Bruxelles, 28/08/2001 (Agence Europe) - Devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, a retracé les derniers événements au Proche-Orient en rappelant les différentes interventions du Conseil et du Haut représentant pour la politique extérieure, Javier Solana, depuis le début de la Présidence belge. Il a rappelé que l'Union européenne a condamné sans relâche les actes terroristes palestiniens et la stratégie israélienne de meurtres ciblés. A ce propos, un communiqué du ministère belge des Affaires étrangères qualifiait, lundi, d'acte grave l'assassinat délibéré du chef du FPLP, Abou Ali Moustapha. "La présidence de l'UE appelle instamment les parties à mettre un terme au cycle infernal des violences et des représailles et à permettre ainsi la mise en oeuvre sans délai des recommandations du rapport Mitchell avec, pour objectif, la relance du processus de paix", précisait ce communiqué. "L'Union européenne doit peser de tout son poids" pour la relance du processus de paix, a dit M. Michel aux députés européens tout en soulignant qu'elle ne peut agir seule alors qu'Israël conteste son objectivité. Il a indiqué qu'il va entreprendre des démarches en vue de convoquer une réunion entre l'Union européenne, les Etats-Unis et la Russie afin d'exercer une pression plus forte pour mettre un terme aux violences et relancer le dialogue.
"Seuls, on n'arrivera à rien", a répondu M. Michel aux députés qui, à l'instar du social-démocrate allemand Janis Sakellariou, déplorait le manque d'influence de l'UE. Et de rappeler que "Israël disqualifie totalement l'UE". Interpellé par le socialiste français Sami Naïr qui évoquait la possibilité de suspendre l'accord d'association pour renforcer les pressions, M. Michel a dit: "Je ne suis pas sûr que ce soit la manière la plus subtile d'agir (...) Ce serait prendre parti (...) et au sein des Quinze, il y a une infime minorité de gens qui pensent que l'UE doit prendre parti". M. Michel a en revanche salué la proposition du vert allemand élu en France, Daniel Cohn-Bendit qui préconisait de multiplier les actions de rapprochement entre les différents groupes de la société civile et d'envoyer une cinquantaine d'observateurs supplémentaires dans les territoires et en Israël. Rappelant que des opérations "people to people" sont organisées régulièrement pour renouer les fils du dialogue entre les deux parties, il a dit, sans vouloir être pessimiste, que "les deux opinions publiques sont totalement bloquées" et que "cela prendra beaucoup plus de temps que les diplomates ou les parlementaires l'imaginent". Au démocrate-chrétien néerlandais Arie Oostlander qui lui demandait pourquoi il voulait associer la Russie, M. Michel a répondu: "Je crois vraiment qu'il faut associer la Russie au règlement de tous les grands conflits (...). La Russie a une certaine appétence pour cela et souhaite être reconnue comme un acteur global (...). Ce serait une erreur de ne pas mouiller positivement la Russie. "Le rapport Mitchell n'est pas mort. C'est même le seul élément tangible sur lequel on a une chance de relancer le processus", a expliqué M. Michel, qui répondait au PPE espagnol Gerardo Galeote qui venait d'affirmer le contraire. "Le rapport Mitchell est plus d'actualité que jamais. Il peut et doit encore marcher. Il a fait l'objet d'un accord. C'est tout ce que l'on a. Ce serait une faute de l'enterrer", a-t-il ajouté. Au vert suédois Per Gahrton qui affirmait que l'UE devrait soutenir la Palestine comme les Etats-Unis soutiennent Israël afin de rétablir l'équilibre et à d'autres députés qui avaient déploré le manque d'influence de l'UE dans la région, M. Michel a rétorqué: "L'UE n'est pas une et indivisible sur le sujet. Je suis une voix, même pas une voix de synthèse, la voix du plus petit dénominateur commun (...). Admettons même que prendre parti soit la bonne stratégie; on n'a pas les moyens de cette bonne stratégie".
Répondant au démocrate-chrétien allemand Armin Laschet qui était revenu sur le financement par l'UE de livres scolaires palestiniens contenant des textes de nature antisémite, M. Michel a dit qu'il avait eu à connaître de problème de ce type dans le cadre de la coopération belge et qu'il avait dû bloquer un dossier. Un représentant de la Commission européenne a précisé que l'exécutif communautaire finance des programmes dans le secteur de l'éducation mais ceux-ci portent essentiellement sur les infrastructures et des postes d'enseignants. La Commission n'a fourni aucune aide pour des livres scolaires. Il a par ailleurs indiqué que les premiers livres palestiniens sont très récents et ont été réalisés avec le concours de l'Unesco. Ils n'auraient pas de contenu antisémite, contrairement à certains ouvrages - plus anciens- d'origine jordanienne et égyptienne qui sont aussi utilisés dans certaines écoles palestiniennes.