Bruxelles, 14/02/2003 (Agence Europe) - Alors que la Présidence grecque ne pouvait pas anticiper vendredi si les Quinze réussiraient à adopter un texte commun lors de leur Sommet spécial sur l'Irak lundi soir, le Premier ministre britannique Tony Blair a une nouvelle fois plaidé pour que les Quinze soutiennent une action militaire si l'Irak n'applique pas immédiatement les résolutions des Nations unies. Dans une lettre confidentielle adressée mercredi aux quatorze autres chefs d'Etat et de gouvernement ainsi qu'à Romano Prodi et Javier Solana, M. Blair demande "qu'aucun Etat membre n'exclue (l'action militaire) si elle est nécessaire pour soutenir l'autorité du Conseil de sécurité", c'est-à-dire, en clair, pour mener une action militaire afin de forcer l'Irak à appliquer la résolution 1441. "Bien que nous considérions tous l'action militaire comme une solution de dernier recours", le Sommet de lundi devra "indiquer clairement qu'en l'absence d'une coopération pleine et immédiate, le Conseil de sécurité des Nations unies devra rapidement approuver une deuxième résolution", ajoute Tony Blair. Selon lui, le leader irakien "n'a pas saisi (la dernière) opportunité" qui lui a été offerte par la résolution 1441. Il "ne (lui) reste plus que très peu de temps", insiste M. Blair, qui invite le Sommet spécial à "maintenir et renforcer la pression sur Saddam".
Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, participera lundi soir au Sommet de l'UE. Dimanche matin, les directeurs politiques des ministères des Affaires étrangères des Quinze tenteront de coordonner les positions des Quinze. A partir de onze heures lundi, la préparation du Sommet sera entre les mains des ministres des Affaires étrangères. Le Sommet en lui-même débutera vers dix-huit heures, par des discussions avec Kofi Annan et le Président du Parlement européen, Pat Cox. Mardi matin, le Premier ministre grec Costas Simitis, accompagné du ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini, du Président de la Commission Romano Prodi, du Commissaire Chris Patten et du Haut représentant de l'UE pour la Pesc Javier Solana, recevra les treize pays candidats, qui devraient pour la plupart être représentés par leur Premier ministre.
Des centaines de milliers de personnes doivent participer samedi - en Europe, aux Etats-Unis, et dans de nombreux autres pays - à des manifestations contre la guerre en Irak. Interrogé vendredi sur la participation éventuelle de Commissaires européens à ces manifestations, le porte-parole de la Commission a précisé qu'il n'existait aucune règle leur interdisant de manifester, mais sans indiquer si l'un ou l'autre avait l'intention de le faire. Amnesty International, dans une lettre ouverte aux Etats membres, les exhorte à réfléchir sérieusement aux conséquences d'une guerre, y compris « les répercussions possibles d'une action militaire sur les droits fondamentaux du peuple irakien; le risque d'aggraver une situation humanitaire déjà très mauvaise; le risque de susciter un exode massif de réfugiés (...); les risques d'attaques directes contre les civils, d'utilisation de boucliers humains et de recours à des armes qui, de par leur nature même, frappent sans discrimination".
Mardi matin, débat au Parlement sur le Sommet
Mardi matin, de 9h30 à 10h30, une Conférence des présidents du PE élargie à tous les députés permettra aux parlementaires européens de débattre des résultats du sommet de la veille, avec Costas Simitis.
Mardi à 12 heures, le Président du Parlement européen Pat Cox interviendra devant les chefs d'Etat ou de gouvernement des pays candidats que la Présidence grecque a invités pour les informer sur le sommet.
Vendredi le président du groupe PPE-DE au Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a lancé un appel afin que le sommet de lundi aboutisse à une position commune des Quinze. Si les Etats membres continuent de défendre des positions différentes au Conseil de sécurité, ce serait un grave recul pour la politique européenne de sécurité et de défense, a-t-il estimé, en incitant en particulier le gouvernement Schröder à donner un signal permettant, dit-il, de "regagner la crédibilité perdue" notamment dans les relations transatlantiques. Les chefs d'Etat et de gouvernement "devraient s'enfermer dans une pièce et en sortir seulement lorsqu'ils auront surmonté leurs divergences et abouti à une approche commune", affirme Graham Watson, président du groupe libéral, pour qui cette crise devrait faire accepter aux gouvernements européens "la réalité", à savoir que "nous sommes tous de petits pays avec des intérêts partagés, et nous devons oeuvrer ensemble en politique étrangère".
Jeudi, la nouvelle réunion du Conseil de l'Atlantique Nord envisagée en fin d'après-midi avait finalement été annulée. En Allemagne, le ministre de la Défense Peter Struck a noté qu'une décision de l'OTAN sur des mesures de soutien à la Turquie en cas de représailles irakiennes serait prise seulement "samedi ou après".