Bruxelles, 10/06/2004 (Agence Europe) - A une semaine du Sommet européen qui devrait parvenir à un accord sur le Traité constitutionnel, la Confédération européenne des syndicats (CES) a fait part de ses inquiétudes à propos de certains des derniers amendements proposés à la Conférence intergouvernementale sur la Constitution européenne. La CES a toujours plaidé pour un Traité constitutionnel avec une dimension sociale forte, ce qui semble maintenant mis en danger. Le Comité exécutif de la CES, réuni les 9 et 10 juin à Bruxelles, a adopté une résolution dans laquelle il réitère sa demande d'adopter rapidement une "Constitution forte, susceptible de renforcer les objectifs de l'UE en matière de démocratie, de liberté et de justice sociale".
"Notre résolution dit aux décideurs de ne pas prendre pour chose acquise l'adhésion de la CES à cette Constitution. Si la dimension sociale y est réduite, notre soutien s'affaiblira et sera menacé. Ceci aura des répercussions pour les pays qui envisagent le recours à des référendums", a averti John Monks, le Secrétaire général de la CES, jeudi devant la presse. "La CES est pour une Constitution européenne avec une dimension sociale et encourage les gouvernements à aller en ce sens", a ajouté John Monks. Le secrétaire général s'est avoué "très inquiet des efforts du Premier ministre britannique Tony Blair qui souhaite conférer à la Charte des droits fondamentaux une simple valeur déclaratoire, sans aucune possibilité pratique de soutenir et renforcer les droits des travailleurs".
Le message de la CES est le suivant, a indiqué John Monks: "Si les chefs d'Etat et de gouvernement affirment qu'il faut à présent rebrousser le chemin parcouru en réduisant la dimension sociale voulue par Jacques Delors et en renforçant surtout l'Europe du marché, cela signifierait que les gouvernements européens accordent davantage d'importance à l'Europe des affaires qu'à l'Europe sociale". "Le combat pour les droits fondamentaux est primordial", a poursuivi John Monks en concluant: "Il ne faut pas édulcorer la Charte sociale ni affaiblir la Constitution. L'Europe a besoin du soutien des citoyens: il ne faut pas réduire les droits des travailleurs et des syndicats ".
Le Secrétaire général souligne que le Comité exécutif de la CES, dans sa résolution, rappelle ses exigences principales concernant la partie III de la nouvelle Constitution, à savoir: - cohérence entre les parties I et III en ce qui concerne les objectifs sociaux ("plein emploi", "économie sociale de marché"); - reconnaissance du rôle spécifique des partenaires sociaux et du dialogue social, avec un accès effectif à la Cour de justice européenne; - aucune régression par rapport au Traité actuel ; - renforcement de la gouvernance économique; - reconnaissance des services d'intérêt général. La CES appelle instamment les chefs d'Etat et de gouvernement à tenir compte de ces exigences et à les satisfaire dans la plus grande mesure possible, à réfléchir avec soin aux enjeux et à comprendre la frustration réelle et la déception croissante du monde syndical européen.
En répondant aux journalistes, John Monks a relevé les ressemblances entre la Charte des droits fondamentaux de l'UE et celles des Nations unies et du Conseil de l'Europe (Charte des droits fondamentaux, de la démocratie, du droit à l'association, de l'égalité des sexes, etc.). Cependant, a expliqué le Secrétaire général de la CES, le problème du "droit de grève inquiète Londres". Les employeurs britanniques craignent pour la législation britannique en matière de droit de grève (très restrictive, depuis l'époque Thatcher par rapport à celle des autres pays de l'Union), et le gouvernement britannique, qui est pourtant travailliste, souhaite donc que la Charte de l'UE ait « une simple valeur déclaratoire », a noté John Monks, en répétant que les syndicats veulent « une Europe à dimension sociale, pas à l'américaine".
Au sujet des propos tenus un peu partout en Europe par l'extrême-droite et les populistes, lors de cette campagne électorale européenne, John Monks a appelé "les partis traditionnels à combattre l'extrême-droite sans accepter leurs idées (…). Je n'accepte pas le discours de ces partis qui fleurissent en Europe actuellement".