Bruxelles, 10/10/2002 (Agence Europe) - La Turquie proteste contre le fait que la Commission n'ait pas proposé de date pour lancer les négociations pour son adhésion à l'UE mais veut officiellement croire que les Quinze pourraient accéder à sa demande lors du Sommet de Copenhague. Dans son rapport sur l'élargissement, publié mercredi, la Commission juge que la Turquie ne remplit pas encore les critères politiques requis pour ouvrir les négociations. Le ministre des Affaires étrangères turc, Sukru Sina Gurel, a réagi en protestant que son pays remplit désormais tous ces critères, grâce aux réformes entreprises cette année. "J'espère que ce sera pleinement pris en compte par les gens qui sont responsables non seulement de l'avenir des relations UE/Turquie mais aussi de l'avenir de l'Europe", a-t-il déclaré, comme pour bien insister sur le fait que, si la Commission propose (dans ce rapport influencé, selon lui, par "une certaine désinformation"), les Etats membres disposent. Les Etats membres sont pourtant loin d'être décidés à lancer les négociations avec Ankara à Copenhague.
Le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen a déclaré à la presse danoise que les critiques turques sont sans fondement. "Nous avons dit très clairement que nous apprécions les réformes entreprises en Turquie, mais nous avons aussi évalué qu'il y avait encore beaucoup à faire avant que la Turquie ne remplisse les conditions politiques requises pour fixer une date pour les négociations", a-t-il déclaré sans détour, en ajoutant tout de même qu'il était "trop tôt" pour dire maintenant quelle sera la situation lors du Sommet.
Les Etats-Unis se sont montrés déçus de la position prise par la Commission. Tout en insistant sur le fait que Washington ne s'immisçait pas dans les affaires européennes, le porte-parole du Secrétaire d'Etat américain, Richard Boucher, a déclaré mercredi que les Etats-Unis "espèrent que l'Union européenne va commencer les négociations d'adhésion (avec la Turquie) le plus tôt possible". C'est "dans l'intérêt stratégique" des Etats-Unis, de la Turquie et de l'UE, a-t-il ajouté. Les Etats-Unis, qui veulent s'assurer le soutien de ce partenaire de l'OTAN qui a des frontières avec l'Irak, exercent une forte pression pour que l'UE fixe une date pour le lancement des négociations. Jusqu'au sommet de Copenhague, les Etats-Unis "continueront à être en contact avec l'UE sur cette question", a dit M. Boucher.
L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch juge, comme la Commission, que, d'une part, la Turquie a fait des progrès considérables cette année, mais que, d'autre part, elle a encore beaucoup à accomplir. Jonathan Sugden, spécialiste de la Turquie à Human Rights Watch, déclare que "durant cette année, nous avons vu plus de progrès sur les droits de l'homme qu'aucune autre année depuis le coup d'Etat de 1980". Mais "il y a deux domaines en particulier où la Turquie doit agir pour démontrer qu'elle a rompu avec son passé de violations des droits de l'homme: la torture et la liberté d'expression".
L'association pro-européenne des entrepreneurs turcs Tüsiad a publié mercredi un communiqué dans lequel elle dit espérer que les dernières réformes voulues par le gouvernement sur la Cour de sécurité seront adoptées et mises en oeuvre "à temps pour le Sommet de Copenhague".
MM. Nassauer et Ferber proposent un statut spécial pour la Turquie
Les élus européens de la CDU Harmut Nassauer et de la CSU Markus Ferber ont estimé pour leur part que la Turquie, étant donné sa situation géographique"entre l'Europe et l'Asie, sa culture et sa taille, sa population de plus de 60 millions de personnes", devrait être plutôt « un partenaire de l'ensemble de l'UE, sur une base bilatérale et avec un statut politique et économique encore plus privilégié ». Selon eux, il faut aussi "empêcher à tout prix que le partenariat entre l'UE et la Turquie, déjà très étroit aujourd'hui, souffre de querelles sans fin sur l'aptitude de la Turquie à adhérer" à l'Union. Les deux députés européens critiquent le Conseil et la Commission parce que, plutôt que de proposer un tel partenariat, ils ont maintenu la Turquie dans l'état de pays candidats, mais sans lui indiquer une date pour le début des négociations d'adhésion.