Bruxelles, 22/11/2004 (Agence Europe) - L'Iran a confirmé dimanche qu'il mettait en œuvre la suspension de ses activités d'enrichissement d'uranium à compter de ce lundi comme il s'y est engagé dans l'accord conclu le 14 novembre avec l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni qui négocient au nom de l'UE. Les Européens ont promis en échange aux autorités iraniennes une coopération élargie et une garantie de leur droit à mener à bien leur programme nucléaire civil. « La suspension prendra effet ce lundi. Nous avons dit que nous allions suspendre nos activités d'enrichissement et nous allons donc le faire », a assuré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Hamid Reza Asefi. Les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) seront donc à pied d'œuvre dès aujourd'hui pour vérifier la bonne foi des autorités iraniennes.
Téhéran satisfait ainsi l'attente de la communauté internationale à quelques jours de la réunion de l'AIEA, jeudi prochain à Vienne et réduit la menace que l'Agence transmette le dossier au Conseil de sécurité de l'ONU. Cependant, Washington a en effet accru sa pression, en particulier après les affirmations de diplomates le 19 novembre à Vienne, selon lesquelles l'Iran aurait mis à profit les derniers jours avant la suspension de son programme nucléaire pour produire de l'uranium pouvant être utilisé à des fins militaires. « L'intégralité des 37 tonnes de yellowcake (minerai d'uranium) iranien ont été introduites dans la structure d'enrichissement d'Ispahan, et un volume indéterminé de gaz UF6 (hexafluorure d'uranium, qui, passé à la centrifugeuse, permet d'enrichir l'uranium) a été produit », a affirmé un diplomate occidental. Le 20 novembre, en marge du sommet du Forum de coopération économique Asie Pacifique (APEC) à Santiago au Chili, le président Bush a de nouveau mis en garde Téhéran. « Il est très important que le gouvernement iranien sache que nous sommes (…) très inquiets des informations qui montrent qu'ils cherchent à accélérer la fabrication de matières qui pourraient mener à une arme atomique », a déclaré George Bush.
« Les déclarations américaines relèvent de la propagande » destinée à mettre à mal les relations entre Téhéran et l'AIEA, a répliqué M. Asefi. « La production d'UF6 s'effectue sous la supervision de l'AIEA (…) et est conforme à l'accord de Paris avec la Troïka européenne », a-t-il ajouté. « Nous ne démentons pas la production d'hexafluorure, mais cela fait partie de la production normale de l'usine d'Ispahan qui sera suspendue dès lundi », a confirmé le chef de l'Organisation atomique nationale, Gholamreza Aghazadeh. « Les déclarations américaines montrent que les Etats-Unis sont furieux des récentes évolutions du dossier et ne sont pas contents que nous coopérions avec les Européens », a estimé M. Asefi. Le porte-parole iranien a aussi réfuté les accusations du Secrétaire d'Etat américain sortant, Colin Powell, qui affirme disposer d'informations des services secrets américains confirmant les indications données par l'opposition iranienne en exil selon lesquelles l'Iran travaillerait à la mise au point de missiles pouvant emporter des charges nucléaires. M. Asefi a affirmé que la construction de missiles nucléaires ne faisait pas partie de la politique iranienne de défense et a souligné que « dans le monde d'aujourd'hui, de telles armes ne pourraient pas rester cachées ».
Avant la réunion de l'AIEA du 25 novembre, M. Asefi n'a pas voulu être pessimiste, et indiqué que « si notre coopération avec l'Agence et les Européens est prise en compte, il n'y a pas lieu de s'inquiéter ». Les Européens travaillent en particulier à un projet de résolution que pourrait adopter l'AIEA. Selon des sources diplomatiques, les Iraniens continuent à redouter que la solution choisie comporte un « mécanisme déclencheur » qui porterait automatiquement Téhéran devant le Conseil de sécurité en cas de manquement. M. Asefi, cependant, a de nouveau indiqué que l'enrichissement était seulement suspendu. « Nous n'accepterons pas que les Européens nous demandent d'y renoncer définitivement », a-t-il déclaré. Les chefs de la diplomatie des 25 réunis à Bruxelles devaient prendre acte, lundi à Bruxelles de l'entrée en vigueur de l'accord avec l'Iran.