Bruxelles, 05/12/2002 (Agence Europe) - Le débat du Parlement européen sur le Sommet de Copenhague, mercredi, a surtout porté sur des problèmes de calendrier et sur la Turquie (voir EUROPE d'hier, p.7).
Le Commissaire Günter Verheugen a indiqué que les négociations progressent d'heure en heure même s'il subsiste encore d'importantes divergences et qu'il s'agit de régler un maximum de questions pour ne pas surcharger le Conseil européen de Copenhague. Plaidant pour un résultat "sans gagnant ni perdant mais où tout le monde gagne", il a estimé que la proposition conjointe de la Présidence et de la Commission est honnête et équilibrée. Il a aussi réaffirmé que l'on est proche d'une solution à Chypre.
Le président du groupe PPE-DE, Hans-Gert Pöttering, a réitéré la position de son groupe concernant la Turquie tout en lançant un appel à toutes les parties pour une conclusion heureuse des négociations avec tous les pays candidats et une solution pour le dossier chypriote. Evoquant les aspects institutionnels, il a demandé au Conseil et à la Commission de ne pas prendre de décision sans consulter le PE. Le comportement du Conseil et de la Commission a été inacceptable au cours des dernières semaines, a déploré le président du groupe socialiste, Enrique Baron, en soulignant en particulier les conséquences des décisions du Conseil Affaires générales du 18 novembre sur le calendrier parlementaire. Il a estimé qu'il ne serait "pas sérieux que des Commissaires (sans portefeuille: NDLR) se baladent dans les couloirs de la Commission pendant quelques mois », après l'élargissement. "C'est au Conseil européen, et non au président Giscard d'Estaing, de décider à quel rythme et dans quelle mesure l'Union doit s'étendre vers l'Est et le Sud", a lancé le libéral démocrate britannique Andrew Duff à propos de la Turquie, avant de se déclarer « sûr que le Conseil européen et la Commission seront généreux envers la Turquie". M. Duff a cependant souligné que la Turquie doit faire des efforts notamment pour soutenir un règlement politique à Chypre. Le coprésident du groupe Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a souhaité qu'un accord interinstitutionnel soit trouvé sur le calendrier. S'agissant de la Turquie, il a estimé que le moment n'est pas venu de fixer une date: selon lui, il faut dire non à ceux qui s'opposent à l'adhésion de la Turquie et dire non à ceux qui disent qu'elle doit adhérer (en évoquant les pressions exercées par Washington sur l'UE, il a affirmé que c'était « comme si nous disions aux Etats-Unis d'accueillir le Mexique et le Canada »). M. Cohn-Bendit a demandé au président Cox d'écrire aux autorités turques pour leur demander de laisser venir Leila Zana à une rencontre de tous les Prix Sakharov encore avant le Sommet de Copenhague. Rappelant que « le Danemark, pays riche, n'a versé que 20% de sa contribution (au budget de l'UE) la première année, puis 40% » et qu'il n'a contribué à part entière qu'au bout de cinq ans, le président (danois) du groupe EDD, Jens-Peter Bonde, a demandé qu'un système identique soit prévu pour les futurs Etats membres, qui sont bien plus pauvres. Le président de la commission constitutionnelle, Giorgio Napolitano (Democratici di Sinistra), a souligné lui aussi qu'il faut arriver à un accord entre les trois institutions sur le calendrier et limiter, voire éviter les solutions transitoires pour la Commission comme pour le Parlement. Il a plaidé pour la solution qui consisterait à anticiper les élections européennes (pourquoi pas le 9 mai 2004, a-t-il dit en soulignant sa valeur symbolique: voir EUROPE des 2/3 décembre, p.6) et la fin du mandat de la Commission, ce qui permettrait aussi de faire coïncider les mandats des deux institutions pour l'avenir. Le président de la commission des Affaires étrangères, Elmar Brok (CDU), a en revanche estimé que des solutions pragmatiques peuvent être trouvées et que l'essentiel est d'accueillir chaleureusement les représentants des nouveaux Etats membres sans se perdre dans des arguties juridiques.
Répondant aux députés, le président du Conseil Bertel Haarder a affirmé lui aussi qu'il faut garder à l'esprit la perspective historique. Il faut discuter avec la Turquie et en débattre au Conseil européen, mais elle ne sera pas "le point saillant" à Copenhague, a-t-il estimé. Qualifiant les décisions du Conseil du 18 novembre de "solution avec laquelle on peut vivre", M. Haarder a reconnu que la Présidence danoise aurait souhaité parvenir à une nouvelle date pour les élections européennes, mais que "en pratique, cela risque d'être difficile" à obtenir.
"La discussion déclenchée par Valéry Giscard d'Estaing n'a pas eu l'effet que recherchait l'ancien président", a noté le Commissaire Verheugen à propos de la Turquie, en constatant que "ceux qui ne voulaient pas s'exprimer ont dû confirmer les conclusions d'Helsinki". En réponse aux inquiétudes concernant le financement et le risque encouru par les pays candidats au niveau budgétaire, M. Verheugen a réaffirmé que durant les trois premières années aucun nouvel Etat membre ne sera contributeur net.