Bruxelles, 24/01/2001 (Agence Europe) - A l'occasion de leur rencontre informelle à Nörrkoping (voir e.a. EUROPE du 20 janvier p.12), les ministres de l'Egalité des chances et de la Sécurité sociale de l'UE ont adopté des conclusions proposant des mesures concrètes de lutte contre l'inégalité entre les hommes et les femmes sur le marché du travail, principalement en matière salariale. Ces conclusions, qui soulignent l'importance de l'égalité des chances et d'une sécurité sociale performante pour la croissance économique de l'Union, seront transmises au Conseil européen de Stockholm.
Voici l'essentiel de ces conclusions: 1) l'UE envisage de se doter d'un institut sur l'égalité des chances, chargé notamment de compléter et améliorer les statistiques salariales afin d'évaluer la situation en matière de rémunérations au niveau de l'Union et national, d'élaborer des indicateurs permettant de suivre l'évolution des rémunérations et d'encourager les échanges de bonnes pratiques entre Etats; 2) les Quinze pourraient se fixer des objectifs en matière d'égalité des chances entre hommes et femmes, notamment pour éliminer les disparités entre eux (comme ils l'avaient fait en mars 2000, à Lisbonne, où ils s'étaient fixé comme objectif de faire passer le taux d'emploi des femmes de 51% actuellement à plus de 60% en 2010); 3) les ministres reconnaissent que les régimes actuels de protection sociale comportent des obstacles à l'accroissement du taux d'activité des femmes et qu'une participation accrue des femmes au marché du travail améliorerait la viabilité des systèmes de protection sociale. Ils insistent aussi sur la nécessité d'assurer des systèmes d'imposition et de sécurité sociale incitant les femmes à s'intégrer sur le marché du travail et à y rester; 4) les Quinze soulignent l'importance du rôle des partenaires sociaux, par le biais du dialogue social et de conventions collectives, pour éliminer le fossé entre les rémunérations des hommes et des femmes et pour promouvoir l'égalité des chances.
Par ailleurs, s'étant fixée comme une de ses priorités l'élargissement de l'UE, la présidence suédoise a associé à ses travaux de Nörrkoping les pays candidats à l'adhésion. Les Quinze leur ont indiqué qu'ils attendaient de ces pays une politique active de promotion du rôle de la femme, qui, dans la plupart de ces Etats, reste subalterne. La Commissaire à l'Egalité des Chances Anna Diamantopoulou a appelé ces pays à transposer chez eux les législations européennes contre la discrimination et à créer au niveau national des structures propres destinées à empêcher cette discrimination, et leur a demandé d'"être plus rapides dans la mise en place de leurs réformes". Et de citer quelques chiffres "accablants" d'une étude de la Commission sur la place des femmes dans ces pays en 2000: 1) il n'y avait que 9,9% des femmes au sein des gouvernements des pays candidats (contre une moyenne de 24,7% dans l'UE; 2) les parlements nationaux des pays d'Europe centrale et orientale, de Chypre, Malte et de la Turquie ne comptaient que 11,5% de femmes (contre une moyenne de 20,6% dans les assemblées nationales des Quinze); 3) en matière d'emploi, la situation n'est pas plus préoccupante que dans l'UE: 58,2% de femmes (contre 59% dans l'UE) y occupent un emploi salarié, essentiellement dans le secteur des services. La vice-ministre polonaise du Travail et de la politique sociale Irena Boruta a toutefois souligné que "les employeurs des pays de l'Est licenciaient en majorité des femmes", en précisant qu'"en Pologne, 62% des personnes licenciées sont des femmes. Nos employeurs considèrent que les "femmes sont dans une position plus faible que les hommes et que si on licencie une femme on aura moins de problèmes!", s'est-elle exclamée.
Au cours de son intervention, la ministre grecque des affaires intérieures, de l'administration publique et de la décentralisation Vasso Papandreou (qui a été également Commissaire européenne aux Affaires sociales) a lancé un appel à prendre "des mesures immédiates" pour faire avancer les politiques de l'UE en matière d'égalité des chances, et a insisté sur la "nécessité d'adapter les systèmes d'enseignement et l'orientation des carrières pour que les femmes puissent elles aussi trouver un emploi de haut niveau". Tout comme Ingela Thalen, ministre suédoise de la Sécurité sociale, Vasso Papandreou a souligné la nécessité de réviser les systèmes actuels de sécurité sociale, et de mieux concilier vie familiale et professionnelle - en faisant, pour mieux impliquer les hommes, un plus grand usage du congé parental.