Bruxelles, 29/05/2001 (Agence Europe) - Le Président de la Banque centrale européenne (BCE) Wim Duisenberg a clarifié la récente décision de la BCE de baisser de 25 points son principal taux directeur. Lors d'un échange de vues, mardi, avec la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, il s'est voulu rassurant sur l'introduction des pièces et billets en euros au 1er janvier 2002, sans pour autant éviter le scepticisme de bon nombre de députés sur le refus de la BCE de pré-alimenter les citoyens en billets en euros avant l'échéance.
Pour justifier la baisse des taux d'intérêt réalisée le 10 mai dernier, décision qui a surpris les marchés, M. Duisenberg a mis en avant "le ralentissement plus prononcé que prévu" du taux de croissance de l'agrégat monétaire M3 - l'indicateur avancé d'inflation, fétiche de la BCE. La BCE avait déjà invoqué des "distorsions" du M3 liée à l'inclusion de titres négociables à court terme détenus par des non-résidents de la zone euro. Cette anomalie comptable aurait conduit à gonfler artificiellement cet agrégat de 1%, un chiffre annoncé pour la première fois ce mardi. Les estimations corrigées ramènent le M3 sous le taux de 4,5% fixé par la BCE pour procéder à une baisse des taux. Par ailleurs, Wim Duisenberg a rappelé le contexte dans lequel l'Institut de Francfort a pris sa décision: une détérioration de la croissance économique mondiale prévue pour 2001, alors que les perspectives de croissance de la zone euro restent robustes et sont accompagnées d'un taux d'inflation qui reste en ligne avec la définition de la BCE de la stabilité des prix à moyen terme. Selon lui, "les facteurs qui ont maintenu l'inflation au-delà du taux de 2% depuis le milieu de l'année 2000 devraient diminuer graduellement, et faire en sorte que l'inflation annuelle commence à chuter cette année pour arriver sous ce taux en 2002". Cette prévision de moyen terme, liée au caractère temporaire de plusieurs facteurs (BSE, fièvre aphteuse), a été déterminante aux yeux de M. Duisenberg. Il a encouragé à poursuivre la modération salariale et a précisé que la BCE continuera à surveiller tout risque d'instabilité des prix, qui serait dû en particulier à un effet secondaire du choc pétrolier provoquant une augmentation des salaires.
Les députés ont exprimé des doutes sur l'impact de la baisse des taux d'intérêt. "25 points, c'est s'arrêter à mi-chemin (…) ce n'est pas votre mission de surprendre les marchés", a déclaré Robert Goebbels (socialiste luxembourgeois). M. Duisenberg a répliqué que "ce n'est pas la politique de la BCE d'agir par surprise" et qu'il préférerait avertir d'une baisse des taux, mais que, dans ce cas précis, cela n'avait pas été possible. Christopher Huhne (libéral britannique) a incité la BCE à revoir sa manière de communiquer ses décisions. Interrogé sur le besoin de publier le résultat des votes au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE, M. Duisenberg a répondu qu'il ne jugeait pas cela utile et que la transparence était garantie par une information régulière lors de conférences de presse.
Wim Duisenberg s'est voulu rassurant sur l'introduction des pièces et billets en euros. "Les défis du basculement vers l'euro ne doivent pas être sous-estimés. Je n'ai aucune indication qui pourrait remettre en doute l'efficacité des préparatifs importants et méticuleux qui garantiront une opération réussie et fluide", a-t-il déclaré. Il a précisé que 50% des billets de banque à mettre en circulation pour le 1er janvier 2002 ont été produits au mois d'avril, soit, hors stocks de réserve, 70% des besoins. Il a insisté sur le fait que la BCE ne reviendra pas sur sa décision de ne pas pré-alimenter le public en billets. "Les raisons de cette décision sont toujours valables et il n'existe, selon nous, aucun élément nouveau qui justifierait une nouvelle réflexion sur cette question à ce moment avancé des préparatifs", a dit le président de la BCE. Il a rappelé qu'une série de mesures seraient prises pour que le basculement se fasse sans difficulté pour les détaillants et pour décourager le faux-monnayage. Les caractéristiques de sécurité des billets seront révélées le 30 août, juste avant la pré-alimentation des banques. En vain, plusieurs membres de la commission parlementaire, dont la présidente Christa Randzio-Plath (sociale-démocrate allemande) et Pervenche Berès (socialiste française), se sont montrés critiques face à l'inflexibilité de la BCE à l'égard de la pré-alimentation du grand public. Face aux doutes formulés par Robert Goebbels sur la capacité des distributeurs automatiques de délivrer une variété suffisante de billets en euros, M. Duisenberg a affirmé que dans plusieurs pays, 100% des billets seraient distribués durant les premiers jours (Belgique, Allemagne, Luxembourg, Autriche), entre 90 et 100% dans d'autres (Espagne, Grèce, Pays-Bas, Italie) et "à peine" 62% en France. Par ailleurs, interrogé par Theresa Villiers (conservatrice britannique) sur le coût du passage à l'euro, il a révélé qu'il s'élèverait à un montant situé "entre 0,3% et 0,8% du PIB" des pays membres (entre 20 et 50 milliards d'euros). Au cours de l'échange de vues, il a remis en cause la représentativité du président de l'Eurogroupe alors qu'il lui était demandé s'il acceptait une réunion avec les présidents de la Commission européenne, du Parlement et l'Eurogroupe. D'accord sur le principe, il a déclaré à brûle-pourpoint: "reste à voir comment le président de l'Eurogroupe peut s'exprimer au nom des onze".