Strasbourg, 15/02/2001 (Agence Europe) - Le Parlement européen, après avoir entendu, mercredi en plénière, la présidence suédoise et la Commission européenne au sujet du Conseil européen des 23 et 24 mars à Stockholm (voir plus loin), n'a finalement pas réussi à adopter une position majoritaire sur les suites du processus de Lisbonne. En effet, la plénière, après avoir voté plusieurs amendements, a finalement rejeté, par 199 oui, 219 non et 31 abstentions, la résolution du social-démocrate allemand Hans Udo Bullmann sur le "Conseil européen du printemps 2001: le processus de Lisbonne - la voie à suivre", sur laquelle il y a eu une forte polarisation entre gauche et droite (voir le résumé du rapport dans EUROPE des 12/13 février, p.15). Le rapporteur a regretté que le Parlement européen, après avoir réclamé des pouvoirs supplémentaires, se retrouve de fait sans position sur le sommet de Stockholm.
En revanche, la plénière a adopté (là encore, à étroite majorité, par 216 oui, 190 non et 23 abstentions) le rapport sur "l'impact de la libéralisation et du processus des réformes économiques sur la croissance économique de l'Union européenne" présenté par Carles-Alfred Gasoliba i Böhm, membre espagnol du groupe libéral, et discuté lors du débat commun sur le sommet de Stockholm. En adoptant ce rapport, le Parlement affirme en particulier que les pays où l'on constate la plus grande déréglementation et la plus grande flexibilité sur le marché du travail sont ceux qui ont connu la plus forte baisse du chômage et une croissance au-dessus de la moyenne, et plaide pour l'élimination des entraves au développement de synergies entre entreprises, centres de formation, écoles, universités et centres de recherche, ainsi que pour un rôle plus important des entreprises en matière de formation professionnelle et d'apprentissage. Par ailleurs, le PE insiste sur la poursuite du processus de la libéralisation dans les secteur du gaz, de l'électricité, des services postaux et financiers, ainsi que des transports, y compris par rail (tout en garantissant le niveau actuel de sécurité) et sur l'introduction de réformes du marché du travail permettant de promouvoir la mobilité et de rendre attractive pour les chômeurs l'acceptation d'offres d'emploi.
Au cours du débat, Hans Udo Bullmann a mis l'accent sur la cohésion sociale et sur la bataille pour le plein emploi, et s'est prononcé pour l'établissement d'objectifs ambitieux à Stockholm; à ceux qui affirment qu'il est difficile d'atteindre des objectifs concrets, il a répliqué en rappelant le chemin que l'Union avait réussi à parcourir après s'être fixé l'objectif de l'Union économique et monétaire. Le processus de Lisbonne, qui se poursuivra à Stockholm, est un processus global, a tenu à souligner le Commissaire chargé des affaires économiques et financières Pedro Solbes Mira, qui a illustré les principaux éléments du rapport de synthèse de la Commission européenne a l'intention du Conseil européen de fin mars (voir EUROPE du 8 février, p.6) au sujet de la conférence de presse du président Prodi). Pour sa part, le président du Conseil Lars Danielsson a indiqué que la présidence partage la priorité que M. Bullmann attribue à l'emploi, et a espéré que le sommet de Stockholm arrivera à adopter des objectifs intermédiaires en cette matière (rappelons que le Conseil européen de Lisbonne avait fixé l'objectif du plein emploi pour 2010). Nous ne voulons pas édulcorer le processus de Lisbonne, a affirmé M. Danielsson, qui a insisté en particulier sur le respect des engagements pris. A Stockholm, la présidence souhaite établir en particulier des calendriers pour la libéralisation des marchés du gaz et de l'électricité (comme d'ailleurs la Commission européenne: NDR), a dit le Secrétaire d'Etat suédois, qui a cité aussi parmi les autres priorités le rapport Lamfalussy sur les marchés financiers intégrés (voir autre page de ce bulletin), la société de l'information, les nouvelles technologies (y compris leur dimension éthique), les mesures visant à tenir compte du vieillissement démographique. Quant à M. Gasoliba i Böhm, il a, en analysant l'impact positif de la libéralisation et des réformes économiques, reconnu lui aussi la priorité de l'emploi, qui passe en particulier, a-t-il dit, par la réforme du marché du travail, l'amélioration de la formation professionnelle et la promotion de la mobilité. Le libéral belge Daniel Ducarme a évoqué pour sa part la nécessité du "service universel", mais aussi l'opportunité de "repenser et de réaménager ce concept", et de redéfinir le service universel "dans un nouvel environnement technologique": en particulier, M. Ducarme a estimé que l'Etat doit "limiter sa participation dans les grandes entreprises" et que le service universel doit "utiliser au mieux les nouvelles technologies et assurer au plus grand nombre, et en particulier aux citoyens les moins favorisés, une prestation de qualité".