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Bulletin Quotidien Europe N° 7934
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/macedoine

M.Solana et l'ambassadeur macédonien soulignent le rôle du futur accord avec l'UE- Impact du problème non réglé du Kosovo pour toute la région - Les Albanais de Macédoine ne sont pas "une minorité quelconque", mais Skopje ne veut pas céder à la pression

Bruxelles, 28/03/2001 (Agence Europe) - Javier Solana, Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité de l'UE, est venu mercredi, à sa propre demande, informer la commission des affaires étrangères du Parlement européen, présidée par Elmar Brok, sur les résultats obtenus lors des missions effectuées par lui-même et la Troïka de l'UE au cours des derniers jours à Skopje, afin d'essayer de ramener le calme après les attaques d'extrémistes albanais à la frontière macédonienne. M. Solana, qui était rentré de Skopje mardi, a souligné en particulier que l'opération conduite dimanche par les forces de l'Arym dans les collines surplombant la ville de Tetovo avait été une "réaction proportionnée", réalisée pratiquement sans aucune perte civile (voir EUROPE d'hier, p.4, au sujet de la visite de Javier Solana et Lord Robertson). Lundi soir, à Skopje, j'ai trouvé le président et le premier ministre macédoniens bien plus confiants, alors que les partis albanais étaient "d'une grande nervosité", a précisé M. Solana, qui a rencontré les leaders albanais lundi à Skopje et mardi à Tetovo. Je leur ai dit que, pour réaliser leurs aspirations, ils doivent travailler dans le cadre des "institutions de l'Etat", et ce message a eu un certain impact, a ajouté M. Solana, en notant que le DPA a finalement décidé de rester au sein de la coalition gouvernementale à Skopje, et que le PDP a indiqué que son boycottage des travaux du parlement macédonien était seulement temporaire. Aux leaders macédoniens, j'ai dit qu'il fallait montrer aux citoyens albanais qu'ils avaient une réelle chance de promouvoir leurs intérêts par des moyens politiques, a déclaré M. Solana, tout en reconnaissant que la réaction du président Trajkovski, du premier ministre Georgievski et du ministre des Affaires étrangères Kerim avait montré que "ce n'était pas pour eux une voie facile à suivre". "Finalement, je crois, j'ai pu les convaincre qu'un clair geste politique vers la communauté albanaise était nécessaire", si on voulait maintenir la coopération avec les partis albanais, a affirmé "Monsieur Pesc", qui a suggéré que l'Accord de stabilisation et d'association que l'UE doit signer avec Skopje le 9 avril soit utilisé comme "cadre pour un nouveau dialogue", et que les leaders des principaux partis des deux communautés créent une "Commission pour l'Europe" , permettant de développer un "vaste dialogue sur les réformes visant à rapprocher l'Arym de l'Europe". Une telle Commission ne serait pas perçue comme "une concession aux extrémistes", a souligné M. Solana, pour qui "ce serait une bonne idée que tous les partis impliqués participent à la cérémonie de signature du 9 avril, symbolisant ainsi l'unité de l'Arym dans son chemin vers l'Europe". M. Solana a par ailleurs rappelé qu'il avait demandé l'envoi dans l'Arym de 6 moniteurs supplémentaire de l'UE, afin qu'"ils contribuent à la mise en place de mesures de confiance", a relevé l'effort accru de la KFOR pour contrôler la frontière avec le Kosovo, et affirmé qu'il faut remplir "d'urgence" les lacunes de financement de la future Université de Tetovo (ou Université de l'Europe du Sud-Est: NDR).

L'ambassadeur macédonien affirme que le gouvernement n'a pas attendu les attaques extrémistes
pour promouvoir les droits des Albanais

L'ambassadeur de Macédoine auprès de l'UE s'est attaché à rappeler aux députés ce que les gouvernements de Skopje ont déjà fait, sans attendre la pression violente des extrémistes, pour encourager la participation des Albanais dans les institutions du pays. Ces attaques nous ont frappés juste au moment où les valeurs fondamentales de l'Europe commençaient à s'affirmer chez nous et à avoir des résultats aussi dans les relations interethniques, a-t-il dit. Depuis 1991, nous avons des ministres albanais dans nos gouvernements, et le gouvernement actuel compte cinq ministres du Parti démocratique albanais (y compris dans deux ministères importants comme ceux de la Justice et du Gouvernement local), alors que les autres partis albanais sont représentés à notre parlement, a signalé l'ambassadeur. Et il s'est exclamé: "Le dialogue n'est pas quelque chose que nous conduisons sous la pression, c'est un processus". Les récentes attaques ne sont pas seulement dues à des revendications en matière de droits de l'homme, et leurs "causes profondes sont beaucoup plus graves", a affirmé l'ambassadeur, en notant que le récent accord entre Skopje et la Serbie sur la délimitation des frontières "n' a pas été si bien perçu" au Kosovo et que l'entrée (limitée) de forces serbes dans la zone de sécurité terrestre au sud de la limite administrative entre Kosovo et Serbie restreint évidemment "la marge de manoeuvre" non seulement pour les extrémistes, mais aussi pour les "actes criminels" de ceux qui ont pu jusqu'ici poursuivre impunément des "activités illégales dans la région".

Quant aux mesures positives concrètes en faveur des albanophones, l'ambassadeur a souligné: - l'importance de mettre l'Université de l'Europe du Sud-Est en mesure de fonctionner dès la prochaine rentrée (septembre-octobre). En rappelant qu'existe déjà une "Université de Tetovo" illégale, l'ambassadeur a souligné le rôle par l'Envoyé de l'OSCE pour les minorités Max van der Stoel en faveur de la mise en place de cette nouvelle université (pour les albanophones); - le projet de loi sur le gouvernement local, qui assurera une plus grande décentralisation, et qui était déjà programmé par le gouvernement avant les récentes violences; - l'ouverture d'un canal de télévision exclusivement en albanais (c'est un exercice financièrement et techniquement difficile, a-t-il remarqué).

