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Bulletin Quotidien Europe N° 7912
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

La relance de la coopération euro-mediterranéenne passe par une réflexion et une discussion franche sur les raisons profondes de l'échec actuel et par une révision des objectifs et des méthodes

La rhétorique officielle éteint tout élan. Nous ne savons pas si les observations et critiques citées hier, dans cette rubrique, à propos de la coopération euro-méditerranéenne, sont toutes justifiées. Elles peuvent sans doute être partiellement contestées et corrigées. Mais nous savons avec certitude que le processus de Barcelone ne pourra pas être relancé par le "discours officiel" fait d'affirmations rhétoriques et de réticences face à la réalité, mais seulement par un réexamen et par une discussion franche et ouverte sur les problèmes de fond évoqués hier. L'ambassadeur Antonio Badini, responsable en Italie des relations avec les pays tiers méditerranéens, a souligné la vivacité du débat diplomatique dont nous avons rendu compte par rapport aux réunions formelles euro-méditerranéennes auxquelles il a si souvent participé, où "tout élan s'éteint dans un langage conventionnel". L'année dernière, le commissaire européen Chris Patten avait mal commencé son analyse de la situation, en attribuant de manière simpliste les échecs à la lenteur et aux retards de l'Europe dans l'utilisation des ressources financières disponibles. Certaines de ses accusations étaient absurdes, concernant par exemple l'hôpital de Gaza ou la non-utilisation de crédits destinés à l'organisation de réunions. Heureusement, M. Patten avait lui-même corrigé le tir et, dans un "point de vue" publié dans Le Monde du 14 novembre dernier, il citait aussi les questions de fond: rythme décevant des réformes économiques, échanges commerciaux insuffisants entre les pays tiers méditerranéens (alors que "l'intégration du commerce Sud-Sud est la première condition" pour préparer le libre-échange), lenteur dans la négociation des accords d'associations, résultats insuffisants dans les domaines des droits de l'homme, de la prévention du terrorisme et des migrations illégales, implication insuffisante ou nulle de la société civile dans le processus de réformes.

L'unité méditerranéenne, un "lieu commun" ? Le débat entre les ambassadeurs italiens a indiqué trois causes de l'échec actuel: a) l'absence d'un modèle arabe de développement qui, tout en gardant ses racines dans l'Islam, permettrait aux pays tiers méditerranéens d'entrer dans le monde moderne et constituerait la base de la coopération avec l'Europe; b) l'absence de "dialogue culturel", en entendant par "culture" le mode de vie, les relations avec la religion, les systèmes juridiques, les structures économiques; c) la possibilité pour les immigrés musulmans de s'intégrer effectivement dans la société européenne et les répercussions de l'immigration (avec les incompréhensions qui en résultent) sur la coopération avec les pays d'origine. Selon l'ambassadeur Maccotta, l'unité méditerranéenne est un "lieu commun"; depuis la chute de l'Empire romain et la naissance de l'Islam, une ligne de division passe au milieu de la Méditerranée. Les moments d'harmonie ont été rares (l'Espagne arabe, la Sicile de Frédéric II) et les époques de confrontation bien plus nombreuses, avec les Croisades, la reconquête de Saladin, l'offensive ottomane arrêtée à Lépante et repoussée seulement à Vienne, la colonisation, la décolonisation parfois sanglante. A son avis, les tensions tendent plutôt à s'aggraver, et les ressemblances géographiques, climatiques ou alimentaires n'ont pas d'influence politique et ne constituent pas un lien entre les deux parties.

Il est possible et peut-être justifié de contester cette thèse extrême, mais on ne fera aucun chemin en évitant d'en parler et en s'en tenant au langage élusif et insignifiant des documents officiels (y compris ceux du Parlement européen). Il est vrai qu'en même temps l'ambassadeur Cataldo a estimé qu'il faut éviter les discours doctrinaires, car les Arabes y répondent avec "l'inutile discours tiers-mondiste qui bloque toute possibilité de progrès vers la compréhension réciproque"…

Le faux objectif de la zone de libre-échange. Un réexamen analogue est, à notre avis, indispensable à propos de l'objectif de la zone de libre-échange, qui serait ruineuse pour une partie de l'agriculture européenne et destructrice pour le développement de la contrepartie arabe. Un rapport du parlement français nous conforte dans cette conviction. Nous y lisons que, dans le monde arabe, la concurrence des produits européens "conduira à l'élimination des unités de production dont la survie dépend de l'existence de barrières protectionnistes (…) et aura des effets négatifs sur les recettes des Etats (les recettes douanières représentent 70% des recettes du Trésor libanais et 17% des recettes budgétaires tunisiennes)". A quoi s'ajoute le risque de détruire la structure même de la société musulmane.

L'UE aura-t-elle le courage de procéder à la réflexion et à la révision qui s'imposent? (F.R.)

 

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