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Bulletin Quotidien Europe N° 7929
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) acp/ue

Témoignage d'Aldo Ajello à l'atelier sur la prévention des conflits, lors de la session de l'Assemblée parlementaire paritaire

Libreville, 22/03/2001 (Agence Europe) - A l'atelier sur la prévention et la résolution des conflits en Afrique centrale (présidé par M. Rawiri, président du Sénat gabonais), organisé par l'Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE actuellement en cours à Libreville, Aldo Ajello, l'émissaire de l'Union européenne dans la région des Grands Lacs africains, a déploré que la prévention des conflits constitue un "non événement" parce qu'elle n'intéresse pas les médias, et qu'à des problèmes politiques soit généralement apportée une réponse militaire alors qu'il n'existe pas de solution militaire aux problèmes politiques. Aldo Ajello a dénoncé le "festival des erreurs de la communauté internationale" qui, en toute connaissance de cause, a laissé se consumer le génocide au Rwanda et entrer les Interhamwes au Zaïre. Evoquant la situation post-conflit, il a souligné qu'"un génocide n'est pas une guerre civile comme les autres car on ne peut pas réinsérer ceux qui l'ont commis", et il a insisté sur la nécessité de résoudre la question de sécurité qui préoccupe le Rwanda. "Quand le chapitre des prisons surpeuplées sera clos on pourra commencer à parler de réconciliation dans ce pays", a-t-il ajouté. Quant à la question de "la démocratisation dont tout le monde parle, il n'y a pas de recette préfabriquée", a estimé M. Ajello. Il faut, selon lui, établir des règles de base séparant la démocratie de la dictature, en offrant la possibilité au peuple de changer de dirigeants politiques et en garantissant le respect des libertés et des droits de l'homme. "Le reste ne nous regarde pas", a-t-il ajouté.

Au cours d'une conférence de presse, Aldo Ajello a rendu compte de ses entretiens fructueux avec le président gabonais Omar Bongo et son ministre des Affaires étrangères Jean Ping, à propos de la médiation en République démocratique du Congo et au Burundi.

S'agissant de la RDC, M. Ajello a rendu un hommage appuyé au "travail remarquable du président Bongo, très impliqué" et s'est félicité de sa disponibilité à "donner un coup de main" au facilitateur en RDC, Ketumile Masire (ancien Président du Botswana: voir EUROPE du 21 mars, p.4). A un journaliste qui lui demandait s'il partageait l'optimisme général induit par les gestes d'ouverture de Joseph Kabila, M. Ajello s'est déclaré "optimiste par définition" eu égard à ses fonctions, et a reconnu les qualités du nouveau président de la RDC. "Mais les problèmes ne sont pas aussi simples que ça", a-t-il ajouté, précisant qu'une résolution du conflit dans quelques semaines l'étonnerait grandement. Beaucoup reste à faire, a-t-il estimé: le Président Kabila doit "prendre son espace politique et définir des choses de base telles que les objectifs fondamentaux du dialogue intercongolais et l'identification des interlocuteurs pour un dialogue viable". M. Ajello a exprimé l'espoir que la rébellion répondra par la pareille aux gestes d'ouverture de Joseph Kabila. "L'expérience nous a appris que lorsque l'une des parties commence à bien se comporter, l'autre dérape, mais je n'ai aucune indication dans ce sens", a-t-il ajouté.

Concernant le Burundi, M. Ajello a précisé que ses entretiens ont porté sur la manière de poursuivre le dialogue "pour parvenir au moins à la suspension des hostilités", dans cette période où le processus de paix d'Arusha est en panne. "Nelson Mandela, facilitateur dans ce pays, apprécie beaucoup le rôle du président gabonais. J'ai une analyse similaire à celle du président Bongo et je l'ai assuré de l'appui total de l'Union européenne. Dans l'un et l'autre cas, Libreville sera la capitale centrale de la médiation", a-t-il conclu.

