Bruxelles, 10/10/2002 (Agence Europe) - Le débat sur l'Irak qui a eu lieu mercredi soir, lors de la séance plénière du Parlement européen à Bruxelles, a confirmé l'attachement des Européens au système multilatéral de défense collective dans le cadre des Nations unies. Si tous les députés reconnaissent que Saddam Hussein est une menace pour la paix, nombreux ont été ceux qui ont souligné que tous les pays, et pas seulement l'Irak, doivent respecter les résolutions de l'ONU.
Le Commissaire Chris Patten s'est félicité du souhait exprimé par l'administration américaine de travailler, si possible, avec les Nations unies. Il a aussi salué les efforts diplomatiques du « monde arabe » pour encourager l'Irak à accepter le retour des inspecteurs des Nations unies, mais il conserve des doutes sur les promesses faites par les autorités irakiennes. « Il n'y a pas de réelle alternative au système de valeurs et de règles internationales des Nations unies, mis en place (…) pour préserver la sécurité globale. Il offre le meilleur espoir d'éviter les éventuelles conséquences désastreuses d'une multiplication d'actions unilatérales destinées à résoudre des conflits régionaux », a dit le Commissaire en insistant longuement sur la nécessité de préserver et de promouvoir l'autorité des Nations unies. Le président du Conseil, Bertel Haarder, s'est aussi félicité de l'intention affichée par les Etats-Unis de suivre l'approche des Nations unies.
L'Espagnol Ignacio Salafranca, qui intervenait au nom du groupe PPE-DE, a estimé que Saddam Hussein est une véritable « menace pour la paix ». « Ce n'est pas une chimère », a-t-il ajouté non sans souligner que la réaction de la communauté internationale et l'UE devra rester proportionnée. Il faut être très prudents, a-t-il dit en évoquant les répercussions d'une intervention dans l'ensemble de la région. Il a insisté pour que la réponse de l'UE soit unique. M. Salafranca a aussi fait remarquer que le lien établi entre les résolutions de l'ONU et une intervention méritait débat, dans la mesure où il pourrait conduire l'UE à avoir besoin d'une autorisation pour des missions de type Petersberg. L'Irak doit respecter les résolutions de l'ONU, a insisté le social-démocrate allemand Jannis Sakellariou en affirmant, au nom du groupe PSE, que cela signifie qu'il ne doit pas y avoir la moindre entrave aux inspections et que la réponse devra être multilatérale, dans le cadre de l'ONU. Sur la question de savoir si les inspecteurs doivent disposer d'un accord, sous la forme d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité, avant de se rendre en Irak, il a noté qu'une définition de leurs tâches par le Secrétaire général devrait suffire. Il a aussi estimé que Koffi Annan devrait élaborer un calendrier pour la destruction des armes et la levée de l'embargo et que les bombardements américains et britanniques devraient être suspendus lorsque les inspecteurs seront en Irak. M. Sakellariou a aussi insisté sur la nécessité de faire respecter l'ensemble des résolutions parce qu'il ne doit pas y avoir de « ONU à la carte ». Au nom du groupe ELDR, la Britannique Emma Nicholson a surtout insisté sur les souffrances endurées par la population irakienne et en particulier les minorités. Elle s'est prononcée en faveur d'une mise en accusation de Saddam Hussein et de ses fonctionnaires au titre de la convention de 1948 contre le génocide. « Bush n'a pas renoncé à la guerre mais il commence peut-être à réaliser que la vie politique internationale n'est pas un western dans lequel il jouerait le rôle du shérif », s'est exclamé le président français du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz, qui a lui aussi plaidé pour une levée de l'embargo après la reprise des inspections. Il a demandé une déclaration du Conseil et de la Commission au sujet de la nouvelle doctrine militaire américaine qui affirme le droit d'agir seul de manière préventive et qui conduirait à ruiner le système de sécurité collective mis en place après la chute du régime nazi. Tout en reconnaissant le caractère épouvantable du régime de Saddam Hussein, le Suédois Per Gahrton a insisté, au nom du groupe Verts/ALE, pour que chaque intervention concernant l'Irak soit décidée au sein du Conseil de sécurité, afin d'empêcher l'anarchie. Evoquant « l'obsession » du président Bush et une absence de preuves de l'existence d'armes de destruction massive et de l'implication de l'Irak dans le terrorisme, la Française Florence Kuntz, qui s'exprimait au nom du groupe EDD, a affirmé que pour les Etats-Unis, l'Irak n'est qu'une « anomalie sur la route du pétrole ». Elle a insisté sur le coût d'une guerre, non seulement sur le plan humain, mais aussi du fait de l'instabilité qu'elle engendrerait dans la région.