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Bulletin Quotidien Europe N° 7895
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Quelques sourires pour oublier Nice

Je l'ai déjà écrit: il faudrait "oublier Nice", non pas dans le sens d'oublier le nouveau Traité (ce serait un désastre, car il doit encore être signé et ensuite ratifié par quinze Parlements) ni les "conclusions" autres qu'institutionnelles du Conseil européen (car elles sont, de plusieurs points de vue, utiles et positives), mais dans le sens de laisser définitivement derrière nous les malentendus, les incompréhensions, les rancœurs et les rancunes que le déroulement du Sommet avait suscités. Pour clore le chapitre, parlons une dernière fois de Nice sur un ton plus léger.

La meilleure boutade. L'incident est connu: les notes d'un membre de la délégation espagnole prises sur le vif pendant les débats du Sommet ont fini sur la table de la rédaction du journal El País, qui les a publiées (et Le Monde en a reproduit de larges passages). Leur lecture confirme que les débats ont été souvent âpres, parfois désagréables, mais non exempts de moments de détente et d'humour. Pour moi, la meilleure boutade a été celle du chancelier Schröder, pendant la discussion sur la future Commission européenne. Le renforcement des pouvoirs de son président était déjà acquis, et les chefs de gouvernement discutaient du nombre de commissaires. A l'issue de quoi, en considérant comme approuvé le principe "un Etat, un commissaire", M. Lipponen a observé: "personne, aujourd'hui, ne perd un Commissaire". A quoi le chancelier Schröder a répliqué: "Qui sait? Prodi peut en virer un…"

Le président agacé. Le front des petits pays a par moments énervé Jacques Chirac. Voici quelques phrases du président de la République française qui dirigeait les débats. "Je lance un appel aux petits pays. En cas de divergence sur un sujet important, 35% de la population n'auraient pas la minorité de blocage, 11% oui. Cela peut signifier la fin de l'Union européenne. Les plus grands pourraient dire que ça suffit comme ça, et qu'ils feront autre chose entre eux." Un peu plus tard: "Nous devons tous faire des efforts. Sur dix pas faits jusqu'ici, les grands en ont fait neuf. C'est une grande victoire pour les petits. Nous le faisons, mais nous n'allons pas remercier…". Et à M. Guterres: "Tu dis que les grands pays sont satisfaits? Les grands pays sont résignés".

Sur un plan plus général, Jacques Chirac avait dit: "Pour faire l'Europe, il faut une volonté et une vision, et aujourd'hui les visionnaires sont fatigués". Mais il n'avait pas précisé s'il parlait pour les autres, ou aussi pour lui-même.

Le dessin satirique le plus spirituel. Plusieurs caricaturistes ont commenté le Sommet de Nice. Je donnerais le premier prix à Plantu (Le Monde), qui a dessiné les Quinze très agités se chamaillant avec vigueur en faisant voler en l'air les étoiles du drapeau européen et, derrière la porte, les représentants des pays candidats à l'adhésion qui se disent: "Oh, que j'aimerais faire partie de ce club tellement ouvert et fraternel!".

Ce n'est pas mal, n'est-ce pas? Toutefois, après avoir souri, je me suis dit: combien de pays, en Europe et ailleurs, seraient heureux de résoudre leurs divergences par des discussions, même si elles sont souvent difficiles, même si elles traînent jusqu'à des heures indues, même si elles sont entrecoupées par des mesquineries et parfois par quelques propos désagréables! Comme seraient heureuses plusieurs populations extra-UE, les femmes et les enfants surtout, si cette méthode était généralisée. Les pays communautaires s'étaient combattus de manière affreuse jusqu'au moment où les "pères de l'Europe", soutenus par les peuples de leurs pays, ont décidé qu'il fallait mettre fin définitivement à ces horreurs et créer la Communauté. Depuis un demi-siècle, les querelles qui subsistent sont réglées en suivant les procédures communautaires. Même si parfois les discussions traversent des phases délicates et les accords tardent, la méthode survit, et elle vivra aussi longtemps que la volonté d'unir l'Europe. Et combien de pays de l'UE avaient traversé, avant leur adhésion, des expériences dictatoriales, privés de liberté et démocratie? Sans parler des deux pays fondateurs qui avaient connu auparavant le nazisme et le fascisme. Aujourd'hui, malgré quelques dérives mineures et momentanées, des aventures de ce genre sont devenues impossibles. Ne serait-ce pas une belle journée celle où les mêmes méthodes permettront de résoudre les conflits des Balkans occidentaux, en consolidant la paix, la stabilité et la liberté? Ou, un peu plus loin, les conflits entre Israéliens et Palestiniens? Ou dans le Caucase? Ou en Afrique?

Ces quelques considérations me font regarder d'un œil plus indulgent les querelles et les mesquineries de Nice. (F.R.)

 

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