Glenys Kinnock plaide pour une culture de la prévention -
Jean Ping souligne le rôle joué par le Gabon

En ouvrant l'atelier, la députée travailliste britannique, Glenys Kinnock, rapporteur, avait souligné que l'UE doit s'attaquer à la question de la prévention et la résolution des conflits si elle veut garantir l'efficacité de sa politique de développement. "En Europe, la réponse apportée aux conflits dépend beaucoup des intérêts nationaux défendus. La gravité du conflit occupe une moindre place", a-t-elle expliqué. Evoquant les limites des solutions généralement apportées par l'Union - l'envoi de troupes pour rétablir l'ordre, la promotion des élections, ou le financement pour relancer l'économie - Mme Kinnock a souligné la nécessité d'apprendre à mieux anticiper les conflits pour s'attaquer à leurs causes, car "il ne faut pas oublier que le coût de la paix est moindre que le coût de la guerre". Et d'ajouter: "il faut s'écarter d'une culture de la gestion des conflits pour passer à la culture de la prévention", en examinant toutes les composantes pertinentes, telles que les implications du commerce (qui peut diviser), les contraintes de l'ajustement structurel, la Politique étrangère et de sécurité commune de l'Union, les moyens de faire participer la société civile au maintien de la paix. "Il n'y a pas de solution magique. La prévention implique un grand nombre de stratégies. Aucun des conflits survenus depuis 1990 n'a été traité de manière adéquate". Jean Ping (Gabon) a souligné à quel point la question est capitale pour l'Afrique, continent déchiré par des influences contradictoires: d'un côté" la multiplication des unions régionales et sous-régionales", et de l'autre "des forces de disjonction marquées par la montée inquiétante de micro-nationalismes et l'exacerbation, à un niveau jamais atteint auparavant, des tensions interethniques et des particularismes régionaux et nationaux". A l'exception des affrontements de type classique entre l'Ethiopie et l'Erythrée, les multiples conflits qui ont éclaté en Afrique ont pour caractéristique d'être des conflits intra-étatiques, a fait observer le ministre. Dans ce contexte, il a souligné les mérites et les succès de la diplomatie discrète menée par le Gabon - seul pays à n'avoir connu aucune guerre - pour désamorcer les tensions, œuvrer aux réconciliations nationales, au rétablissement ou au maintien de la paix en Angola, au Tchad, au Congo Brazzaville, en Centrafrique, au Burundi et en RDC. Soulignant que les conflits en Afrique prennent souvent des proportions dramatiques en raison de la précarité des structures d'assistance humanitaire qui elles-mêmes sont le reflet des faibles capacités économiques de la majorité des pays affectés, M. Ping a lancé un appel à l'Union européenne et aux institutions financières internationales pour "un traitement équitable de la dette des pays en développement".

Résumant devant la presse les résultats de l'atelier, Mme Kinnock a souligné qu'il convenait de traduire en actions les bonnes intentions, en s'attaquant à la pauvreté, aux inégalités socio-économiques et aux carences de la démocratie, "l'absence des piliers de la démocratie" et la répartition inéquitable des ressources étant souvent à l'origine des conflits en Afrique, "même lorsqu'ils revêtent un caractère ethnique, comme au Rwanda". "La politique de développement de l'Union doit tenir compte de la prévention des conflits dans tous les domaines", a déclaré Mme Kinnock en suggérant, à titre d'exemple, l'analyse d'impact du protectionnisme de l'Europe "qui peut créer des problèmes dans le secteur agricole des pays partenaires", l'analyse des répercussions possibles des sanctions imposées par l'Union à certains pays (les sanctions infligées à Haïti, par exemple, ont entraîné un afflux massif de réfugiés économiques haïtiens en République dominicaine, générateur de tensions, a-t-elle souligné), l'intégration, dans les programmes destinés à favoriser l'égalité entre hommes et femmes, d'une exigence d'implication des femmes dans les processus de paix, et ce "dès la négociation des accords de cessez-le-feu". Le contrôle plus strict de la vente d'armes aux pays en développement constituera, selon le rapporteur, le corollaire indispensable à une prévention efficace des conflits.

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