Bruxelles, 26/11/2004 (Agence Europe) - Le rapport annuel de la Banque européenne d'investissement (BEI) pour 2003-2004 devrait être plus favorable que le précédent, a estimé le rapporteur du PE Alain Lipietz (Vert français), mardi, lors d'une audition de la commission parlementaire des affaires économiques et monétaires. Selon le député européen, "la BEI s'affirme comme l'une des institutions financières les plus avancées" en matière de politique de transparence. Le Président de la BEI, Philippe Maystadt, et le Professeur André Sapir, auteur en juillet 2003 d'un rapport sur les perspectives économiques de l'UE, ont évoqué, pendant l'audition, le rôle de la Banque dans la relance de la stratégie de Lisbonne. Le Président Maystadt a insisté, pour sa part, sur la diversification des activités de la BEI depuis le Conseil européen de Lisbonne (en 2001) et a détaillé certaines d'entre elles. La Banque finance désormais des projets immatériels, comme l'illustre par exemple l'initiative i2i-2010, par laquelle elle a prêté entre 2000 et 2003 17 milliards d'euros en faveur de la recherche et de l'innovation, du capital humain et du développement des NTIC. De plus, par le biais de son Fonds européen d'investissement (FEI), elle a investi 3 milliards dans 200 fonds spécialisés dans le soutien aux PME innovantes.
Usant d'un euphémisme, André Sapir a considéré que "Lisbonne n'a pas été un succès". Les raisons de cet échec tiennent, selon lui, au "problème de gouvernance économique, avec une confusion des responsabilités entre l'UE et les Etats membres, et au manque de moyens financiers pour mettre en œuvre la stratégie". M. Sapir a chiffré ce manque à environ 200 milliards d'euros par an qui devraient être, selon lui, investis dans la recherche et dans l'enseignement supérieur. Dans ces circonstances, le rôle de la BEI "est insuffisant, bien que très positif", a-t-il jugé, en regrettant le manque de visibilité des actions de l'institution financière, qui "fait son travail, mais n'est pas suffisamment connue ou prise en compte". Et d'ajouter: "dans le rapport Kok, il n'y a qu'une phrase sur la BEI". Selon M. Sapir, les mois et même les jours à venir seront cruciaux, car ou bien le processus de Lisbonne est "remis sur les rails, ou bien il va s'effriter".
La socialiste néerlandaise Ieke van den Burg a prôné un "redéploiement de la BEI vers les secteurs et les activités de Lisbonne" (croissance, R&D et innovation) et l'exclusion de ce type d'investissement du calcul des déficits budgétaires prévu par le Pacte de stabilité. La socialiste belge Mia de Vits a elle aussi considéré que "tous les investissements liés à l'avenir" devraient être hors champ du Pacte. Magda Stockiewicz, représentante de Bankwatch, a observé un changement dans la politique de transparence de la BEI depuis six ans. L'ONG, qui évalue l'impact environnemental et social des organisations financières internationales (BERD, FMI...), relève toujours certains problèmes, mais note avec satisfaction que la BEI a "promis de revoir sa politique d'information".
Sur le plan de l'environnement, M.Maystadt a rappelé que la BEI avait déjà modifié ses pratiques en ne finançant que "des projets qui respectent les règles environnementales de l'UE". Interrogé sur l'organisation des politiques innovantes, M. Maystadt a estimé qu'une combinaison des opérations de la BEI avec d'autres sources de financement européen est bénéfique et "peut faire la différence". L'octroi de prêts pousse, selon lui, à une sélectivité des projets, alors que les subsides européens peuvent mieux prendre en compte la rentabilité sociale.