Dublin, 22/01/2004 (Agence Europe) - Le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Ruud Lubbers, a, jeudi à Dublin, attiré l'attention des ministres européens de l'Intérieur sur les risques d'engorgement des systèmes d'asile après l'élargissement. Selon lui, l'élargissement et l'entrée en vigueur de la législation européenne risquent d'entraîner « une hausse du nombre de demandes d'asile devant être traitées dans les nouveaux pays aux frontières de l'Union ». Selon le règlement dit « Dublin II », les demandeurs d'asile « peuvent être renvoyés dans le premier pays d'entrée qui, en pratique, sera probablement l'un des pays situés aux frontières de l'Union », constate-t-il. Or, note-t-il, les systèmes d'asile des nouveaux Etats membres sont fragiles et manquent de moyens. « Dans certains des nouveaux pays de l'Union, en Europe centrale, il n'y a que 15 ou 20 assesseurs des demandes d'asile. Il y a dix ans, ces pays-là n'avaient pas du tout de système d'asile. Que va-t-il se passer si des milliers de demandeurs d'asile supplémentaires sont renvoyés vers ces pays par les autres pays de « l'intérieur » de l'Union ? », s'alarme M. Lubbers.
Le Haut Commissaire a suggéré une série de mesures pour éviter cet engorgement et “limiter les abus du système d'asile sans toutefois s'engager plus avant dans la spirale des législations de plus en plus restrictives”: établir des centres de réception européens où seraient traitées certaines catégories de demandes d'asile, mettre en place un mécanisme de partage du fardeau, établir un système collectif de renvoi rapide fondé sur les accords de réadmission négociée par l'UE avec les pays d'origine, créer une Agence européenne de l'asile.
Ces propositions ont été accueillies avec circonspection par les ministres européens. En particulier, le ministre allemand Otto Schily a exclu des financements supplémentaires aux nouveaux Etats membres pour la gestion des demandes d'asile. « Ces demandes doivent être examinées très attentivement, mais je peux déjà dire que j'ai des réserves », a-t-il déclaré à la presse, en mettant en avant les financements dont ont déjà bénéficié les systèmes de police et de contrôle des frontières des nouveaux Etats membres dans le cadre de la préparation à l'élargissement.