Bruxelles, 03/04/2001 (Agence Europe) - La réflexion sur l'opportunité d'intégrer le souci de préserver la nature et de conserver la biodiversité dans les politiques sectorielles de l'Union, en tant qu'instrument d'une stratégie future de développement durable, a progressé d'un pas lors du Conseil informel Environnement du week-end dernier à Kiruna (Suède). Au cours de la conférence de presse finale, Kjell Larsson, le ministre suédois qui avait présidé les travaux, s'est félicité de l'échange de vues fructueux entre les ministres et Caroline Jackson, présidente de la commission parlementaire de l'environnement, sur les conséquences de l'élargissement de l'Union sous l'angle de la biodiversité. "Notre discussion a porté à la fois sur le grand potentiel des pays candidats qui apporteront au patrimoine de l'Union des richesses considérables en termes de nature et de biodiversité, mais aussi sur certains problèmes environnementaux potentiels liés à l'élargissement futur de l'Union", a précisé M. Larsson. Margot Wallström, Commissaire à l'environnement, a, pour sa part, salué «les très bonnes idées » émises par le Conseil pour développer une vision commune d'un domaine d'action identifié par la Commission comme prioritaire. « Ces suggestions serviront de lignes directrices pour les Etats membres. Il conviendra ensuite que chacun d'entre eux adopte un plan d'action national sur la nature et la biodiversité », a déclaré Mme Wallström en estimant que la session de Kiruna avait offert «une bonne plate-forme pour de nouvelles actions ».
Le président et la Commissaire ont estimé à l'unisson que des progrès avaient été faits dans la préparation de la stratégie de développement durable de l'Union, que le Sommet européen de Göteborg adoptera en juin. Les ministres ont en effet été invités à recueillir les réactions de leur pays sur le document de consultation de la Commission (voir EUROPE du 30 mars, p. 9), en vue d'organiser éventuellement une session extraordinaire du Conseil à la fin mai pour discuter de cette stratégie future.
Interrogée sur le bilan qu'elle dresse de la mise en œuvre de la Convention cadre des Nations unies sur la diversité biologique signée en 1992, Margot Wallström a fait état d'une «reconnaissance grandissante de la nécessité de protéger la biodiversité et d'une prise de conscience accrue des liens entre santé et environnement ». Estimant que la mise en œuvre de la législation communautaire existante laisse toutefois à désirer, elle a appelé à "revitaliser le débat sur le réseau Natura 2000", tout en faisant observer qu'en dépit du retard accusé dans l'établissement de ce réseau, l'Union européenne était la seule, au niveau mondial, à avoir pris pareille initiative. Les plans d'action proposés par la Commission pour intégrer les préoccupations de conservation de la biodiversité dans quatre politiques sectorielles de l'Union (voir EUROPE du 29 mars, p.11) constituent, à son avis, «un point de départ historique ».
Voici les conclusions informelles de la Présidence du Conseil:
les politiques actuelles de l'Union ne sont pas suffisantes pour inverser la tendance alarmante à l'accélération de la perte de biodiversité en Europe (disparition de 60% des zones humides sous la pression de l'agriculture de plus en plus intensive, deux tiers des habitats naturels menacés dans certains pays, menaces pesant sur 38% des espèces d'oiseaux et sur 45% des papillons) ;
intégrer les préoccupations liées à la conservation de la biodiversité dans toutes les politiques sectorielles (en particulier dans les secteurs de l'agriculture, la pêche et les forêts) est une nécessité. Les quatre plans d'action proposés par la Commission en matière d'agriculture, de pêche, d'utilisation des ressources naturelles et de coopération au développement constitueront un complément important aux plans d'action nationaux visant à améliorer la conservation de la biodiversité en Europe ;
les gouvernements nationaux et les autorités locales ont un rôle important à jouer dans la mise en œuvre de ces plans, et l'intensification de la coopération internationale sera requise pour conserver certaines espèces menacées comme le loup. Le Sommet mondial pour le développement durable (Johannesbourg en 2002) représentera, à cet égard, une étape décisive ;
l'accession à l'Union de nouveaux pays augmentera le patrimoine communautaire, en raison de la biodiversité souvent intacte dans les pays d'Europe centrale et orientale, grâce aux pratiques traditionnelles d'utilisation des sols, mais parfois menacée par un développement économique inadéquat. Il est donc important de développer des politiques intégrées pour permettre aux pays candidats de conserver et d'utiliser durablement leur biodiversité ;
Il convient d'adopter une vision plus exhaustive de la question par des stratégies portant à la fois sur les terres agricoles, les écosystèmes marins (dont la préservation a jusqu'à présent été largement ignorée par l'Union et qui, à ce titre, devra constituer une priorité de l'agenda communautaire), l'environnement urbain, etc.
des changements radicaux sont requis dans la politique agricole commune et dans la politique commune de la pêche pour promouvoir et restaurer la biodiversité dans les terres cultivables et les écosystèmes marins.
l'Europe étant constituée d'un tiers de forêts, il convient d'élaborer une stratégie de conservation de la biodiversité des paysages forestiers;
les répercussions, sur la biodiversité, de la dissémination volontaire des organismes génétiquement modifiés dans l'environnement doivent être dûment prises en compte ;
le lien entre la biodiversité et les pratiques traditionnelles doit être examiné, notamment dans le domaine agricole ;
la dimension sociale de la conservation de la nature et de la biodiversité devra être renforcée pour assurer un développement durable du point de vue écologique, économique et social ;
une politique rigoureuse de lutte contre les changements climatiques est d'une importance cruciale pour préserver la biodiversité. A la demande de la Belgique, qui à partir de juillet, assurera la Présidence du Conseil, les ministres sont convenus d'examiner l'opportunité d'organiser, avant la reprise des négociations internationales sur le climat (COP 6, à la mi-juillet), une réunion d'experts pour mieux comprendre les liens entre les changements climatiques et la biodiversité.