Bruxelles, 26/11/2004 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de la zone EuroMed (l'UE plus les dix pays du pourtour méditerranéen dont Israël, la Palestine, Syrie et Liban) se réunissent le 30 novembre à La Haye pour une conférence à mi-parcours destinée à l'examen des travaux réalisés dans le cadre du processus de Barcelone. La conférence a lieu aux Pays-Bas faute d'avoir pu l'organiser au Caire, comme l'avait suggéré la Présidence néerlandaise, l'Egypte ayant finalement renoncé à cause de la présence israélienne. La conférence débute en fait le 29 novembre par un dîner regroupant les ministres pour des échanges de vues libres sur l'état du monde et des régions concernées, l'Europe et la Méditerranée, le Moyen-Orient et l'Irak. Dès dimanche, les hauts fonctionnaires se réunissent pour affiner les derniers points à l'ordre du jour: examen des dernières actions entreprises en commun, dialogue interparlementaire, appuis aux réformes économiques et aux investissements (qui forment l'axe majeur de l'approche de « voisinage »), dialogue entre les cultures par la mise en place, presque effective, de la Fondation Anna Lindt à Alexandrie (dont le fonctionnement ne dépend plus que de la promulgation d'un décret égyptien formalisant l'accord de siège). Comme d'usage, la Troïka de l'UE tiendra lundi dans la matinée des rencontres séparées avec le groupe de pays arabes méditerranéens et avec Israël. Du côté israélien, on attend le ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom, du côté palestinien, Nabil Shâat. La Libye (EUROPE d'hier, p.9), la Mauritanie et les différentes organisations régionales (UMA, Ligue arabe, etc.) seront présentes en tant qu'observatrices. Dans cette liste d'invités, la Présidence néerlandaise innove en conviant les pays candidats à assister à la réunion. Plus que celle de la Roumanie ou la Croatie, la présence de la Bulgarie est jugée la plus significative pour marquer la solidarité avec un pays dont des ressortissants sont en butte à l'appareil judiciaire libyen et dont la solution conditionne, du point de vue européen, l'adhésion formelle de ce pays au processus de Barcelone.
Un des points principaux de la réunion sera la préparation d'une session spéciale pour célébrer le 10ème anniversaire du dialogue euroméditerranéen lancé par une déclaration commune, en novembre 1995 à Barcelone - où devrait avoir justement lieu cette réunion solennelle, en principe au niveau ministériel. Selon des sources concordantes, l'intention serait d'y inviter les chefs d'Etat si un consensus est réuni sur cette initiative. Dans ce contexte, on rappelle volontiers qu'avec la Méditerranée, l'UE n'a encore jamais eu de rencontre au « sommet » alors qu'elle l'a fait pour pratiquement toutes les régions du monde. La question sera vraisemblablement tranchée lors de la prochaine session
- formelle - de la Conférence ministérielle EuroMed, à Luxembourg en mai 2005. D'ici là, la Commission prévoit de communiquer au Conseil un nouveau document d'orientation qui définirait de manière plus nette l'approche stratégique à convenir avec les pays de la région. L'absence d'une telle approche est critiquée par certains pays partenaires, qui souhaitent une approche plus « globale » et plus «équilibrée», entre engagements politiques, économiques et financiers. Un des axes en sera la coopération en matière de sécurité et de défense: des réunions se sont tenues à ce sujet avec des piétinements au départ car la question est délicate dans le contexte du blocage des pourparlers entre Israël et la Palestine. Mais à Bruxelles, il y a bon espoir de parvenir à des actions communes dans le domaine de la PESD et sous l'égide du COPS (Comité politique et de sécurité), puisque des pays de la rive sud se sont déjà engagés dans cette voie (le Maroc et la Turquie en Bosnie).
La Présidence néerlandaise entend faire de la session ministérielle de La Haye une occasion de souligner l'intérêt du dialogue euroméditerranéen à un moment où l'UE, dans le contexte de son élargissement, du renforcement de son rôle dans le monde et face à des défis comme la sécurité et l'endiguement des flux migratoires, cherche à intensifier les engagements réciproques avec les pays partenaires de la Méditerranée. L'instrument principal est le processus de Barcelone que la politique de voisinage viendrait renforcer sans lui faire concurrence. Dans le contexte de l'après-Arafat, il s'agit aussi d'examiner les conditions dans lesquelles l'UE, en liaison avec ses partenaires méditerranéens dont les principaux protagonistes du conflit du Moyen-Orient, pourra agir pour un règlement négocié de ce conflit. Le contexte est aussi celui de « l'après 11 septembre », et l'UE se veut vigilante quant à la qualité du
« dialogue entre civilisations » européennes et de la rive sud arabe et à la manière d'endiguer les flux migratoires incontrôlés. Ces deux thèmes posent, ensemble, la question du dialogue avec les musulmans d'Europe à un moment où, fait-on observer d'un côté comme de l'autre, le pays hôte est pointé du doigt à cause des récents dérapages racistes suite à l'assassinat du cinéaste Theo Van Gogh par un membre de l'extrême droite musulmane néerlandaise.
La politique de « voisinage » sera examinée sous l'angle de la mise au point des « plans d'action » par pays. Les ministres examineront le résultat des négociations techniques déjà engagées avec Maroc, Tunisie, Jordanie et qui sont pratiquement finalisées. Avec Israël, elles butent sur la question de l'engagement contre la prolifération des armes de destruction massive dans la région méditerranéenne, en particulier dans sa partie orientale. Des discussions sont amorcées aussi avec l'Egypte et le Liban. La nouvelle Commission devra avaliser, sans doute peu avant la fin de l'année ou début 2005, les résultats déjà acquis par ses négociateurs et soumettre les textes à l'approbation du Conseil de l'UE.
La Présidence, qui veut aussi explorer des pistes nouvelles pour la préparation du 10ème anniversaire de la déclaration de Barcelone, en novembre 2005, souhaite encourager un dialogue direct entre les partenaires et de rendre leurs débats moins formels possible. Ainsi, elle a invité les ministres à ne pas se livrer au traditionnel tour de table, préférant des interventions thématiques limitées dans leur durée. La réunion de La Haye, selon la présidence, devrait aussi donner davantage de transparence à la politique euroméditerranéenne.