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Bulletin Quotidien Europe N° 8018
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/gouvernance/commerce

La vision de M. Lamy sur la gouvernance globale

Bruxelles, 31/07/2001 (Agence Europe) - Lors de sa visite à Madrid, à la veille du week-end, le Commissaire européen Pascal Lamy, en charge du Commerce, a exposé sa vision de "la gouvernance globale ou comment donner un sens à la globalisation".

La véritable raison d'être de l'Europe aujourd'hui est, selon lui, "de nous assurer de la dimension et de la puissance pour peser dans l'organisation du monde (…), dans la mise en place d'un ordre économique international qui tienne compte de ses intérêts et de ses valeurs". Et la "fenêtre d'opportunité" dont elle dispose pour le faire se situe dans un délai de vingt à trente ans, estime M.Lamy, qui envisage ce nouvel ordre, plus équitable et propice au développement durable du monde, comme le résultat de réponses "appropriées" à trois grands défis et de l'attention prêtée à quatre échéances. Car, si l'Europe est à parité économique avec les Etats-Unis aujourd'hui, "demain, d'autres acteurs dans le Sud seront montés en puissance et leur intégration dans l'économie mondiale selon les règles et des institutions qui nous conviennent doit donc être notre préoccupation constante", affirme-t-il, en avertissant: "ni l'élargissement ni l'approfondissement, tous deux composantes majeures de notre poids international, ne doivent nous distraire de cette ambition qui est pour l'Europe une priorité vitale".

Les défis majeurs, M. Lamy les identifie comme étant: 1) la convergence Nord-Sud, dont un élément parmi d'autres est la mondialisation et dont la clé est à rechercher dans la "qualité des politiques internes", dans "la capacité institutionnelle et la volonté politique" d'interagir avec la globalisation, avec un "rôle central" à remplir par "les trois instances de la gouvernance économique mondiale" - l'OMC, les institutions financières internationales de Bretton-Woods et les organes des Nations Unies chargés de la normalisation multilatérale (OIT, Codex alimentarius ou Conférence de Kyoto) et du développement (PNUD, etc.); 2) l'environnement, dans la mesure où "économiser les énergies fossiles est un impératif à long terme, mais aussi une nécessité stratégique à un terme bien plus rapproché", si l'on veut réduire "les tensions entre les économies occidentales et la Chine et l'Inde autour de l'accès aux ressources pétrolières" et éviter d'être "pris en otage dans une nouvelle course au pétrole que nous n'aurons pas pu contrôler"; 3) l'articulation entre régionalisme et multilatéralisme, qui doivent aller de pair et se prémunir contre les "rapports de force", pour ne pas en arriver à ce que M.Lamy redoute: "Que le monde s'organise en grandes plaques tectoniques commerciales chaque fois dominées par de grands pays industrialisés" et "que ces plaques ne viennent à se heurter". D'où la nécessité d'une "forte solidarité financière Nord-Sud" dans les projets de l'envergure de l'ALCA panaméricain, qui n'a décidément pas les faveurs du Commissaire (voir EUROPE du 27 juillet, p.7) et du multilatéralisme," seul à même", selon lui, "de contenir le risque d'un affrontement commercial entre blocs et de tensions politiques et stratégiques".

Pascal Lamy attire aussi l'attention sur quatre échéances: a) le contraste "illustratif et saisissant" entre, d'une part, le Sommet du G7, à Gênes - où le club des pays riches a été "perçu comme un pouvoir illégitime du fait de l'écart entre la prétention qu'on lui prête de piloter l'économie mondiale et sa faible capacité de contribuer effectivement au développement soutenable de la planète" - et, d'autre part, la Conférence de Bonn sur le Protocole de Kyoto, "une assemblée de 170 Etats, Nord et Sud, Est et Ouest confondus, qui, à l'initiative obstinée de l'UE, aboutit à un accord modeste certes, mais concret, qui engage effectivement le monde dans le processus de contrôle de l'effet de serre"; b) le rendez-vous de Doha en novembre prochain, où "l'OMC n'a plus d'autre alternative que de réussir le lancement d'un Nouveau Round au risque d'ébranler sa crédibilité", un peu moins de deux ans après l'échec de Seattle; c) le Sommet Europe/Amérique Latine de mai 2002, une rencontre "qui prend un relief nouveau depuis le Sommet des Amériques" qui a relancé le projet de zone de libre-échange entre l'ALENA et le Sud du continent, un hémisphère Sud dans lequel l'Union voit "des partenaires" au potentiel de développement "considérable" et dont "l'alliance nous est indispensable pour construire ce système multilatéral et multipolaire qui intéresse tant l'Europe"; d) le rendez-vous de Barcelone V, où il lui semble "vital" de "confirmer et revitaliser avec les partenaires méditerranéens l'engagement collectif" à "faire du bassin méditerranéen une zone de paix et de prospérité partagée", en dépit des "événements, notamment au Moyen-Orient, qui ne nous ont pas été très favorables".

Un mot enfin de M. Lamy sur l'échéance de Laeken, "qui sera pour l'UE un moment de vérité sur le côté pile et sur le côté face - indissociables - de l'intégration: quel modèle de société voulons-nous en Europe ? quelles institutions peuvent l'assurer?". Là le Commissaire n'a pas de réponse "claire à ces questions", si ce n'est la conviction que "faute d'une vision, d'une volonté et d'une représentation extérieure communes, (l'Europe) n'aura pas la puissance, (…) sera confinée dans un rôle défensif et exclue d'une position de leadership", alors que "pour se projeter dans le monde, (elle) doit affirmer son identité dans un projet spécifique et dans des institutions légitimes et efficaces".

 

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