Bruxelles/Genève, 28/03/2001 (Agence Europe) - L'Union et le Japon estiment que l'élan en faveur d'un nouveau cycle de négociations commerciales est en train de renaître à Genève où ils co-présidaient, ce mardi, une session d'évaluation informelle à laquelle participaient une vingtaine d'acteurs-clés de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)... à l'exception notable, cependant, des Etats-Unis.
Cette réunion informelle, qui s'est tenue à Genève, a rassemblé des représentants du monde en développement et industrialisé (Afrique du Sud, Australie, Brésil, Canada, Chili, Egypte, UE, Hong-Kong, Hongrie, Inde, Japon, Corée, Malaisie, Mexique, Maroc, Nouvelle-Zélande, Singapour, Suisse, Thaïlande, Turquie, Secrétariat de l'OMC), en vue d'évaluer les perspectives pour un nouveau cycle de négociations sur la libéralisation du commerce mondial et la possibilité de le lancer dès novembre prochain à l'occasion de la IVème conférence ministérielle de l'institution. Pour les Européens et les Japonais, le résultat est probant, bien qu'un "effort considérable reste à accomplir au cours des prochains mois": "le sentiment généralement partagé est que nous devrions essayer de lancer les négociations au Qatar plus tard cette année et nous sommes certainement mieux préparés pour y parvenir qu'au même stade précédant Seattle", ont souligné le Directeur général du Commerce à la Commission européenne Mogens Peter Carl et le vice-Ministre des Affaires étrangères du Japon Yoshiji Nogami, qui présidaient la session. "Beaucoup craignent un ralentissement de l'économie mondiale et un retour au bilatéralisme et ils considèrent d'autant plus nécessaire, dans un tel contexte, de relancer le processus multilatéral", ont-ils précisé dans une déclaration publiée à l'issue des travaux. Ils ont également noté que "tout le monde semblait intéressé de réduire les différences et de faire des progrès" en vue de la IVème conférence ministérielle de l'OMC, qui se tiendra à Doha, du 9 au 13 novembre.
L'un des principaux obstacles qui restent à surmonter procède des difficultés qu'ont les pays en développement à mettre en oeuvre les engagements qu'ils ont souscrits avec leurs partenaires industrialisés à l'issue du cycle d'Uruguay. "Il nous faut faire des progrès en prenant des décisions avant le Qatar sur quelques-unes de ces préoccupations", ont constaté MM.Carl et Nogami, en indiquant que tous les participants avaient exprimé le voeu d'y parvenir en explorant, d'ici là, une approche "plus pragmatique". Ils ont observé que "nombre de pays en développement cherchent un meilleur accès au marché et des règles commerciales nouvelles ou révisées qui concourent directement à leur croissance et développement".
Les discussions ont été "pratiques et prospectives", incluant non seulement la problématique de mise en oeuvre mais aussi certaines des questions les plus épineuses à l'ordre du jour de l'OMC, notamment l'accès au marché, les instruments de défense commerciale (surtout l'antidumping), l'investissement, la concurrence et l'environnement. Sur l'accès au marché, "d'autres" pays ont rejoint l'Union en se disant ouverts à des négociations mais à condition que d'autres domaines qui leur semblent prioritaires soient aussi abordés. Le Japon et plusieurs pays en développement ont quant à eux clairement signifié la priorité que revêt à leurs yeux l'inclusion de l'antidumping dans le cycle, tandis que les Européens, circonspects mais "ouverts", ont insisté sur la nécessité de veiller à ce que les négociations soient praticables. Par ailleurs, ceux qui prônent, avec l'Union, l'insertion de l'investissement et de la concurrence dans l'agenda du cycle ont considérablement tempéré leurs ambitions au cours de l'année passée, si bien que la question n'est plus de savoir "si nous négocions ces sujets" mais "comment devrions nous les aborder à l'OMC", a noté M.Carl. C'est, selon lui, "une reconnaissance de "notre bonne volonté. Beaucoup argumentent et nous acceptons que les règles de base (à définir) dans ces deux domaines se doivent d'être favorables au développement". Sur l'environnement et la sécurité des consommateurs, les participants se sont divisés: certains ont admis qu'il est nécessaire de clarifier les règles plutôt que de le laisser faire par des panels ou des gouvernements individuels par le truchement de mesures unilatérales, tandis que d'autres s'inquiètent d'ouvrir la voie au protectionnisme. En général, il semble qu'il "faudra donner de sérieuses garanties aux membres sur le fait qu'une clarification des règles commerciales et environnementales ou sanitaires connexes ne peut donner lieu à des discriminations, ni à des restrictions commerciales indues", observe-t-on à la Commission européenne. La problématique sociale, qui suscite encore l'appréhension du monde en développement, a été soulevée par les participants qui ont confirmé la diversité de leurs positions mais aussi le consensus contre le recours éventuel à des sanctions commerciales.
Enfin, l'Union et le Japon sont convenus pour leur part que la déclaration multilatérale sur le lancement du cycle devra être brève mais très claire sur l'objet des négociations afin d'éviter de possibles malentendus.