Bruxelles, 10/06/2004 (Agence Europe) - Les groupes Sony et Bertelsmann défendront devant la Commission européenne leur projet de fusion de leurs activités d'édition musicale lors d'une audition orale, les 14 et 15 juin prochains. L'Exécutif européen, qui a ouvert une enquête approfondie à propos de cette opération, se montre effectivement très préoccupé par ses conséquences. Avec une part de marché mondial de 25%, Sony et Bertelsmann deviendront le numéro deux du secteur, derrière Universal. Le paysage de l'édition musicale s'en trouvera, par ailleurs, également boulerversé puisque quatre "majors" (Universal, Sony/BMG, EMI et Warner Music) se partageront à eux seuls près de 80% du marché.
Après avoir fait état de ses vives préoccupations à l'issue d'une enquête préliminaire à la mi-février (voir EUROPE du 14 février, p.10), la Commission européenne a envoyé le 26 mai dernier aux partenaires une communication de griefs dans laquelle elle recense officiellement l'essentiel des problèmes épinglés. La Commission a analysé, par exemple, le prix des CD musicaux et constaté que ceux-ci suivent la même évolution chez les cinq grands groupes actuels, constatation qui viendrait alimenter les preuves de l'existence d'une position dominante collective. Sony et Bertelsmann ont envoyé, pour leur part, une réponse écrite à la Commission et se préparent maintenant à se défendre oralement. Selon les deux groupes, la fusion de leurs filiales d'édition musicale est justifiée dans la mesure où le secteur doit se consolider et rationaliser ses coûts face aux téléchargements illicites sur Internet. BMG ajoute que sa fusion avec Sony permettrait, d'autre part, de consacrer de plus gros investissements à la recherche de nouveaux talents, au bénéfice des artistes et des consommateurs. La réponse de la Commission européenne est attendue pour le 22 juillet prochain.
Les producteurs indépendants de musique (Impala) se félicitent de la fermeté de la Commission
L'Association Impala, qui regroupe quelque 2000 membres parmi lesquels les producteurs de musique indépendants les plus importants, se félicite de la position adoptée par la Commission, dont la fermeté vis-à-vis de EMI et Time Warner, il y a quatre ans, avait conduit à l'abandon du projet de regroupement de leurs divisions musicales respectives. Impala redoute qu'une concentration supplémentaire dans le secteur de l'édition musicale, déjà très concentré, ne permette aux "majors" de bloquer davantage l'accès des producteurs indépendants au marché. Ce déséquilibre entraînerait la disparition d'artistes excellents mais moins rentables que les "blockbusters" à la mode avec, pour conséquence, une réduction du choix des consommateurs et une fâcheuse uniformisation culturelle.
Selon ce qu'a déclaré jeudi à la presse Patrick Zelnik, vice-président d'Impala, "le marché musical est plein d'opportunités et nous avons besoin que la Commission en garantisse l'accès aux indépendants, dans l'intérêt de la concurrence, de l'innovation et des consommateurs". Horst Weidenmüller, membre du directoire d'Impala, a estimé pour sa part, à la même occasion: "il est déjà très difficile d'introduire de nouveaux artistes sur le marché. Par conséquent, la créativité est étouffée, menant au déclin du secteur. La concentration est la cause réelle des problèmes du marché, et une concentration supplémentaire rendra les choses encore pires pour les artistes et la diversité".