Bruxelles, 28/08/2001 (Agence Europe) - Le Président en exercice du Conseil Affaires intérieures Antoine Duquesne a fait le point des enjeux sur la scène politique européenne qu'entraînent les manifestations violentes perpétrées par des forces antidémocratiques. Il a rappelé les conclusions du Conseil spécial Justice/Affaires intérieures du 13 juillet dernier, par lesquelles les Quinze ont décidé de renforcer les mesures de coopération policière et judiciaire, de franchissement des frontières et d'échanges d'informations (voir EUROPE des 13 et 14 juillet). Le ministre belge s'exprimait ce lundi devant la commission de la justice et des affaires intérieures du PE, présidée par Graham Watson (ELDR, RU) et en présence de Jürgen Storbeck, directeur d'Europol. Il y a présenté un calendrier d'activités de la Présidence belge pour concrétiser ces mesures: 1) le 1er septembre, réunion du pool des officiers de liaison; 2) le 29 octobre, réunion préparatoire à la session plénière de la Task Force des forces de police européennes, qui aura lieu le 31 octobre à La Haye. Il a indiqué que le thème de la sécurité des conseils européens a été inscrit à l'ordre du jour du Conseil JAI de fin septembre, à la demande de la délégation italienne. Le ministre a ajouté que le conseil d'administration de l'organisme européen de coopération policière Europol et les hauts fonctionnaires du Conseil des ministres examinaient l'éventualité d'un accroissement des compétences d'Europol.
Antoine Duquesne a par ailleurs réaffirmé le principe de "la seule responsabilité du pays hôte en ce qui concerne le maintien de l'ordre public lors de Conseils européens, avec bien entendu une contribution si nécessaire de l'UE". Il a souligné l'importance d'un dialogue constructif avec la société civile et avec les organisateurs des manifestations pour éviter de gros incidents, et rappelé que les Quinze souhaitaient "un échange rapide et plus structuré des données relatives aux fauteurs de troubles violents sur base de fichiers nationaux" et que "les personnes notoirement connues pour des faits troublant l'ordre public soient empêchées de se rendre dans un pays accueillant une grande réunion".
Au cours du débat, Antoine Duquesne a répondu à Anna Terrón i Cusi (PSE, Espagne) qu' "il est peut-être heureux que le Conseil JAI se soit tenu avant les événements de Gênes. J'estime que lorsque l'on a la responsabilité du maintien de l'ordre public, il faut faire preuve de beaucoup de calme, de sécurité et de dialogue et prendre de la distance par rapport aux événements. Il faut voir comment mieux structurer le débat sur ces questions. A ce propos, le président du Conseil Guy Verhofstadt a adressé une lettre ouverte à tous ceux qui souhaitent engager le dialogue", a poursuivi M. Duquesne. A Jorge Salvador Hernandez Mollar (PPE, Espagne) qui s'inquiétait de l'émergence d'un nouveau phénomène social (c'est-à-dire la violence gratuite avec par exemple l'utilisation d'armes à feu au Sommet de Göteborg), Antoine Duquesne a noté que "ces faits ne touchaient qu'une opinion minoritaire. Les politiques et les organisations syndicales réfléchissent au moyen d'établir un dialogue plus actif avec le citoyen, parce que quand on mène un tel dialogue, on fait la meilleure démonstration qui soit de l'usage absurde et détourné de la violence". Et de réaffirmer, en réponse à Jan Wiebenga (ELDR, Pays-Bas): "je suis pour la tolérance zéro face à la violence gratuite".
Le ministre a ensuite répondu à Mme Paciotti (PSE, Italie) et à Di Lello Finuoli (GUE/NGL, Italie), en estimant "essentiel de rechercher les causes véritables de la violence gratuite". Et d'ajouter: "Ce qu'il faut, c'est une meilleure coopération judiciaire dans le cadre des dispositions existantes et plus de sécurité. Personne n'est à l'abri de dérapages policiers et il faut se montrer en la matière extrêmement vigilant et exigeant". "N'y a-t-il pas une autre manière de préparer les Sommets que simplement donner des réponses policières? Je propose une démilitarisation de la police et de certaines manifestations!", s'est exclamé Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE, France). Ce à quoi le ministre belge a répondu avec flegme que "les réponses policières ne sont pas les plus importantes à ce qui se passe dans le monde. La première des armes dont disposent nos policiers, c'est le dialogue et l'usage de la psychologie prend plus de place que les armes. Il n'est pas nécessaire de manifester avec de grosses pierres en mains!". Quant à l'idée avancée par le ministre allemand de l'Intérieur Otto Schilly de créer un corps de police spécialisé pour résoudre le problème des manifestations et dont Mme Karamanou (PSE, Grèce) s'est demandé si cela suffisait pour garantir le droit à la sécurité du citoyen, le ministre a noté que "ce n'était pas la première fois que l'on parle d'un système de police judiciaire mixte, d'échanges d'informations par le biais de policiers et de la présence de spotters spécialistes des groupes violents lors de grandes réunions " .
Après le départ d'Antoine Duquesne, Alain Krivine (GUE/NGL) a "dénoncé le fait que de nombreux députés n'avaient pas eu le temps de poser leurs questions" et annoncé que "les anti-mondialisations joueront un rôle certain lors des prochaines manifestations à Bruxelles".