Bruxelles, 02/11/2004 (Agence Europe) - Comme l'avait promis Silvio Berlusconi (EUROPE du 30 octobre, p.4), le gouvernement italien a adopté le 29 octobre, quelques heures après la signature de la Constitution européenne à Rome, le projet de ratification de la Constitution avec les voix contre des ministres de la Lega Nord, qui réclament un référendum. Le ministre des Affaires étrangères Franco Frattini a commenté: la Lega conteste les modalités de ratification, pas le traité constitutionnel.
Dans son discours lors du déjeuner offert au Quirinale, le Président de la République italienne Carlo Azeglio Ciampi a affirmé: « La Constitution européenne est l'acte de naissance d'une Union politique, et pas seulement économique et sociale (...). Notre tâche n'est pas terminée. La ratification rapide du traité constitutionnel s'impose maintenant ». Le Président Ciampi, qui a serré beaucoup de mains, a été particulièrement chaleureux à l'égard du Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker (dont il a été collègue comme ministre des Finances), à qui il a donné l'accolade.
A l'occasion de la signature, plusieurs députés européens ont, dans une lettre commune, lancé un appel aux leaders européens afin qu'ils inscrivent une claire référence aux racines chrétiennes de l'Europe dans les lois nationales de ratification. C'est juridiquement possible, et je suis pour, déclare dans un communiqué l'élu de la CDU Elmar Brok. Dans le même communiqué, un des responsables de l'initiative, José Ribeiro e Castro (PPE-DE, portugais), rappelle qu'un appel à insérer une référence aux racines chrétiennes dans la Constitution aurait été signé il y a un an par 300 000 personnes. Le communiqué note aussi que sept pays, en particulier Portugal, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Lituanie et Malte, s'étaient battus pour une telle référence. Dans un autre communiqué, l'élu de Forza Italia Mario Mauro, lui aussi membre du groupe PPE-DE, affirme que la signature de la Constitution doit marquer "le début d'une nouvelle bataille pour le respect de la liberté religieuse que l'Europe oublie de plus en plus". Dans le même groupe, l'élu de la CSU Markus Ferber réclame une fois de plus une ratification de la Constitution en Allemagne par voie référendaire.
A Rome, lors d'une manifestation organisée par le Parti des Socialistes Européens (PSE), la veille de la signature de la Constitution, le président du parti Poul Nyrup Rasmussen a déclaré que la Constitution européenne offre "les instruments pour placer les gens avant tout", afin d'obtenir "ce que nous voulons tous: plus d'emplois et de meilleurs emplois, des services publics de haute qualité (...), de la sécurité et une voix plus forte dans un monde globalisé". Des droits conquis au siècle dernier, comme la protection sociale, ont été bâtis au niveau national, et "maintenant nous devons les sauvegarder au niveau européen", a-t-il ajouté. L'Europe et l'Italie "méritent mieux que Buttiglione", s'est exclamé aussi l'ancien Premier ministre danois.
Le Président du groupe ALDE Graham Watson, qui a assisté à la signature de la Constitution avec d'autres députés européens, en saluant ce "premier pas vers un nouvel ordre constitutionnel en Europe", a appelé les gouvernements européens à gagner un vaste soutien populaire à la Constitution. Au sein du même groupe, l'élue du FDP Silvana Koch-Mehrin a demandé au gouvernement Schröder "de donner aux gens, en Allemagne, la possibilité de décider eux-mêmes de l'adoption de la Constitution".
Cette Constitution représente "un progrès historique et irrenonçable de l'intégration européenne", estime dans un communiqué le Vert autrichien Johannes Voggenhuber (qui avait été un très actif "conventionnel"), tout en critiquant "la pompeuse mise en scène" organisée à cette occasion, avec un Premier ministre turc musulman qui a signé la Constitution sous la statue d'un pape ouvrant les bras. Mais la Constitution est laïque, insiste M. Voggenhuber. D'un tout autre ton, le communiqué de la verte britannique Caroline Lucas, pour qui la cérémonie de Rome était "un jour sombre pour l'UE": notre parti fera énergiquement campagne pour le "non" lors du référendum britannique sur la Constitution, annonce-t-elle.
José Maria Gil-Robles, président du Mouvement Européen International, salue pour sa part la signature de la Constitution, en rappelant que les 22 et 24 octobre à Lille, le Mouvement s'était engagé à faire campagne pour sa ratification. Les Jeunes Fédéralistes Européens (JEF) seront en première ligne pour "expliquer l'Europe aux jeunes à travers tout le continent", assure Jon Worth, président de JEF-Europe.
Liese Prokop, présidente de l'Assemblée des régions d'Europe (ARE), se félicite que régions et communes soient mentionnées pour la première fois dans le traité, mais exprime ses inquiétudes pour la libéralisation des services publics : nous ne nous opposons pas par principe à cette libéralisation, mais, étant donné les grandes disparités des conditions de vie dans les régions, il faut laisser la décision sur les domaines à libéraliser aux responsables politiques régionaux et locaux¸ affirme-t-elle.