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Bulletin Quotidien Europe N° 8623
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/pe/iran

Le Parlement exprime sa solidarité avec le peuple iranien suite au séisme de Bam, salue le renoncement de l'Iran à l'arme nucléaire, mais s'indigne de l'exclusion de candidats pour les prochaines élections

Bruxelles, 14/01/2004 (Agence Europe) - Le débat qu'a eu mardi le Parlement européen sur le tremblement de terre dévastateur de Bam en Iran et sur la réponse de l'UE à cette catastrophe humanitaire a été fortement teinté de considérations politiques. Au message fort d'émotion et de solidarité exprimé à l'ensemble du peuple iranien, aux félicitations adressées à la Commission européenne pour l'efficacité de sa réaction humanitaire, la plupart des parlementaires, préoccupés par l'éviction de candidats pour les élections législatives du 20 février, ont ajouté un message vigoureux d'indignation à la classe dirigeante iranienne, et un appel à l'organisation d'un scrutin libre et démocratique. Si le renoncement de l'Iran à se doter de l'arme nucléaire est à saluer, l'UE ne doit pas mâcher ses mots sur les violations des principes démocratiques et des droits humains dans le dialogue politique avec l'Iran, estime le Parlement.

A l'ouverture du débat, Poul Nielson, Commissaire à l'aide humanitaire, a rappelé que la Commission avait immédiatement répondu à l'appel des autorités iraniennes en débloquant, dès le 27 décembre 2,3 millions d'euros d'aide humanitaire d'urgence, et en contribuant à la coordination des équipes de protection civile des 18 pays européens qui se sont mobilisés pour les opérations de recherche et de secours. (voir EUROPE du 30 décembre, p.6). Rappelant que la Croix rouge internationale et le Bureau de coordination des Nations Unies ont lancé des appels à poursuivre l'aide aux survivants, le Commissaire a précisé que la santé et le soutien psycho-social en faveur des groupes de population les plus vulnérables, «notamment les enfants et les personnes âgées » étaient la priorité, conformément aux besoins identifiés par Echo (l'Office d'aide humanitaire de la Communauté) lors de sa deuxième mission d'évaluation, effectuée sur place du 5 au 8 janvier. « Sur la base d'autres évaluations de l'ONU, nous envisageons une deuxième décision de financement dès les prochaines semaines. Nous attendons de nouvelles demandes des autorités iraniennes, qui seront examinées plus calmement qu'au lendemain du séisme», a assuré Poul Nielson en insistant sur l'importance d'une solidarité qui aille «au-delà de l'assistance immédiate ».

Le député allemand Michael Gahler (PPE-DE) a salué le fait que l'aide ait afflué de partout, y compris des Etats-Unis, et qu'elle ait été acceptée (à l'exception de celle d'Israël). « Cela montre l'ampleur de la solidarité humaine, indépendamment des rapports entretenus avec l'Iran ». Se félicitant de la signature par l'Iran du Protocole additionnel au Traité de non-prolifération nucléaire et du dialogue entamé sur les droits de l'homme, M. Nielson a en revanche déploré que les craintes du Parlement d'une offensive contre les réformateurs en vue des élections de février se soient réalisées avec la récusation de très nombreux candidats. «Notre solidarité ne doit pas s'arrêter aux catastrophes naturelles. Elle doit aussi s'exprimer avec les forces qui travaillent à plus de démocratie, plus de liberté. J'espère que Javier Solana (qui était ces jours-ci en Iran: voir EUROPE du 13 janvier, p.5) tiendra un langage clair sur ce point. L'UE ne peut pas faire comme si de rien n'était », a-t-il martelé.

Johannes Svoboda (PSE, Autriche) a félicité la Commission pour avoir réagi «vite et bien» à la catastrophe humanitaire, et a exprimé les mêmes préoccupations pour la «présélection des candidats» au prochain scrutin électoral. «L'Iran a été bien inspiré de ne pas rechercher à s'équiper de l'arme nucléaire. Je sais que les pays voisins comme l'Inde, le Pakistan et Israël ont la technologie. La région ne sera pas plus sûre avec plus d'armes nucléaires », a-t-il déclaré en invitant «tous les pays de la région à contribuer à un vrai processus de paix au Proche-Orient». Au nom du groupe libéral, Cecilia Malmström a estimé que la coopération avec l'Iran doit se poursuivre, pour la reconstruction de Bam, mais aussi pour l'accès à la démocratie. Très préoccupée par «les violations des droits de femmes, des minorités, l'ingérence du gouvernement dans le déroulement des élections» et jugeant «inadmissible que certains candidats soient traités comme des criminels», elle a encouragé la Commission à dialoguer avec l'Iran. « J'espère que Poul Nielson, le Commissaire Chris Patten et Javier Solana pourront agir », a-t-elle dit. Gerard Collins (UEN, Irlande), tout juste rentré d'Iran, a déclaré: « les infrastructures de toute la cité antique de Bam sont détruites. Il faudra des mois et des années pour remédier aux dégâts et permettre un retour à la vie normale. Plus de 200 millions d'euros ont été accordés par l'UE à la reconstruction de l'Afghanistan ces dernières années. J'espère que l'UE s'engagera aussi sur plusieurs années en faveur de l'Iran ». «Cet Iran ressemble à la Chine », s'est exclamé Marco Pannella (Parti radical, Italie) en dénonçant vigoureusement les exécutions et les lapidations qui ont cours dans ce pays. « Nous traitons avec Khatami, et vous vous scandalisez du risque de lapidation d'une femme au Nigeria ! Je veux qu'on insère dans notre résolution le nombre de condamnés à mort et de suppliciés en Iran », a-t-il martelé.

Véronique De Keyser, socialiste belge, a jugé «indécent d'établir une comparaison entre les 30 000 victimes de Bam et les 3000 candidatures exclues » du scrutin législatif prochain, mais a souligné la stupeur provoquée par ces agissements. «Si une solution juste n'est pas trouvée, il n'y aura pas d'incidence sur notre aide humanitaire, mais la relation UE/Iran sera durablement affectée avec des conséquences incommensurables », a-t-elle mis en garde. Richard Howitt (PSE, Royaume-Uni) a tenu à féliciter le Commissaire Nielson et Echo pour l'efficacité de l'aide «bien reçue et bien utilisée » qui a contribué, avec les secours internationaux, à sauver «plus d'un millier de vies ». Mais il a dit craindre que l'aide à l'Iran ne soit prélevée sur l'aide aux pays victimes de catastrophes «moins médiatiques » comme l'Angola et la Zambie. « Je ne peux garantir que nous ne retirerons pas d'argent à ces pays au profit de l'Iran. Nous travaillons dans le cadre des contraintes d'Echo», a répondu le Commissaire. En réponse à l'appel du Parlement invitant l'UE à interpeller le régime iranien sur les violations des droits humains et des principes démocratiques, Poul Nielson a mis en garde contre toute confusion des genres, contraire aux principes du droit humanitaire international. « Je suis venu devant vous pour faire rapport sur l'aide humanitaire apportée. Il faut nous efforcer de ne pas confondre l'aide humanitaire et la politique. Les autorités iraniennes doivent garantir l'accès au site dévasté, permettre aux ONG et aux agences humanitaires de travailler pour les victimes. C'est ce que nous dirons dans le contexte de l'aide humanitaire. Quant au dialogue politique, il se poursuit dans les instances appropriées. Il faut dissocier ces deux aspects, sinon nous serons dans une posture difficile », a-t-il déclaré. Finalement, le PE n'a adopté mercredi aucune résolution.

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