Bruxelles, 29/05/2001 (Agence Europe) - Le discours de Lionel Jospin a immédiatement suscité des réactions au Parlement européen, notamment parmi les élus allemands. Pour le président du groupe PPE/DE, Hans-Gert Pöttering, il s'agit d'un «mélange de propositions positives et négatives». Parmi les éléments positifs, il cite: le soutien à la création d'une convention pour l'élaboration d'une Constitution, la désignation du président de la Commission européenne au sein de la famille politique qui a remporté les élections européennes (mais pour M. Pöttering cette désignation devrait se faire au travers d'une élection par le PE), l'extension de la majorité qualifiée à toutes les questions soumises à la codécision. M. Pöttering critique en revanche le fonds d'actions conjoncturelles voulu par Lionel Jospin et son soutien illimité aux services publics, et lui reproche de vouloir renforcer le Conseil et les parlements nationaux au lieu de consolider les pouvoirs du PE. L'élu de la CDU Elmar Brok estime que le "Congrès" proposé par M. Jospin est «un pas en arrière pour l'Europe» et voit une «attaque contre le parlementarisme» dans la proposition d'introduire une possibilité de dissolution du PE. Quant à Karl von Wogau ( CDU), il qualifie de «version française du monstre du Loch Ness» la proposition de créer un gouvernement économique de la zone euro. Le social-démocrate allemand Klaus Hänsch affirme pour sa part que l'intervention de M. Jospin "enrichit le débat actuel (...) de nouvelles, significatives orientations", mais qu'elle ne propose pas un "modèle" pouvant être appliqué tel quel à la "réalité politique de l'Union européenne". Cela vaudrait la peine d'"examiner ensemble les deux projets, l'allemand et le français", estime l'ancien président du PE, qui dit à M. Jospin: "Le projet SPD ne veut pas faire des Etats membres de l'Union des Länder d'une "République fédérale européenne", et le développement du Conseil comme chambre d'Etats serait très éloigné du modèle du Bundesrat".
La contribution de M. Jospin "révèle une ambition forte (...) nous l'applaudissons avec enthousiasme», a déclaré la socialiste française Pervenche Berès, qui salue notamment l'idée d'un traité social européen, la proposition d'une directive-cadre pour les services publics, l'affirmation de la «vocation fédérale de l'Union» au travers d'une constitution dans laquelle la Charte aurait toute sa place ainsi que la réforme du mode de scrutin pour les élections européennes.
L'élue du PDS allemand Sylvia-Yvonne Kaufmann se félicite quant à elle de la volonté de M. Jospin de recentrer le débat sur les objectifs politiques de l'Union au lieu de s'en tenir aux réformes institutionnelles, et salue la proposition visant à créer un fonds d'actions conjoncturelles.
«Jospin rejette les plans de Schröder», décrète l'élue autrichienne du FPÖ Daniela Raschhofer, qui estime que «le moteur franco-allemand de l'intégration est hors service». Et, alors que «l'implication des parlements nationaux" lui tient " vraiment à coeur», elle doute de la possibilité de créer un "Congrès".
La présidente du PE, Nicole Fontaine, dans une réaction à titre personnel, apprécie le fait que M.Jospin ait identifié les "grands problèmes actuels de société" mais, concernant les institutions, elle estime que le premier ministre n'a pas "osé aller jusqu'au bout de la logique fédéraliste". Quant à l'idée d'un "Congrès" (surtout ayant un "caractère permanent"), elle y voit des risques de "confusion institutionnelle". Mme Fontaine rappelle enfin qu'elle a dit, à titre personnel, que la possibilité de dissolution du Parlement européen ne la "choque pas dans son principe"; cependant, souligne-t-elle, "une telle éventualité devrait répondre à des règles précises de caractère exceptionnel, telles, par exemple, deux censures rapprochées de la Commission".