Bruxelles, 04/05/2001 (Agence Europe) - Wolfgang Schäuble, l'ancien président de la CDU allemand qui joue actuellement un rôle clé dans le groupe de travail du Parti Populaire Européen (PPE) chargé de réfléchir sur l'avenir institutionnel et constitutionnel de l'Union européenne, a plaidé pour l'adoption, en 2004, d'un Traité constitutionnel ("Verfassungsvertrag") qui devra délimiter clairement les compétences entre Etats membres (et leurs entités fédérées) et institutions européennes, et définir "en termes clairs et compréhensibles" la finalité de l'intégration européenne. "Pour vraiment promouvoir la transparence, le soutien public et la compréhension des citoyens pour l'idée européenne, nous serons obligés d'expliquer exactement aux citoyens de quoi il s'agit et ce que nous voulons", a dit M.Schäuble jeudi soir à Bruxelles devant un groupe de journalistes. Dans ce contexte, une délimitation claire et nette des compétences entre les instances nationales et européennes est particulièrement importante, a-t-il souligné, en affirmant qu'il ne faut pas aller jusqu'à mettre en cause le rôle et l'existence même des Etats nationaux: "Ce n'est pas ce que veulent les citoyens", a-t-il dit. Le futur traité constitutionnel de l'UE devra être "un tout nouveau traité", et ne pas être une simple extension de traités existants, a-t-il ajouté.
M.Schäuble (qui a indiqué que le PPE devrait être en mesure de présenter ses idées sur le futur Traité constitutionnel avant la fin de la Présidence belge du Conseil de l'UE, au cours du second semestre de cette année) s'est dit parfaitement conscient du fait que le terme "constitution" suscite des irritations, voire même une ferme opposition de principe dans plusieurs pays membres, dont notamment le Royaume-Uni. Cela ne doit cependant pas empêcher un débat de fond sur l'avenir de l'Europe, estime M.Schäuble, tout en mettant en garde contre un débat "entièrement focalisé sur la terminologie". Chaque partenaire européen devra bien expliquer à quoi il songe réellement lorsqu'il propose quelque chose, "car les divergences portent très souvent davantage sur la terminologie que sur la substance même", a-t-il estimé. "Nous devrions éviter de nous disputer sur des banalités, et nous concentrer sur les véritables questions de fond", a remarqué M.Schäuble, pour qui les divergences de fond entre les Etats membres ne sont pas insurmontables.
M.Schäuble a réagi de manière globalement positive aux récentes idées du chancelier et président du SPD Gerhard Schröder (voir EUROPE d'hier, pp.3/4), essentiellement parce que -a-t-il noté- elles tiennent compte en partie des revendications formulées depuis longtemps par le PPE. Selon lui, le papier du chancelier Schröder était "plutôt motivé par des soucis de politique intérieure, à savoir de ne pas laisser à la CDU le monopole de la politique européenne", ce qui n'est "pas mauvais en soi, car une certaine compétition sur les questions européennes peut être constructive".
M.Schäuble a cependant fortement critiqué le manque de coordination et de consultation entre les gouvernements allemand et français sur l'avenir de l'Europe, y compris en ce qui concerne les récentes propositions de M.Schröder. "Le moteur franco-allemand doit être la pièce centrale de l'intégration européenne. Il ne suffit pas de dire que les relations sont stables et normales. Elles doivent être qualitativement supérieures à des relations normales" entre deux partenaires européens, a-t-il estimé. M.Schäuble s'est aussi prononcé en faveur d'une "participation sur pied d'égalité" des pays candidats au débat sur l'avenir de l'Europe.