M. Solana défend le rôle joué par la KFOR - Mme Pack et M. Cohn-Bendit:
il doit se passer quelque chose au Kosovo

"Concentrez-vous sur la Macédoine, c'est l'Europe", a dit à M.Solana le président du groupe du PPE/DE, Hans-Gert Pöttering, qui a souligné en particulier l'importance, dans un contexte si fragile, du "langage" utilisé (l'élu de la CDU a notamment regretté que personne n'ait contredit le président Poutine lorsque, vendredi dernier à Stockholm, il a comparé devant la presse la situation en Macédoine à celle en Tchétchénie). Le social-démocrate autrichien Hannes Swoboda, rapporteur du PE sur la question, a souhaité que le Parlement puisse donner son feu vert dès la semaine prochaine à l'Accord UE/Arym, et, en estimant qu'un peu moins de 30% de la population, ce n'est pas "n'importe quelle minorité", il s'est demandé s'il ne faudrait pas considérer la population albanophone non pas comme une minorité, mais comme "un élément constituant" de l'Etat macédonien. Il faut, tout en tenant compte de la différence de poids, parvenir à une "égalité de base" entre les deux populations, afin que les Albanais s'identifient à la Macédoine et la considèrent "leur propre pays", a affirmé M. Swoboda. Doris Pack (élue de la CDU, présidente de la Délégation du PE pour les relations avec l'Europe du Sud-Est) était d'accord avec lui, et a affirmé que les véritables causes de la crise en Macédoine doivent être recherchées dans l'absence de solution au Kosovo. Il ne se passe rien là-bas, il faut faire quelque chose, s'est-elle écriée. Et le Vert allemand Daniel Cohn-Bendit a renchéri: tant qu'il n'y aura pas de solution à long terme de la question du Kosovo, il y aura toujours le "rêve de la grande Albanie". Et il a incité l'Europe à oeuvrer pour une telle solution, sans attendre les Américains, "qui n'ont rien à cirer sur ce qui doit se passer au Kosovo". M.Solana s'est dit certain que le nouveau responsable de la Minuk, M.Haekkerup, parviendra à organiser un processus électoral au Kosovo avant la fin de l'année. Quant à ceux qui plaident pour l'égalité entre Macédoniens slaves et albanais, Javier Solana leur a dit que le préambule de la Constitution de l'Arym "devrait être changé" (je pense que le gouvernement de Skopje le reconnaît même s'il ne veut pas le dire, a-t-il remarqué).

C'est vrai, le problème du Kosovo n'est pas réglé, mais nous sommes tenus par la Résolution 2244 du Conseil de sécurité, a répliqué Javier Solana, qui a utilisé le même argument face à ceux qui ont critiqué la KFOR et estimé qu'elle aurait pu agir plus vite dans la crise macédonienne. Le gouvernement et le parlement macédoniens ont, pour le moment, dit qu'ils ne veulent pas de troupes étrangères sur leur sol, alors qu'ils sont actuellement assistés par des conseillers étrangers sur les questions militaires et de police, a souligné (en répondant notamment à Arie Oostlander, démocrate-chrétien néerlandais) M. Solana, qui a par ailleurs rappelé qu'il est impossible de "fermer hermétiquement une frontière difficile" comme celle entre la Macédoine et le Kosovo (le général Cabigiosu, commandant de la KFOR, me l'a encore dit hier, a-t-il signalé). Nous devons "briser ce cycle" de violence "prévisible" en utilisant "le bâton et la carotte", a estimé pour sa part le conservateur britannique Geoffrey van Orden, tandis que l'élu du PDS allemand Andre Brie (Gauche unitaire) a noté que, alors que le commandant de la KFOR de l'époque, le général Jackson, avait annoncé la démilitarisation complète de l'UCK, un an après on avait appris qu'on avait trouvé chez les Albanais une quantité double d'armes. Il n'y a pas de contradiction entre ces deux informations, car il y a eu effectivement délimitarisation, mais le désarmement total de la population est très difficile à réaliser, lui a répondu M.Solana, en rappelant qu'"il y a des armes pratiquement dans chaque maison".

Parmi les autres députés intervenus, la Baroness Nicholson (libérale démocrate britannique) a salué cet exercice de transparence de la part de M.Solana, en reprochant au Conseil de l'UE son opacité, alors qu'une autre libérale démocrate britannique, la Baroness Sarah Ludford, s'est félicitée de ce que "nous disions tous Macédoine, et pas cette sottise d'Arym". Le Vert néerlandais Joost Lagendijk s'est inquiété du financement de l'Université de l'Europe du Sud-Est (et M. Solana lui a dit que le financement de la Commission viendra à temps, mais qu'il faudra aussi des contributions des Etats membres), alors que l'élu de la Liste Bonino Olivier Dupuis a souhaité que la Macédoine soit sur la liste des pays candidats à adhérer à l'UE. "On va y arriver, anticipons", a-t-il lancé. Mais M.Solana lui a répondu que la solution d'un l'Accord de stabilisation et d'association prônée au sommet de Zagreb était "une décision sage"… Enfin, M. Solana a estimé que la situation générale avait évolué dans un sens positif, en essayant de rassurer Demetrio Volcic (Democratici di sinistra, italien né à Lubiana), qui craignait une nouvelle vague d'"irrédentisme" dans la région.

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