Bruxelles, 08/04/2002 (Agence Europe) - Le Président de la Commission européenne, Romano Prodi, et le Commissaire à l'aide humanitaire Poul Nielson ont dressé lundi devant la presse un bilan alarmant de la situation humanitaire au Proche-Orient et lancé un vibrant appel à Israël pour que soit garanti le libre accès du personnel humanitaire aux populations palestiniennes à secourir, dans le respect des règles internationales du droit humanitaire.
« Je suis de plus en plus préoccupé par la situation humanitaire dans les territoires palestiniens. Il ne fait aucun doute qu'une aide urgente est nécessaire et que la situation en Cisjordanie est en passe de devenir une crise humanitaire majeure », a déclaré Romano Prodi. Conscient que « la spirale de la violence est hors de contrôle », il a déploré « les attentats suicides palestiniens qui ont tué ou blessé des centaines d'innocents en Israël », et les attaques militaires israéliennes qui, « au cours des dix derniers jours, ont conduit à la mort de quelque 300 Palestiniens, à des centaines de blessés et à 1 400 arrestations ». Réitérant la disponibilité de l'Union à poursuivre son aide humanitaire à la population palestinienne, Romano Prodi a annoncé que la Commission était en train de préparer une aide d'urgence de 1,7 million d'euros pour compléter les 5 millions d'euros déjà programmés depuis le 2 avril pour la Palestine et le Liban, mais dont la mise en œuvre est totalement bloquée, faute de pouvoir accéder aux victimes. « Le principal problème pour les travailleurs humanitaires demeure la difficulté et l'impossibilité d'avoir accès aux plus nécessiteux. Toutes les villes de Cisjordanie sont totalement coupées du monde extérieur, et les Israéliens maintiennent une politique stricte de refus de droit d'entrée », a déclaré le Président, ajoutant que de nombreux rapports font état « de harcèlement, d'abus physiques et d'arrestations de civils, de personnel médical et de travailleurs humanitaires». Romano Prodi a également déploré les restrictions imposées aux activités du Comité International de la Croix rouge, de la Société du Croissant rouge palestinien et autres organisations médicales, des défenseurs des droits de l'homme et de journalistes, précisant qu'il est personnellement intervenu pour solliciter l'accès de ces équipes dont certaines ont été arrêtées ou victimes de tirs. Soulignant que «la plupart des hôpitaux ne fonctionnent plus à cause de la destruction des infrastructures électriques, d'eau, de téléphone et du manque d'équipements et de médicaments », et que les insfrastructures civiles - habitations, écoles, hôpitaux, locaux des Nations unies - ont subi des dommages considérables, Romano Prodi a lancé un appel au « respect absolu du caractère sacré de tous les lieux saints » et des principes du droit humanitaire. « Le gouvernement israélien doit garantir l'accès sécurisé des travailleurs humanitaires à la population palestinienne. Le gouvernement israélien doit retirer immédiatement ses forces militaires des territoires récemment occupés. Nous comprenons et respectons le droit du peuple d'Israël de vivre en paix et le devoir de ses forces armées de défendre la sécurité de leur population. Mais le moment est venu pour les Israéliens et les Palestiniens de rompre le cycle infernal de la violence, de la vengeance et des représailles », a déclaré le Président Prodi.
Poul Nielson pour sa part a jugé « inacceptables » les entraves répétées d'Israël au travail humanitaire. « Il semble qu'il y ait des efforts concertés pour empêcher l'accès aux blessés. Les attaques intentionnelles des équipes médicales empêchées de traiter les malades et les blessés ont atteint un niveau sans précédent », s'est indigné le Commissaire. Il a précisé que les 5 millions d'euros d'aide humanitaire alloués la semaine dernière par ECHO (l'Office d'aide humanitaire de la Communauté) à la Palestine et au Liban sont destinés à: - l'approvisionnement en équipements de centres médicaux pour soins urgents et la fourniture de médicaments et d'équipement pour les hôpitaux ; - l'aide psychologique et le soutien matériel aux familles les plus vulnérables dans les camps de réfugiés à Rafah et Khan Yunis dans la Bande de Gaza ; - la distribution de nourriture et l'approvisionnement en eau potable ; - l'installation d'infrastructures sanitaires et d'élimination de déchets dans les camps de réfugiés et dans les zones d'implantation non recensées ; - la fourniture de kits professionnels de de formation aux populations les plus vulnérables dans cinq camps de réfugiés au Liban ; l'aide aux Palestiniens handicapés, physiques ou mentaux, au Liban. Mais, a ajouté le Commissaire, « ces opérations ne seront possibles que si les travailleurs humanitaires ont accès aux zones d'intervention ciblées et aux bénéficiaires ».
La décision en cours, d'allouer 1,7 million d'euros supplémentaires a pour objet de couvrir les besoins croissants d'aide d'urgence, à savoir: - mise en place d'un pont aérien pour l'approvisionnement en ambulances et véhicules de terrain; - distribution de nourriture et de kits sanitaires à quelque 10 000 personnes dans les villages bouclés de Cisjordanie et de Gaza ; - distribution de nourriture, de médicaments, de gaz et de pompes à eau ; - déploiement d'une équipe de docteurs dans les villes de Cisjordanie réoccupées.
« Nous espérons que les autorités israéliennes vont changer d'attitude pour rendre possible cette aide», a conclu Poul Nielson, en insistant sur la neutralité qui caractérise l'aide humanitaire.