malaria, (2) une suspension des accords TRIPS pour garantir l'accès aux médicaments et (3) l'annulation de la dette pour les pays les plus affectés.
La démocrate-chrétienne slovaque Anna Zaborska, qui préside la commission des droits des femmes, a aussi souligné que les femmes et les jeunes filles représentent dans les zones les plus touchées jusqu'à 75% des personnes porteuses du virus. Elle voit cependant des raisons d'espérer dans les résultats obtenus en Ouganda, où la prévalence est passée de 13% à 4,5%, et au Sénégal où la progression de l'épidémie s'est ralentie. Elle attribue ce résultat aux campagnes qui, dans ces deux pays, ont « encouragé l'abstinence chez les jeunes et sensibilisé le public en général à l'importance d'avoir seulement un partenaire sexuel ». « A eux seuls, ces deux changements de comportement ont eu un impact énorme sur la prévention de l'infection », estime Mme Zaborska qui reconnaît toutefois qu'un « facteur additionnel a aussi été très décisif: afin d'éviter de faire courir des risques à qui que ce soit, les personnes à partenaires sexuels multiples ont été fortement encouragées à utiliser toujours des préservatifs ».
Devant les députés, le nouveau Commissaire européen à la Santé, le Chypriote Markos Kyprianou, a rappelé les chiffres fournis par ONUSIDA, Eurostat et le réseau EuroHIV:
environ 40 millions de personnes sont porteuses du virus VIH ; la moitié sont des femmes ;
dans l'UE, le nombre de nouvelles infections enregistrées a augmenté de 75% entre 1996 et 2003, avec une croissance dramatique dans les Etats baltes ;
la Fédération de Russie est la plus touchée en Europe, avec plus de 800 000 personnes séropositives, dont 80% ont moins de 30 ans ;
selon l'ONUSIDA, plus de 500 000 personnes vivent avec le VIH dans l'UE.
Dans ce contexte, la Commission entend porter l'effort sur la prévention, la réduction de l'impact négatif de l'épidémie, l'accès à des traitements antirétroviraux à un prix abordable, la prise en compte des jeunes (le Commissaire Kyprianou a souligné la nécessité de relancer les campagnes de sensibilisation en direction de ce public qui n'a pas connu les efforts de communication des années 80), la surveillance épidémiologique, la recherche et l'implication de la société civile (Markos Kyprianou a longuement évoqué les dimensions sociales et économiques de l'épidémie).